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heur tout ce que jusque-là avaient dit les apolugistes grecs et latins. Après avoir renversé le paganisme dans ses bases, Lactance élève le temple nouveau de la vraie religion; c'est le sujet des quatre derniers livres. Ainsi donc l'ouvrage de Lactance se partage en deux grandes divisions : la réfutation de l'erreur, l'enseignement de la nouvelle religion; d'un côté, Lactance rassemble et confond toutes les erreurs du polythéisme; de l'autre côté, il cherche à doucement amener à la vraie religion les esprits droits et sincères. Aussi y emploie-t-il les considérations morales plus que les raisons théologiques; apologiste plutôt que docteur.

Les Institutions divines sont précieuses et importantes à un autre titre : elles peuvent être regardées comme un manifeste officieux de cette politique sage et tolérante

que

Constantin garda et à l'égard du paganisme et envers les chrétiens. « Nous avons cru devoir travailler à bannir du monde cette double erreur, en faisant connaître aux savants la sagesse qu'ils doivent suivre, au peuple la religion qu'il doit embrasser. » Ainsi commence Lactance, et il finira en disant : « Il ne me reste plus qu'à exhorter tout le monde à embrasser la véritable religion. » Lactance s'adresse à tous les hommes de bonne foi qui, comme lui, engagés autrefois dans l'erreur, sont revenus à la religion par la raison et la justice. L'appel qu'il leur fit, fut entendu. On voit par l'ouvrage même combien les progrès du christianisme furent rapides; la préface et la fin, dédiées toutes deux à Constantin, en sont un éclatant témoignage. En commençant son ouvrage, Lactance exprime des væux et des espérances pour le triomphe de la foi; il le termine par des actions de grâces : « Maintenant, dit-il en s'adressant à l'empereur, maintenant que vous gouvernez l'empire romain avec une si haute sagesse et une si parfaite équité, les serviteurs de Dieu ne sont plus traités comme des scélérats et des impies; maintenant la vérité est découverte, et elle parait avec éclat; on ne nous reproche plus le nom de Dieu. »

Après les Institutions divines, l'ouvrage le plus important de Lactance est le Traité de la mort les persécuteurs, traité que la critique lui a quelquefois contesté, mais qui aujourd'hui ne lui est plus disputé. Ce traité a un caractère de circonstance, un cachet politique qu'il serait difficile de ne pas reconnaitre : il célèbre hautement le triomphe de la religion et flétrit ses persécuteurs; il les montre périssant tous misérablement sous la main du Dieu qu'ils ont bravé, et en expiation des maux qu'ils ont faits aux chrétiens. Mais en même temps qu'il a ce caractère général d'une protestation, au vom de la conscience, contre les oppresseurs de l'bumanité, il présente un intérêt particulier.

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lactance, il est vrai, reprend les choses de loin; il remonte jusqu'au premier empereur qui ait persécuté les chrétiens; mais ce n'est qu'un détour pour arriver à ce qui était proprement le but de son ouvrage, la lutte de Constantin et de Maximin, c'est-à-dire le duel du paganisme et du christianisme; alors son récit a toute l'ardeur et l'émotion d'un grand spectacle, d'une vive attente. Après avoir raconté la défaite de Maximin, la fuite de cet empereur, sa mort horrible, il s'écrie , faisant allusion aux titres pompeux que prenait cet ennemi des chrétiens :

« Où sont maintenant ces noms de Jovien et d'Herculien, autrefois si révérés des nations, ces noms que Dioclès et Maxinin avaient pris avec tant d'insolence, et dont après eux leurs successeurs se sont parés? Le Seigneur a effacé de la terre ces noms superbes. Célébrons donc avec joie le triomphe de Dieu; jour et nuit adressonslui nos prières et nos louanges. Bossuet commentant ces paroles a dit : « En attendant, Jésus-Christ ne laissera pas d'exercer son empire sur la terre. Il brisera la tête des rois. Un Néron, un Domitien attaqueront son Église. Mais il brisera leur tête superbe. Un Maximien, un Gallien, un Maximin tourmenteront les fidèles ; mais il les dégradera , il les perdra , il les frappera d'une plaie irrémédiable. Tremblez donc, ò rois ennemis de l'Église; mais vous , petit troupeau, ne craignez

du genre

rien; votre roi mettra à vos pieds tous vos ennemis, fussent-ils les plus puissants de tous les rois. »

Au premier coup d'oeil, une telle vivacité de langage surprend; mais après tout, on comprend l'indignation de Lactance : en même temps qu'il vengeait la religion, il satisfaisait la conscience

humain. Les païens eux-mêmes avaient fait entendre contre plusieurs de ces empereurs flétris par Lactance, les mêmes imprécations. Au milieu des renseignements curieux et officiels qu'offre l'Histoire Auguste, on remarque surtout ces anathèmes dont le sénat poursuivait, après leur mort, les princes qui avaient par leurs cruautés encouru sa haine et celle du genre humain. Bien que cet écrit de Lactancé ait été composé au moment de la lutte armée du paganisme contre le christianisme et en quelque sorte au milieu de la mêlée; bien

que Lactance s'y laisse un peu emporter à ses ressentiments légitimes contre les ennemis du nom chrétien, il y conserve cependant une vue nette des événements et un jugement supérieur à celui des historiens païens du même temps; il voit, mieux qu'eux, où sont les causes de la décadence de l'empire, où est son avenir. Il attribue justement à Dioclétien et au partage qu'il fit de l'empire, cette décadence

que

l'on a attribuée à Constantin, pour avoir transféré à Byzance le siége de

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l'empire : « Les chrétiens disaient

que Dioclétien avait perdu l'empire en s'associant trois collègues, parce que chaque empereur voulait faire d'aussi grandes dépenses et entretenir d'aussi fortes armées que s'il avait été seul; que par là le nombre de ceux qui recevaient n'étant pas proportionné au nombre de ceux qui donnaient, les charges devinrent si grandes, que les terres furent aban. données par les laboureurs, et se changèrent en forêts. » Montesquieu , de qui sont ces paroles, ne s'explique point sur cette réponse que les païens faisaient aux chrétiens. Ce silence est fà. cheux; il eût pu, il eût dů, ce nous semble , ajouter que le partage de la puissance fut, ainsi que le dit Lactance, fatal à l'empire, et qu'il explique mieux sa décadence que la translation du siége de l'empire de Rome à Constantinople.

En étudiant les auvres de Lactance, on voit que la teinte païenne ne s'est point complétement effacée en lui; sa science est plus philosophique que religieuse; il sait mieux exposer et embellir les préceptes de la morale, que présenter les vérités de la religion : c'est le jugement de saint Jérôme sur lui. Mais dans cette tolérance où il se maintient, dans cet accord d'une science profane et d'une pensée chrétienne, qui est sa physionomie propre, Lactance a peut-être

, mieux servi la foi nouvelle, que ne l'eût fait une doctrine plus rigoureuse. Que d'hommes, sous

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