Page images
PDF
EPUB
[ocr errors]

En 358, Hilaire reçut une lettre des évêques de la Gaule, qui protestaient contre la lâcheté du concile de Rimini. Ils lui demandaient ce qu'il pensait des orientaux; c'est le nom que l'on donnait, dans l'Occident, aux semi-ariens. En réponse à leur lettre, Hilaire écrivit le Traité des synodes. Ce traité a, s'il est permis d'ainsi parler, un but politique. A cette époque, les semi-ariens effrayés des exagérations de leurs frères inclinaient vers l'orthodoxie, et semblaient disposés à négocier avec elle. Sans rien céder sur les principes, Hilaire se montre accessible à la conciliation; il ne repousse point absolument le mot qui exprime la similitude des substances, le mot omoiousion; quant au mot consubstantiel, il l'admet, il le tolère, mais avec un correctif qui préviendra la confusion des personnes. Cette sagesse trouva des contradicteurs : Lucifer de Cagliari, toujours extrême, ne s'y associa point. Lucifer, défenseur intrépide d'Athanase et adversaire ardent de l'arianisme, mais depuis entraîné dans le schisme par son inflexible opiniâtreté; et de leur côté, les ariens persistèrent dans la formule de foi qu'ils avaient dressée à Rimini : issue ordinaire de toutes ces tentatives de conciliation. Hilaire ne se découragea point. Prenant à partie Constance lui-même, il lui redemanda la foi de l'Évangile, la tolérance pour les catholiques, en butte alors à de violentes persécutions. Ses

[ocr errors]

prières ne furent point écoutées. C'est alors

que dans l'ardeur, j'allais dire dans l'emportement de son zèle, Hilaire lança contre l'empereur deux manifestes; Constance ne répondit point. Irrité de ce silence, saint Hilaire écrivit, mais ne publia point les paroles que nous citerons en partie : « Si je romps aujourd'hui le silence que j'avais gardé si longtemps, j'en appelle à tout homme raisonnable : on ne m'accusera pas de m'être tu par indifférence, ou de parler par emportement. Point d'intérêt qui m'anime que l'intérêt de Jésus-Christ. Pourquoi, ô mon Dieu, ne m'avezvous pas fait naître plutôt du temps des Dèce et des Néron ? J'aurais béni des combats à soutenir contre des ennemis déclarés. Mais ici nous avons affaire à un ennemi qui ne se montre pas, qui ne s'avance que sous le masque, ne procède que par artifices et que par séductions. Ici sous le nom de Constance, c'est l'Antechrist, armé, non pas de fouels, mais de caresses; non d'arrêts de proscription, mais de maneuvres hypocrites; il n'en veut pas à la vie, mais à l'âme. Ce n'est point par le fer qu'il menace les victimes; c'est par l'attrait des récompenses qu'il cherche à corrompre la foi. Il ne professe Jésus-Christ que pour le mieux trahir, ne parlant d'union que pour troubler la paix, ne comprimant l'hérésie que pour empêcher qu'il y ait des chrétiens, n'honorant

у le sacerdoce que pour anéantir l'épiscopat, ne

bâtissant des églises que pour sacrifier la foi. Votre tyrannie s'exerce non-seulement contre les hommes, mais contre Dieu. Vous affectez les dehors du chrétien; on ne s'y trompe point; vous anéantissez la foi par vos œuvres contraires à la foi. Vous réservez les évêchés pour vos complices; aux bons évêques vous en substituez de mauvais ; vous incarcérez les prêtres; vous faites marcher vos légions pour tenir l'Église dans l'effroi; vous enchainez les conciles. Tyran plus cruel que les plus cruels tyrans qu'ait vus l'univers, vos persécutions, avec leurs raffinements, nous laissent, à nous, bien moins de moyens d'y échapper, et vous rendent, vous, bien plus criminel. Vos victimes n'auront pas à présenter au souverain juge, pour excuser leur défaite, et des commencements de torture et quelques cicatrices imprimées sur leur corps, et la faiblesse de la nature à laquelle ils ont succombé. Votre politique barbare s'y prend mieux; elle sauve à l'apostasie l'apparence du crime, et ôte à la confession le mérite du martyre. » C'est le martyre que demandait Hilaire en écrivant ces pages brûlantes : Ad martyrium per has voces exeamus; il ne l'obtint pas; mais comme le milieu, la fin de sa carrière fut troublée par de continuels orages.

Sous Valentinien, l'arianisme disputait à l'orthodoxie quelques-unes de ses Églises. Auxence, évêque de Milan, faisait profession d'arianisme.

Toujours inquiet, toujours armé pour la foi, Hilaire ne recula point devant ce nouvel ennemi, et il alla l'attaquer au sein même de son empire, à Milan. Il fut à ce propos traduit devant le questeur, sous l'accusation de mettre le trouble dans l'Église de Milan. Il put toutefois revenir à Poitiers sans autre disgrâce; mais en se retirant, Hilaire crut devoir avertir l'Église de ce nouveau danger, et la mettre en garde contre une prosession de foi trompeuse que, pour séduire Valentinien, Auxence avait signée : « C'est quelque chose d'imposant, dit-il, que le nom de paix ; et l'on fait bien de nous parler d’union. Mais hors de l'Église et de l'Évangile, hors de Jésus-Christ, peut-il y avoir de l'union? Non, il n'y a de paix véritable et de sincère union que dans la doctrine de l'Église et de l'Évangile. Qui en doute ? Mais aujourd'hui sous le masque d'une fausse piété, on ne tend qu'à détruire l'empire de Jésus-Christ. On veut que Dieu ait besoin de la protection des hommes, et que l'Église de Jésus-Christ ne se puisse passer de l'assistance du siecle; on l'appelle, on l'invoque à grands cris. »

A la chaleur avec laquelle il cherche à éloi gner l'hérésie de la Gaule, au bonheur qu'il éprouve à l'en voir préservée, Hilaire semble pressentir ce lointain, mais glorieux résultat de son courage religieux : le pouvoir bienfaisant du clergé gaulois.

CHAPITRE X.

SAINT AMBROISE.

Ambroise naquit à Trèves, vers 333, dans le prétoire des Gaules, dont son père était préfet. Il commença, à Trèves, des études brillantes qu'il vint achever à Rome. Ses études terminées, il se fixa à Milan, et se consacra au barreau. Milan était alors la résidence des empereurs, qui de là se pouvaient porter plus facilement à la défense des provinces menacées par les barbares. Ambroise plaida devant le préfet du prétoire; ses débuts furent heureux et attirèrent sur lui l'attention publique. Il devint premier magistrat de Milan, et bientôt fut nommé gouverneur général de l'Italie septentrionale et centrale. Une circonstance imprévue vint tout à coup changer sa destinée, et l'enlever au monde pour le donner à l'Église. La lutte entre les évêques ariens et les évêques catholiques durait encore. L'évêque de Milan, Auxence, étant mort, chaque parti aspirait à le remplacer par un de ses candidats. Le peuple s'agitait en tumulte, flottant et partagé, quand du milieu de

« PreviousContinue »