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Fort de l'appui de VOTRE ALTESSE ROYALE, et de celui que SA MAJESTE a bien voulu m'accorder également, en m’autorisant à mettre son AUGUSTE NOM en tête de mes souscripteurs, je me plais à nourrir la douce espérance que, si la critique trouve des fautes dans mon ouvrage, je me serai du moins assuré d'avance l'indulgence de mes lecteurs.

Je suis, avec un profond respect,

Madame,

DE VOTRE ALTESSE ROYALE,

Le très humble, et

Très obéissant serviteur,

J. CH. TARVER.

Frogmore, 10 Août, 1824.

PREFACE.

JAMAIS l'étude des langues n'a été poussée aussi loin ue de nos jours. Je ne parle pas des langues mortes, qui ont été de tous tems l'objet des études des jeunes gens de collége, mais des langues vivantes, telles que le Français, l'Anglais, l'Italien, l'Espagnol, et l'Allemand. On rencontre à peine dans la société des personnes qui se contentent d'une ou deux de ces langues. Semblables à ces conquérans qui ve sont jamais satisfaits, une difficulté vaincue ne fait qu'inspirer le désir, et plus vif et plus grand, d'en vaincre une autre. La langue Italienne est, dans l'ordre de la préséance, une des premières que l'on apprend. On la chante, on la parle, on la lit. Cependant, disons-le, malgré la connaissance que les étrangers acquièrent chaque jour de ses auteurs les plus célèbres, les @uvres de Dante sont encore, pour ainsi dire, une terre inconnue; il semble qu'Hercule ait planté ses deux colonnes à l'entrée de la Divine Comédie, c'est-là que l'on s'arrête. Quelques personnes plus hardies prennent le livre ; mais, embarassées par des difficultés nombreuses et de tous les genres, elles s'intimident, se

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découragent, et renoncent à la lecture d'un poëme, dont les beautés infinies les dédomageraient des peines de l'étude, et des efforts de leur persévérance.

Il en est d'autres pareillement, qui, faute d'un bon guide, éprouvent, dès les premiers pas, une espèce de répugnance, parce que, ne saisissant pas bien les idées de l'auteur, cachées la plupart du tems sous un voile allégorique, elles ne voient que de la bizarrerie dans les scènes qu'il a conçues. J'avouerai que j'ai été de ce nombre, et que je n'ai senti les beautés de Dante qu'après l'avoir bien étudié, et que lorsque, à l'aide des commentaires et de la plus grande application, j'ai pu dégager, d'une main infatigable, le voile épais qui les cachait à ma vue. J'ai dû beaucoup travailler sans doute; plus d'une fois, j'ai senti le découragement s'emparer de moi; mais, aussi, quel plaisir m'est échu en partage, de quelle douce récompense mes efforts n'ontils

pas été couronnés ? Un nouveau spectacle s'est offert à ma vue ;

nuage, qui me cachait des scènes pleines d'intérêt, des sentimens remplis d'une saine morale, des conceptions hardies, des faits historiques intéressans, des idées neuves, des tableaux, aussi vrais qu'habilement tracés, du cæur humain, ce nuage, dis-je, s'est évanoui, je suis resté maitre d'un champ immense, où chaque épi que j'ai recueilli à été une source de plaisir et de joie.

Cet heureux résultat de mes peines et de mes recherches était si satisfaisant, et si important à mes yeux, que je n'ai pu résister à la tentation d'en faire part à ceux qui s'occupent de la Littérature Italienne, Portant mon amour pour Dante jusqu'à l'enthousiasme, j'ai souhaité de le faire partager à d'autres. Mais,

ce

pénétré des difficultés dont j'ai parlé, et qui découragent dès le premier abord, j'ai conçu le projet de les applanir autant qu'il était en moi de le faire.

Cependant, cette entreprise n'était pas non plus sans ses difficultés. Il ne suffit pas toujours de dire une chose, il faut encore savoir décider, entre plusieurs manières de la dire, laquelle est la meilleure. On conviendra peut-être que l'indécision qui précède ce choix, n'est pas sans embarras.

Voulant donner au lecteur une idée juste de la Divine Comédie, au moyen d'une traduction, il fallait en imaginer une arrangée sur un plan différent de celui généralement adopté ;

-qui ne fût rien sans l'original, mais qui, au contraire, s'y trouvat essentiellement liée, de manière à ce que tous les deux ne formassent qu'un seul corps;—qui servit à éclairer la marche incertaine de l'écolier, en jetant, dans les lieux obscurs, une lumière utile, afin de l'empêcher de s'égarer ;-qui lui ouvrît les yeux sur les passages difficiles et remarquables, mais en le forçant, en même tems, à les tenir toujours attachés sur l'original. Enfin, il fallait une traduction qui ne fût que l'écho de l'auteur, mais produisant, dans une langue plus connue, des sons plus familiers à l’oreille du lecteur.

Quoique résidant en Angleterre, et désirant vivement me rendre utile au public Anglais, j'ai cru devoir écrire en Français et en Prose. Deux raisons puissantes m'ont porté à le faire. L'expérience a prouvé que les traductions en vers ne sauraient être exactes. Sans parler d'un grand nombre de phrases et de modes d'expression qui appartiennent essentiellement à chaque langue en particulier, il est, outre

en

cela, une infinité d'idées et de sentimens qu'on ne peut rendre dans une autre langue, que par une périphrase, ou même qu'en les analysant. La mesure, le rhythme, l'ordre grammatical des mots, s'opposent presque toujours à une exacte fidélité, lorsque l'on écrit en vers. Le Poète traducteur est souvent obligé de s'éloigner de son auteur, ou même de ne pas rendre telle ou telle idée, parce que l'espace donné et la nature de ses vers ne lui permettent pas de l'exprimer. D'un autre côté, une expression hardie, une métaphore, une comparaison, plaît dans l'original, qui paraîtrait gauche, hasardée et même inconvenante, rendue littéralement en vers dans une autre langue. Il suffira, pour se convaincre de cette vérité, de jeter le yeux sur les traductions en vers que nous avons, tant en Français qu'en Anglais, d'Homère, de Virgile, d'Horace &c. L’Iliade de Pope, l'Enéide de Delille, sont des poëmes du plus grand mérite, et dont la lecture plait à ceux qui ne savent ni le Grec ni le Latin ; mais qu'on les rapproche de l'original, on s'appercevra, sur-tout dans les traductions Françaises, de mille passages rendus d'une manière infidèle; non par ce que les traducteurs ne les comprenaient pas, mais, parce que, gênés par la mesure, il leur était impossible de se conformer toujours aux idées de leurs auteurs, et sur-tout à la manière dont ceux-ci les avaient exprimées.

Les Anglais ont une opinion très favorable de la traduction de Dante de M. Cary, et avec raison. Le style en est heureux, souvent digne de l'original, et, quoique en vers, cette traduction possède généralement le mérite de l'exactitude ; cependant l'on conviendra aussi qu'elle a ses défauts, et qu'une personne qui

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