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vient plus puissant, revient plus glorieux, reconduit par la troupe des anges et suivi du chœur des bienheureux. » Cette traduction, nous n'avons pas besoin de le dire, est de M. Villemain.

Rassemblons les traits divers qui, comme écrivain et comme évèque, forment la physionomie particulière de saint Ambroise.

On a dù le reconnaitre : saint Ambroise, au milieu des défauts de son siècle, au milieu de ses défauts particuliers, la diffusion, la recherche, les traits prétentieux, le mauvais goût enfin, a la qualité qui fait le grand orateur, la sensibilité. S'il n'offre aucun de ces grands mouvements qui frappent dans Tertullien, ou de ces vives images et de ces pittoresques expressions qui se trouveront dans Jérôme et dans Augustin, il a une tendresse de sentiments qui touche l'âme, et la dispose au recueillement; son style est agréablement tempéré. Il n'a ni l'élégance travaillée des écoles gauloises, où cependant il avait étudié, ni la rudesse originale du style africain. Son mérite, selon nous, est dans la variété et la souplesse d'une imagination plus habile à profiter des ressources étrangères, que forte par elle-même et féconde ; d'une diction, souvent suave et harmonieuse, mais d'une harmonie qui vient plus de la douceur et du calme de la pensée, que du nombre et de la pureté des expressions. Ambroise a d'ailleurs un mérite particulier : le premier des écrivains

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latins ccclésiastiques, il unit en lui le génie ro. main et le génie grec; il se teint des couleurs empruntées à l'Orient; il a des reflets de Platon et de saint Basile : il forme évidemment une transition entre l'Église latine des premiers siècles et l'Église latine du ivo et du ve siècle. Il n'a plus pour la littérature profane le superbe dédain de Tertullien ; il aime au contraire à en rappeler les souvenirs et les pensées; on peut meme lui reprocher, et saint Jérôme l'a fait, de n'avoir point assez fondu en une seule nuance, qui lui fût propre, ces teintes différentes et quelquefois disparates. Ambroise, bien qu'il ait d'éclatants mérites, ne présente donc pas, comme écrivain, une physionomie profonde et distincte. Mais si l'écrivain s'efface quelque peu , l'évêque se montre avec un caractère singulièrement haut et puissant.

Au premier coup d'oeil, cette grandeur ne parait pas. Les qualités d'Ambroise sont si unies, si solides et en même temps si naturelles, qu'il faut la chercher, cette grandeur, plutôt qu'elle ne se découvre d'abord. Ainsi, contre l'arianisme, Ambroise a fait autant qu'Athanase; mais sans moins de fermeté, il l'a fait avec moins de bruit. Assurément, dans ses résistances diverses, Athanase ne franchit jamais la limite où la hardiesse serait la révolte; cependant, on reconnait en lui, tout prévoyant et arrêté qu'il est, cet esprit grec qu'anime et qu'exalle la lutle : Athanase est l'athlète invincible d'une croyance; est-il toujours le chef modéré et prudent du peuple chré. tien ? Je ne l'oserais assurer. Comme Athanase, Ambroise a son église à défendre contre les ariens; mais, quel que soit le danger qui le menace, il reste à son poste, exemple admirable de vigueur tout ensemble et de modération. Atbanase au contraire s'éloigne. Jusque-là, l'évêque n'avait eu, pour ainsi dire, qu’un troupeau à conduire chrétiennement; de ce gouvernement, saint Ambroise fait une société civile à laquelle il donne un guide temporel en même temps qu'un guide spirituel : l'Italie désormais peut se passer d'un empereur ; elle a un chef : saint Ambroise prépare Grégoire le Grand.

CHAPITRE XI.

SAINT JÉRÔME.

Cette dernière majesté que l'empire devait à Théodose, ne se soutint pas après lui; ce que sa main puissante avait réuni, se sépara ; les hommes, les peuples durent donc songer eux-mêmes à leur sûreté. Il se fait alors, en effet, dans le monde romain, en même temps qu'une dispersion effroyable, un singulier travail de recomposition sociale. Les différentes parties de l'empire tombent et se détachent de Rome; les Goths, les Alains, les Vandales, prennent possession de l'Italie; Rome, elle-même, va devepir leur proie; l'empire se dissout; mais dans cette confusion et cette épouvante, la société trouve où se reconnaitre et se rassurer. Les monastères se bâtissent, se multiplient, s'organisent pour recevoir les débris épars du monde romain ; dans leur enceinte, ou autour d'eux, se forment par groupes, et sous une discipline nouvelle, discipline de l'âme tout à la fois et du corps, des associations civiles et religieuses où le travail doit avoir sa place à côté de la prière, et contenir, régler ce que la vie contemplative et ascétique, livrée à elle-même , aurait offert de dangereux. Le législateur de cette société encore irrégulière, de ces couvents qui devienvent comme autant de petites patries, ce sera un génie libre et fier, ce sera Jérôme.

Jérôme naquit, vers l'an 331, à Stridon, sur les confins de la Dalmatie et de la Pannonie : origine un peu barbare, à laquelle il attribuera luiméme quelques-unes des vivacités de sa pensée et de son caractère. Sa famille était riche; elle lui fit donner une brillante éducation. Il vint à Rome étudier sous les maitres les plus habiles, sous Donat le commentateur de Virgile , ct sous Victorin, rhéteur éloquent et célèbre par sa conversion au christianisme. Rome était alors pleine de séductions auxquelles n'échappa pas la jeunesse de Jérôme. Une plume illustre , la plume de M. de Chateaubriand, a rapproché et poétiquement retracé cette vie de plaisirs et d'étude que tenaient alors, à Rome, trois jeunes gens qui devaient être plus tard trois Pères de l'Église.

Contre le tourment de l'âme et le dégoût du monde, le premier remède de Jérôme fut l'étude : il voulut commenter le prophète Abdias ; mais l'étude étant impuissante à calmer les vivacités de son âge et de son imagination, il eut recours aux voyages. Il quitla donc Rome pour Aquilée, au

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