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d'abord l'éloge du livre de M. de Fénélon ; bientôt après il y aperçoit des défauts.

Une chose, dit-il(i), qu'on peut trouver à redire dans ce livre, c'est qu'on y a mělé quelques dogines particuliers de l'église romaine. Nous n'entreprendrons pas ici de convaincre l'éditeur de la vérité de ces dogmes particuliers qu'il ne croit pas ; il suffit de le renvoyer aux ouvrages du 'savant évêque de Meaux, et à ceux des Arnault et des Nicole. Nous lui répondrons seulement que son reproche au livre de l'éducation n'est pas juste. Si l'auteur catholique, revêtu du sacerdoce de JesusChrist, composant un ouvrage exprès pour l'éducation chrétienne de la jeunesse , n'eût pas averti des sujets qui doivent faire la matière de l'instruction, il eut manqué à sa foi, à son caractère , et à ceux en faveur desquels il travaillait.

L'éditeur conseille néanmoins aux protestans (2) de lire l'ouvrage de M. l'archevêque de Cambrai, pour deux raisons : la première est que rien n'est plus propre à persuader un protestant de l'obscurité des opinions qu'il rejette, que de voir, d'un côté, les preuves évidentes que M. l'archevêque de Cambrai apporte en faveur des doctrines fon

(1) Avertissement de l'édition d'Amsterdam, 1754 PT.

(2) Ibid. p. I,

damentales dans lesquelles ils conviennent, et de remarquer de l'autre la faiblesse des raisons qu'il allègue pour soutenir les dogmes où ils diffèrent. Vain triomphe! M. de Fénélon est, dans tout son ouvrage, également solide, également clair et intelligible. La faiblesse et l'obscurité ne sont que dans les yeux du lecteur protestant, que ses malheureuses préventions empéchent de concevoir et de considérer sous le même point de vue les preuves évidentes que M. l'archevêque de Cambrai donne en faveur des doctrines fondamentales, et les raisons qu'il allègue pour soutenir les dogmes de l'église romaine.

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M. de Cambrai, en parlant du mariage, s'exprime en ces termes (1): « Admirez "les richesses de la grace de Jesus-Christ, » qui n'a pas dédaigné d'appliquer le re"mède à la source du mal, en sanctifiant » la source de notre naissance, qui est le "mariage. Qu'il était convenable de faire " un sacrement de cette union de l'homme "et de la femme, qui représente celle de "Dieu avec sa créature, et de Jesus-Christ » avec son église » ! Le critique ne trouve dans ces paroles qu'un tour de prédicateur (2), c'est-à-dire, une de ces phrases pompeuses qui ne signifient rien; mais

(1) Education des filles, chap. VIII. (2) Avertissement, p. 2.

nous lerenvoyons encore au cinquième chapitre de l'épître aux Ephésiens. Qu'il lise les versets 22, 23 et les suivans, il y reconnaîtra peut-être que ce tour de prédicateur renferme précisément la doctrine de l'ap6tre saint Paul, qui nous enseigne lui-même cette grande vérité, que le mariage est une image des noces spirituelles de JesusChrist et de l'église.

Notre censeur continue ainsi (1) : Une seconde raison qui doit obliger toutes sortes de personnes à la lecture de cet ouvrage, c'est que M. de Fénélon est dans le fond beaucoup plus réservé sur le chapitre de la religion qu'on ne l'est ordinairement dans la communion romaine. On voit bientôt qu'il n'est pas extrêmement superstitieux : il passe fort légérement sur certains dogmos épineux de son église, et les explique dans les termes les plus doux et les plus généraux qu'il peut trouver.

Ce n'est ici qu’un tissu de malignes imputations. L'éditeur protestant s'efforce d'attirer à son parti l'écrivain catholique. Nous prions les lecteurs équitables de voir les chapitres VII et VIII de cet ouvrage, et d'examiner attentivement s'il y a de la probité à soupçonner l'auteur de ne pas croire sincèrement tous les articles que

(1) Avertissement, p. 2,

croit l'église, et de n'avoir pas le courage de s'en expliquer nettement.

On n'y trouve pas seulement, ajoute l'éditeur (1), le nom de transsubstantiation et d'adoration du sacrement, ni celui de purgatoire; on n'y apprend point aux enfans à se prosterner devant les images, ni à invoquer les saints, ni à prier pour les morts, ni à gagner les indulgences. Donc M. de Fénélon n'admettait aucun de ces articles de la croyance de l'église. Cette conséquence serait aussi contraire à la bonne foi qu'aux règles de la logique. Si le silence dont on se prévaut était affecté, il en résulterait tout au plus une preuve négative de l'indif férence de M. de Cambrai. Mais le prélat ne l'a point affecté : les bornes qu'il s'était prescrites sans doute afin d'être plus commode et plus utile, la nature même de son ouvrage, ne lui permettaient point de s'étendre sur les sujets qu'on prétend avoir été omis à dessein. En traitant de l'éducation des filles, il ne s'était point engagé ni à composer des dissertations contre les protestans, ni à donner un cours complet de théologie. Il le fait assez entendre, lorsqu'il dit au sujet de l'incarnation, chapitre VIII: « Je n'entreprends point de dire ici "comment il faut leur enseigner (aux en

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(1) Avertissement, p. 2.

"fans) le mystère de l'incarnation, car " cet engagement me menerait trop loin, " et il y a assez de livres où l'on peut " trouver à fond tout ce qu'on en doit en"seigner". Ces raisons et le propre langage de l'auteur dissipent les soupçons que l'on voulait répandre sur ses sentimens.

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Quelle injustice encore d'insinuer que M. de Fénélon ne fesait pas grand cas des cérémonies de l'église, parce qu'il recommande expressément qu'on ait soin de répéter souvent à ceux qu'on instruit, « Que "les cérémonies servent à exprimer et à " exciter notre religion, mais qu'elles ne " sont pas la religion même, qui est toute " au-dedans, puisque Dieu cherche des " adorateurs en esprit et en vérité » ! Le censeur, prévenu des faux principes des réformés sur l'adoration, a cru les apercevoir dans cet avis de M. de Fénélon, qui a voulu simplement détourner de l'abus et de la confiance aveugle dans les seules pratiques extérieures.

Ainsi ce qui rend en effet cet ouvrage également utile aux catholiques et aux protestans, ce n'est pas que M. de Fénélon y affaiblisse la doctrine de l'église, mais c'est qu'il y pose des principes d'éducation qui doivent être communs aux protestans et aux catholiques.

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