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On peut se souvenir des malheurs arrivés aux princes pour avoir insulté leurs sujets ; des vengeances de Chéréas, de l'eunuque Narsès , et du comte Julien; enfin de la duchesse de Montpensier, qui , outrée contre Henri III qui avait révélé quelqu'un de ses défauts secrets, le troubla pendant toute sa vie.

CHAPITRE XXIX.

Des lois civiles propres à mettre un peu de liberté dans

le gouvernement despotique.

Quoique le gouvernement despotique, dans sa nature, soit partout le même, cependant des circonstances , une opinion de religion, un préjugé, des exemples reçus, un tour d'esprit, des manières, des moeurs, peuvent y mettre des différances considérables.

Il est bon que de certaines idées s'y soient établies. Ainsi, à la Chine, le prince est regardé comme le père du peuple ; et, dans les commencemens de l'empire des Arabes, le prince, en était le prédicateur (a).

Il convient qu'il y ait quelque livre sacré qui serve de règle, comme l'alcoran chez les Arabes, les livres de Zoroastre chez les Perses, le védanı ehez les Indiens, les livres classiques chez les

(a) Les Califes.

Chinois. Le code religieux supplée au code civil, et fixe l'arbitraire.

Il n'est pas mal que, dans les cas douteux , les juges consultent les ministres de la religion (a). Aussi, en Turquie, les cadis interrogent-ils les mollachs. Que si le cas mérite la mort, il peut être convenable que le juge particulier, s'il y en a, prenne l'avis du gouverneur, afin que le pouvoir civil et l’ecclésiastique soit encore tempérés, par l'autorité politique.

CHAPITRE XXX.

Continuation du même sujet.

C'est la fureur despotique qui a établi que la disgrace du père entraînerait celle des enfans et des femmes. Ils sont déjà malheureux sans être criminels ; et d'ailleurs il faut que le prince laisse entre l'accusé et lui les supplians pour adoucir son courroux ou pour éclairer sa justice. · C'est une bonne coutume des Naldives (b) que, lorsqu'un seigneur est disgracié, il va tous les jours faire sa cour au roi , jusqu'à ce qu'il rentre en grâce ; sa présenee désarme le courroux du prince.

(a) Histoire des Tattars, troisième partie, page 277, dans les remarques.

(b) Voyez François Pirard.

Il y a des états despotiques (a) où l'on pense que de parler à un prince pour un disgracié, c'est manquer au respect qui lui est dû. Ces princes semblent faire tous leurs efforts pour se priver de la vertu de clémence.

Arcadius et Honorius , dans la loi (b) dont j'ai tant parlé (c), déclarent qu'ils ne feront point de grâce à ceux qui oseront les supplier pour les coupables (d). Cette loi était bien mauvaise, puisqu'elle est mauvaise dans le despotisme même.

La coutume de Perse, qui permet à qui veut de sortir du royaume, est très-bonne : et, quoique l'usage contraire ait tiré son origine du despotisme , où l'on a regardé les sujets comme des esclaves (e), et ceux qui sortent comme des esclaves fugitifs, cependant la pratique de Perse est très-bonne pour le despotisme , où la crainte de la fuite ou de la retraite des redevables arrête ou modère les persécutions des bachas et des exacteurs.

(a) Comme aujourd'hui en Perse, au rapport de M. Chardin. Cet usage est bien ancien. « On mit Cavade , dit Procope, dans le chatcau de l'oubli. Il y a une loi qui défend de parler de ceux qui y sont enfermés, et même de prononcer leur nom. » —(b) La loi V, au Code, AD LEG. JUL. MAJ. -(c) Au chap. VIII de ce livre.-(d) Fridéric copia cette loi dans les constitutions de Naples, livre I.

(e) Dans les monarchies il y a ordinairement une loi qui défend à ceux qui ont des emplois publics de sortir du royaume sans la permission du prince. Cette loi doit être encore établie dans les républiques. Mais dans celles qui ont des institutions singulières, la défense doit être générale , pour qu'on n'y rapporte pas les mæurs étrangères.

LIVRE TREIZIÈME.

DES RAPPORTS QUE LA LEVÉE DES TRIBUTS ET LA GRAN

DEUR DES REVENUS PUBLICS ONT AVEC LA LIBERTÉ.

CHAPITRE PREMIER.

Des revenus de l'état.

Les revenus de l'état sont une portion que char que citoyen donne de son bien pour avoir la sûreté de l'autre, ou pour en jouir agréablement.

Pour bien fixer ces revenus, il faut avoir égard et aux nécessités de l'état et aux nécessités des citoyens. Il ne faut point prendre au peuple sur ses besoins réels pour des besoins de l'état imaginaires.

Les besoins imagivaires sont ce que demandent les passions et les faiblesses de ceux qui gouvernent, le charme d'un projet extraordinaire, l'envie malade d'une vaine gloire, et une certaine impuissance d'esprit contre les fantaisies. Souvent ceux qui, avec un esprit inquiet, étaient sous le prince à la tête des affaires , ont pensé que les besoins de l'état étaient les besoins de leurs petites âmes.

Il n'y a rien que la sagesse et la prudence doivent plus régler, que celte portion qu'on ôte et cette portion qu'on laisse aux sujets.

Ce n'est point à ce que le peuple peut donner qu'il faut mesurer les revenus publics, mais à ce qu'il doit donner; et si on les mesure à ce qu'il peut donner , il faut que ce soit du moins à ce qu'il peut toujours donner.

CHAPITRE II.

Que c'est mal raisonner de dire que la grandeur des tributs

soit bonne par elle-même.

On a vu., dans de certaines monarchies, que de petits pays exempts de tributs étaient aussi misérables que les lieux qui tout autour en étaient. accablés. La principale raison en est que le petit état entouré ne peut avoir d'industrie, d'arts , ni. de manufactures , parce qu'à cet égard il est gêné de mille manières par le grand état dans lequel il est enclavé. Le grand état qui l'entoure a l'in-. dustrie, les manufactures et les arts; et il fait des réglemens quilui en procurent tous les avantages. Le petit état devient donc nécessairement pauvre, quelque peu d'impôts qu’on y lève...

On a pourtant conclu de la pauvreté de ces petits pays , que pour que le peuple fût indust trieux, il fallait des charges pesantes. On aurait mieux fait d'en conclure qu'il n'en faut pas. Ce sont tous les misérables des environs qui se retirent dans ces lieux-là pour ne rien faire : déjà :

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