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forme le goût, et qu'on apprend l'éloquence de tous les genres: mais il faut du discernement pour lire les anciens, car ils ont leurs défauts. L'auteur sépare les véritables beautés de la plus pure antiquité d'avec les faux ornements des siècles suivants; nous fait sentir l'excellent et le défectueux des auteurs tant l'éloque sacrés que profanes; et montre enfin quence des saintes écritures surpasse celle des Grecs et des Romains en naïveté, en vivacité, en grandeur, et dans tout ce qu'il faut pour persuader la vérité et la faire aimer.

Rien n'est plus propre que ces dialogues à garantir contre le goût corrompu du bel esprit, qui ne sert qu'à l'amusement et à l'osten-> tation. Cette éloquence d'amour-propre affecte les vaines parures, faute de sentir les beautés réelles de la simple nature: ses pensées fines, ses pointes délicates, ses antithèses étudiées, ses périodes arrondies, et mille autres ornements artificiels, font perdre le goût de ces beautés supérieures et solides qui vont tout droit au cœur.

Ceux qui n'estiment que le bel esprit ne goûteront peut-être pas la simplicité de ces dialogues; mais ils penseroient autrement s'ils considéroient qu'il y a différents styles de dialogues. L'antiquité nous en fournit deux exemples illustres; les dialogues de Platon et ceux

de Lucien. Le premier, en vrai philosophe, ne songe qu'à donner de la force à ses raisonnements, et n'affecte jamais d'autre langage que celui d'une conversation ordinaire; tout est net, simple et familier. Lucien, au contraire, met de l'esprit par-tout; tous les dieux, tous les hommes qu'il fait parler sont des gens d'une imagination vive et délicate. Ne recon-. noit-on pas d'abord que ce ne sont pas les. hommes ni les dieux qui parlent, mais Lucien qui les fait parler? On ne peut pas cependant nier que ce ne soit un auteur original qui réussit merveilleusement dans son genre d'écrire. Lucien se moquoit des hommes avec finesse et avec agrément; mais Platon les instruisait avec gravité et sagesse. M. de Cambrai a su imiter tous les deux selon la diversité de ses sujets. Dans les Dialogues des morts, qu'il a écrits pour l'instruction du jeune prince son élève, on trouvera toute la délicatesse et l'enjouement de Lucien. Dans ceux-ci, où il s'agit de donner des règles d'une éloquence grave et propre à instruire les hommes en les touchant, il imite Platon : tout est naturel, tout est ramené à l'instruction; l'esprit disparoît, pour ne laisser parler que la sagesse et la vérité.

On a cru que la lettre qui se trouvera à la suite de ces dialogues pouvoit y être convenablement placée le succès qu'elle a déjà eu

:

dans le public fait espérer qu'il ne sera pas fâché de la retrouver ici. De ces deux ouvrages, le premier n'avoit pas encore paru, et a été composé dans la jeunesse de feu M. de Cambrai: le second l'a été dans les derniers temps de sa vie. On reconnoîtra dans l'un et dans l'autre le même goût, le même génie, les mêmes maximes, le même but en écrivant, de ramener tout au vrai et au solide.

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DIALOGUE PREMIER.

Les personnes A. B. C.

4.H & bien ! monsieur, vous venez donc d'entendre le sermon où vous vouliez me mener tantôt ? Pour moi, je me suis contenté du prédicateur de notre paroisse.

B. Je suis charmé du mien ; vous avez bien perdu, monsieur, de n'y être pas. J'ai arrêté une place pour ne manquer aucun sermon du carême. C'est un homme admirable si vous l'aviez une fois entendu, il vous dégoûteroit de tous les autres.

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A. Je me garderai donc bien de l'aller entendre, car je ne veux point qu'un prédicateur me dégoûte des autres; au contraire, je cherche un homme qui me donne un tel goût et une telle estime pour la parole de Dieu, , que j'en sois plus disposé à l'écouter par-tout ailleurs. Mais puisque j'ai tant perdu, et que vous êtes plein de ce beau sermon, vous pouvez, monsieur, me dédommager de grace, dites-nous quelque chose de :

ce que vous avez retenu.

B. Je défigurerois ce sermon par mon récit : ce sont cent beautés qui échappent; il faudroit être le prédi cateur même pour vous dire ....

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