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étoient rois, prêtres et juges. C'est une des cinq espèces de monarchie dont nous parle Aristote (i); et c'est la seule qui puisse réveiller l'idée de la constitution monarchique» Mais le plan de cette constitution est opposé à celui de nos monarchies d'aujourd'hui.

Les trois pouvoirs y étoient distribués de manière que le peuple y avoit la puissance législative (z); et le roi, la puissance exécutrice avec la puissance de juger : au lieu que, dans les monarchies que nous connoissons, le prince a la puissance exécutrice et la législative, ou du moins une partie de la législative; mais il ne juge pas.

Dans le gouvernement des rois des temps héroïques, les trois pouvoirs étoient mal distribués. Ces monarchies ne pouvoient subsister: car, dès que le peuple avoit la législation, il pouvoit, au moindre caprice, anéantir la royauté, comme il fit par-tout.

Chez un peuple libre, et qui avoit le pouvoir législatif; chez un peuple renfermé dans une ville, où tout ce qu'il y a d'odieux devient plus odieux encore, le chef-d'œuvre de la législation est de savoir bien placer la puissance de juger. Mais elle ne le pouvoit être plus mal que dans les mains de celui qui avoit déjà la puissance exécutrice. Dès ce moment, le monarque devenoit terrible. Mais en même

( i ) lbid.

(î) Voyez ce que dit Plutarque, vie de Thésée. Voyez aussi Thucydide, Mv. L

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La couronne étoit élective; et sous les cinq premiers rois , le sénat eut la plus grande part à l'élection.

Après la mort du roi, le sénat examinoit si l'on garderoit la forme du gouvernement qui étoit établie. S'il jugeoit à propos de la garder, il nommoit un magistrat ( 1 ) tiré de son corps, qui élisoit un roi : le sénat devoit approuver l'élection; le peuple, la confirmer; les auspices, la garantir. Si une de ces trois conditions xnanquoit, il falloit faire une autre élection.

La constitution étoit monarchique, aristocratique et populaire; et telle fut l'harmonie du pouvoir, qu'on ne vit ni jalousie ni dispute dans les premiers règnes. Le roi commandoit les armées, et avoit l'intendance des sacrifices; il avoit la puissance de juger les affaires civiles (2) et criminelles (3) ; il convoquoit le sénat; il assembloit le peuple ; il lui portoit de certaines affaires, et régloit les autres avec le sénat (4).

Le sénat avoit une grande autorité. Les rois

(1) Denys d'Halkarnasse, livre H, page 120; et livre IV, pages 242 et 243.

(2) Voyez le discours de Tanaqu'd, dans Tue-Live, livre I, décade .1; et le règlement de Servais TuUus, clans Denys d'Halkarnasse, livre IV, page 229.

C 3 ) Voyez Denys d'Halkarnasse, livre II, page 118; et livre III, page 171.

(4) Ce fut par un sénatus - consulte , que Tulhis Hostilius envoya détruire Albe. Denys d'Halkarnasse livre III, pages 167 et 17a.

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Tarquîn ne se fit élire ni par le sénat, ni par le peuple ; il regarda Servius Tullius comme un usurpateur, et prit la couronne comme un droit héréditaire; il extermina la plupart des sénateurs; il ne consulta plus ceux qui restoient, et ne les appella pas même à ses jugemens ( i ). Sa puissance augmenta; mais ce qu'il y avoit d'odieux dans cette puissance, devint plus odieux encore : il usurpa le pouvoir du peuple ; 11 fit des loix sans lui ; il en fit même contre lui ( z). Il auroit réuni les trois pouvoirs dans sa personne : mais le peuple se souvint un moment qu'il étoit législateur, et Tarquin ne fut plus.

CHAPITRE XIII.

Réflexions générales sur F état de Rome , après ? expulsion des rois.

ON ne peut jamais quitter les Romains: cest ainsi qu'encore aujourd'hui, dans leur capitale, on laisse les nouveaux palais pour allerchercher des ruines; c'est ainsi que l'œil qui s'est reposé sur l'émail des prairies, aime à voir les rochers et les montagnes.

Tarquin, il auroit établi le gouvernement populaire. Dcnys fHalicarnasse, livre IV, page a47. (1) Livre IV.

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