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ordonne, achevez ce qu'il conseille. Les prémices de votre règne ont été comblées des plus grandes faveurs; au début de votre foi, vous avez senti s'accroitre pour vous la faveur divine. Jamais la main de Dieu ne vous a abandonnés; jamais, dans vos besoins, elle ne vous a fait défaut. » Et il termine en leur promettant, en appelant sur eux de plus grandes faveurs divines, récompense et obligation d'un zèle plus ardent pour la religion nouvelle, d'une plus vive attaque contre le paganisme. Ce langage surprend; on y doit reconnaitre cette violence et cet égarement qui se mėlent quelquefois aux causes les plus pures, le lendemain de la victoire. J'aime à croire que ceux qui appelaient ainsi, contre les païens et leurs temples, la foudre impériale, ne les avaient pas quittés depuis bien longtemps : Firmicus n'est pas encore véritablement chrétien.

CHAPITRE IX.

SAINT HILAIRE.

L’Église , un moment triomphante, eut bientôt ses épreuves. Constance succéda à Constantin, et l'arianisme trouva en lui un appui qui inquiéta l'Église; mais elle eut dans saint Hilaire un intrépide défenseur.

Hilaire, né à Poitiers, vers 355, avait été élevé dans les ténèbres du paganisme ; il fut converti à la doctrine nouvelle par des circonstances dont il nous a laissé un intéressant récit. Cette conversion fut vive et profonde; elle se manifesta par des vertus qui ne tardèrent pas à attirer sur Hilaire les suffrages de la société chrétienne. Quoique marié, il fut choisi pour évêque. Les temps étaient difficiles. C'était le moment où, soutenu et propagé par deux évêques courtisans et ambitieux, Ursace et Valens, l'arianisme menaçait d'envahir la Gaule. Pour arrêter les ravages de cette hérésie, Hilaire composa le Traité de la Trinité. Cetraité est divisé en douze livres : le premier livre est une introduction à tout l'ouvrage; Hilaire en trace le plan, et indique les matières dont chacun des livres suivants doit se composer. Il y suit pas

pas,

à et y réfute les erreurs d'Arius. Mais on sent qu'il est mal à l'aise dans ces subtiles distinctions si familières au génie des Grecs, et auxquelles au contraire se refusaient même l'exactitude et la sévérité de la langue latine. Hilaire s'épouvante, il recule, en quelque sorte, en présence de ces grands problèmes, de ces impénétrables mystères : « C'est, dit-il, une tâche immense, une incompréhensible audace d'ajouter quelque chose à la définition de Dieu; il s'est donné les noms de Père, de Fils, d'Esprit saint; tout ce qu'on cherche au delà dépasse la portée du discours et la conception de l'intelligence; il ne saurait plus être énoncé, atteint, saisi. La nature de l'objet dévore le sens des paroles; une lumière que l'on ne peut soutenir aveugle l'ail de la contemplation, et ce qui n'a aucune borne, dépasse la capacité de l'intelligence. » Il ajoute ailleurs avec tristesse : « L'hérésie et l'impiété nous obligent à dépasser la loi, à les suivre dans les routes escarpées qu'elles ont ouvertes; à traiter des choses au-dessus du langage humain; à chercher à expliquer des mystères qu'il n'est pas permis d'examiner; et quand on devrait se borner à croire, nous nous voyons forcés d'employer nos faibles raisonnements à la défense d'une doctrine qui n'admet point ces raisonnements humains, et de paraître ainsi nous rendre coupables, parce que d'autres le sont. >>

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Ce Traité de la Trinité, manifeste vigoureux contre l'arianisme, excita la colère de Constance qui punit Hilaire, en l'exilant en Phrygie ou, selon d'autres auteurs, dans la Thébaïde d'Égypte. Cet exil fut le salut de l'Église. Les conciles de Rimini et de Séleucie s'étaient ouverts. Le concile de Rimini, commencé sous d'heureux auspices, s'était terminé par une espèce de surprise.

Les ariens vaincus au concile de Nicée ne se résignèrent point à leur défaite; mais ce ne fut pas par des attaques ouvertes qu'ils cherchèrent à regagner le terrain qu'ils avaient perdu; ils y employèrent de plus adroites pratiques. Ils ne visaient

pas à la domination, mais au succès; ils voulaient moins s'imposer que se faire accepter. Ainsi, au concile de Sirmium, inspiré par les ariens, en 357, on convint de retrancher des confessions de foi, les mots qui n'étaient pas dans l'Écriture sainte. Osius de Cordoue et Libérius de Rome, adhérèrent à cette correction; c'était cependant une victoire pour les ariens qui, lors du concile de Nicée, avaient de tous leurs efforts repoussé le mot Consubstantiel; ce mot, disaient-ils, ne se rencontre nulle part dans toute l'étendue des divines Écritures. Aussi les protestations ne se firent pas attendre : Rimini repril, ou du moins chercha à reprendre ce qu'avait enlevé Sirmium. Les ariens y présentèrent une formule de foi; la dernière formule de

Sirmium, celle où rejetant les mots de substance et de consubstantiel consacrés par le concile de Nicée, ils se bornaient à dire que le Fils était en toutes choses semblable au Père. Les catholiques cette fois ne se laissèrent point surprendre; ils répondirent qu'ils n'avaient pas besoin de nouvelles formules, et demandèrent, à l'unanimité, que la doctrine d’Arius fût condamnée. Les anathèmes lancés contre Arius et sa doctrine furent donc solennellement renouvelés. Mais cet acte de vigueur ne se soutint pas : Constance qui, sans paraitre, dirigeait cette assemblée, vint à bout d'en amortir l'ardeur par des délais affectés et des rebuts mortifiants. L'ennui d'une longue absence, les fatigues d'un séjour prolongé dans un pays étranger, les tracasseries suscitées

par
les

agents de l'empereur, le prétexte de la paix, excuse si facile des consciences pusillanimes, mille autres motifs affaiblirent les meilleures résolutions. On souscrivit une formule captieuse, où le terme de substance était abandonné. Les ariens triomphèrent; et à peine revenus dans leurs églises, les évêques surpris reconnurent le piége qu'on leur avait tendu.

En même temps que les évêques d'Occident fléchissaient à Rimini, ceux d'Orient étaient assemblés à Séleucie, métropole de l'Isaurie. Hilaire y assista. Mais à Séleucie, comme à Rimini, l'arianisme, soutenu par l'empereur, triompha.

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