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pandirent dans le pays , et bientôt se trouverent très foibles. Ils firent trois réglements considérables : ils abolirent l'ancienne coutume qui leur défendoit de (1) s'allier par mariage avec les Romains: ils établirent que tous les affranchis (2) du fisc iroient à la guerre, sous peine d'être réduits en servitude: ils ordonnerent que chaque Goth meneroit à la guerre et armeroit la dixieme (3) partie de ses esclaves. Ce nombre étoit peu considérable en comparaison de ceux qui restoient. De plus, ces esclaves, menés à la guerre parleur maître, ne faisoient pas un corps séparé; ils étoient dans l'armée , et restoient pour ainsi dire dans la famille.

CHAPITRE Xy.
Continuation du même sujet.

QUAND toute la nation est guerriere, les esclaves armés sont encore moins à craindre.

Par la loi des Allemands, un esclave qui voloit (4) une chose qui avoit été déposée étoit soumis à la peine qu'on auroit infligée à un homme libre: mais s'il l'enlevoit (5) par violence, il n'étoit obligé qu'à la restitution de la chose enlevée. Chez les Allemands, les ac

(1) Loi des Wisigoths, liv. III, tit. I, S. 1.--(2) Ibid. 1. V, tit. VII, S. 20.-(3) Ibid. 1. IX, tit. I, S. 9.-(4) Loi des Allemands, chap. V, S. 3.(5) Ibid. chap. V, S. 5, per virtutem.

FSPR, DES LOIS. 2.

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tions qui avoient pour principe le courage et la force n'étoient point odieuses. Ils se servoient de leurs esclaves dans leurs guerres. Dans la plupart des républiques on a toujours cherché à abattre le courage des esclaves : le peuple allemand, sûr de lui-même , songeoit à augmenter l'audace des siens; toujours armé, il ne craignoit rien d'eux; c'étoient des instruments de ses brigandages ou de sa gloire.

CHAPITRE XVI. Précautions à prendre dans le gouvernement modéré. L'HUMANITÉ que l'on aura pour les esclaves pourra prévenir dans l'état modéré les dangers que l'on pourroit craindre de leur trop grand nombre. Les hommes s'accoutument à tout, et à la servitude même, pourvu que le maîtrene soit pas plus dur que la servitude. Les Athéniens traitoient leurs esclaves avec une grande douceur: on ne voit point qu'ils aient troublé l'état à Athenes, comme ils ébranlerent celui de Lacédémone.

On ne voit point que les premiers Romains aient eu des inquiétudes à l'occasion de leurs esclaves. Ce fut lorsqu'ils eurent perdu pour eux tous les sentiments de l'humanité, que l'on vit naître ces guerres civiles qu'on a comparées aux guerres puniques (1). : i

(1) « La Sicile, dit Florus, plus cruellement dé« vastée par la guerre servile que par la guerre pu« nique ». Liv. III.

Les nations simples, et qui s'attachent ellesmémes au travail, ont ordinai. ement plus de douceur pour leurs esclaves que celles qui y ont renoncé. Les premiers Romains vivoient, travailloient et mangeoient avec leurs esclaves: ils avoient pour eux beaucoup de douceur et d'équité : la plus grande peine qu'ils leur infligeassent étoit de les faire passer devant leurs voisins avec un morceau de bois fourchu sur le dos. Les mæurs suffisoient pour maintenir la fidélité des esclaves; il ne falloit point de lois.

Mais, lorsque les Romains se furent agrandis , que leurs esclaves ne furent plus les compagnons de leur travail, mais les instruments de leur luxe et de leur orgueil, comme il n'y avoit point de moeurs, on eut besoin de lois. Il en fallut même de terribles pour établir la sûreté de ces maîtres cruels qui vivoient au milieu de leurs esclaves comme au milieu de leurs ennemis.

On fit le sénatus - consulte Sillanicn , et d'autres lois (1) qui établirent que lorsqu'un maître seroit tué, tous les esclaves qui étoient sous le même toit ou dans un lieu assez près de la maison pour qu'on pût entendre la voix d'un homme, seroient sans distinction condamnés à la mort. Ceux qui dans ce cas réfugioient un esclave pour le sauver étoient punis comme meurtriers (2). Celui-là mème à qui

(1) Voyez tout le titre de senat. consult. Sillan, au ff. — (2) Leg. Si quis, S. 12, au ff. de senat. consult. Sillan.

son maitre auroit ordonné(1) de le tuer, et qui lui auroit obéi, auroit été. coupable; celui qui ne l'auroit point empêché de se tuer lui-même auroit été puni (2). Si un maître avoit été tué dans un voyage, on faisoit mourir (3) ceux qui étoient restés avec lui, et ceux qui s'étoient enfuis. Toutes ces lois avoient lieu contre ceux mêmes dont l'innocence étoit prouvée; elles avoient pour objet de donnerauxesclaves pour leur maître un respect prodigieux. Elles n'étoient pas dépendantes du gouvernement civil, mais d'un vice ou d'une imperfection du gouvernement civil. Elles ne dérivoient point de l'équité des lois civiles, puisqu'elles étoient contraires aux principes des lois civiles. Elles étoient proprement fondées sur le principe de la guerre, à cela près que c'étoit dans le sein de l'état qu'étoient les ennemis. Le sénatusconsulte Sillanien dérivoit du droit des gens, qui veut qu'une société, même imparfaite, se conserve.

C'est un malheur du gouvernement lorsque la magistrature se voit contrainte de faire ainsi des lois cruelles. C'est parcequ'on a rendu l'obéissance difficile, que l'on est obligé d'aggraver la peine de la désobéissance ou de soup

(1) Quand Antoine commanda à Fros de le tner, ce n'étoit point lui commander de le tuer, mais de se tuer lui-même; puisque, s'il lui eût obéi, il auroit été puni comme meurtrier de son maître.(2) Leg. I, S. 22, ff. de senat. consult. Sillan. (3) Leg. I, §. 31, ft. ibid. lib. XXIX., tit. V.

çonner la fidélité. Un législateur prudent prévient le malheur de devenir un législateur terrible. C'est parceque les esclaves ne purent avoir chez les Romains de confiance dans la loi, que la loi ne put avoir de confiance en eux.

CHAPITRE XVII. Réglements à faire entre le maître et les esclaves.

Le magistrat doit veiller à ce que l'esclave ait sa nourriture et son vêtement: cela doit être réglé par la loi.

Les lois doivent avoir attention qu'ils soient soignés dans leurs maladies et dans leur vieillesse. Claude (1) ordonna que les esclaves qui auroient été abandonnés par leurs maîtres étant malades seroient libres s'ils échappoient. Cette loi assuroit leur liberté: il auroit encore fallu assurer leur vie.

Quand la loi permet au maître d'ôter la vie à son esclave, c'est un droit qu'il doit exercer comme juge, et non pas comme maitre: il faut que la loi ordonne des formalités qui ôtent le soupçon d'une action violente.

Lorsqu'à Rome il ne fut plus permis aux peres de faire mourir leurs enfants, les magistrats infligerent (2) la peine que le pere vouloit prescrire. Un usage pareil entre le maître et

(1) Xiphilin, in Claudio.(2) Voyez la loi III, au Code , de patria potestate, qui est de l'empereur Alexandre.

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