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sureté; mais quand on les reconnut pour une religion nouvelle, la loi leur fut impitoyable : on eùt dit que la Rome des Césars pressentait en eux ses futurs héritiers. Alors commencèrent les persécutions; Néron le premier en donna le signal : « Date glorieuse pour nos martyrs, s'écrie Tertullien ; car assurément ce que proscrivait le cruel tyran, ne pouvait être que la vertu même. »

Dès lors la guerre est déclarée aux chrétiens. Domitien reprend contre eux les vengeances de Néron. Marc Aurèle même est pour eux sans justice. Il prive ceux qui sont accusés de christianisme du privilége qu'ils ont, en qualité de citoyens romains, d'être envoyés à Rome; il or

à donne au gouverneur de les faire exécuter dans la province. Trajan se montre plus juste envers eux, mais d'une justice incomplète encore. Quand Pline lui écrit pour le consulter sur la conduite qu'il doit tenir à l'égard des chrétiens que l'on défère à son tribunal, Trajan répond : « Il ne faut pas faire de recherches contre eux; s'ils sont accusés et convaincus, il faut les punir.» -«Ordonnance impériale, s'écrie à ce sujet Tertullien, pourquoi vous combattez-vous vous-même? si vous ordonnez la condamnation d'un crime, pourquoi n'en pas ordonner la recherche ? et si vous en défendez la recherche , pourquoi n'en pas ordonner l'absolution ? »

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A partir des Antonins, cetle sévérité envers les chrétiens s'adoucit. Des empereurs étrangers à Rome y introduisirent avec leurs dieux des idées nouvelles de tolérance religieuse. Le premier, Adrien, prince philosophe et littérateur, se montra très-disposé à une fusion religieuse. La famille syrienne des empereurs se fit de cette tolérance religieuse et philosophique, comme un système politique. Septime Sévère construisit un panthéon dans Alexandrie ; il leva l'interdit qui excluait les juifs des charges publiques. Julia Domna reçoit dans son palais toutes les sectes; plus tard Héliogabale essaye une réunion orientale de tous les cultes. Il y eut alors dans le monde romain une espèce de syncrélisme religieux, comme en Grèce, à Alexandrie, il y aura eu un syncrétisme philosophique.

Les chrétiens eurent part à cette tolérance. Septime Sévère les protégea contre la populace des grandes villes, toujours acharnée à leur perte. Son fils, Caracalla, élevé par une nourrice

, chrétienne, se montra pour eux bienveillant. Alexandre Sévère suivit cette politique, bien que sa tolérance fût plus philosophique que religieuse. Il avait fait placer et adorait, dans une espèce de sanctuaire domestique, les âmes saintes au nombre desquelles il avait mis le Christ entre Abraham et Orphée. Il fut également indulgent aux chrétiens. Le peuple ayant

pen

demandé la destruction d'une église que les chrétiens avaient bâtie sur un emplacement du domaine public, Alexandre voulut qu'on la laissàt subsister, disant que mieux valait un temple qu’une taverne. Il aurait, ajoute-t-on, eu la sée d'élever un temple au Christ; mais il en aurait été détourné par ceux qui, chargés de consulter les auspices, déclarèrent que bientôt, si l'on donnait au culte des chrétiens cette marque d'adhésion, tout le monde serait chrétien. Philippe l'Arabe , s'il ne fut chrétien, fut du moins favorable aux chrétiens.

A la faveur donc de cette tolérance générale, religieuse ou philosophique, et surtout par la sagesse de ses évêques, l'Église grandit promptement.

Tacite atteste que du temps de Néron les chrétiens étaient déjà nombreux à Rome; Pline le Jeune écrivant à Trajan, dit : « La chose m'a paru digne de consultation, principalement à cause du nombre de ceux qui se trouvent exposés; car on met en péril un grand nombre de personnes de tout âge, de toute condition et de tout sexe, cette superstition ayant infecté non-seulement les villes, mais les bourgades et les campagnes. » Aussi Tertullien pourra-t-il bientôt dire : « Nous ne sommes que d'hier, et nous remplissons tout, vos villes, vos iles, vos conseils, vos camps, vos tribus, le palais, le sénat, la place publique, nous ne vous laissons que vos temples; » et ailleurs il trace de la propagation rapide du christianisme ce magnifique tableau que Bossuet a reproduit dans son Discours sur l'histoire universelle : « En ces temps l'Église encore naissante remplissait toute la terre, et non-seulement l'Orient où elle avait commencé, c'est-à-dire la Palestine, la Syrie, l'Égypte, l'Asie Mineure et la Grèce; mais encore dans l'Occident, outre l'Italie, les diverses nations des Gaules, toutes les provinces d'Espagne, l’Afrique, la Germanie, la Grande-Bretagne, dans les endroits impénétrables aux armes romaines; et encore hors de l'empire, l'Arménie, la Perse, les Indes, les peuples les plus barbares, les Sarmates, les Daces, les Scythes, les Maures, les Gétuliens,

, et jusqu'aux iles les plus inconnues. »

En même temps qu'elle s'étend dans tout l'univers, l'Église s’affermit et s'organise; ainsi que sa hiérarchie, sa constitution est complète. Vers le commencement du 11° siècle, se forment les diocèses, réunions de plusieurs petites églises de campagnes avec une église de ville; plusieurs villes se réunissent à leur tour : ce sont les métropoles. Vers la fin du 1° siècle, des synodes s'étaient tenus à Éphèse, à Jérusalem, dans le Pont et à Rome. Mais ces conciles n'étaient assujettis à aucune forme régulière,

à à aucun retour périodique. Les synodes provin

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ciaux, qui d'abord aussi avaient paru sous une forme et à des époques irrégulières, se fixent et se régularisent. Les synodes provinciaux étaient formés de la réunion des évêques d'un district soumis au métropolitain. Ainsi l'Église avait son gouvernement public en même temps que sa discipline intérieure; elle élevait le pouvoir qui devait hériter de la société romaine et la sauver.

A côté de ce mouvement général de la foi chrétienne, de ce progrès universel, il ne sera pas sans intérêt de marquer par quelques traits particuliers, par des noms, la révolution secrète qui, troublant et renouvelant la société, faisait monter insensiblement à la surface ce qui jusque-là avait été au fond : l'esclave, la femme, les pauvres et les malheureux. C'était à eux que l'Évangile s'était surtout adressé, bien qu'il ne fit acception de personne; ce furent eux qui les premiers y répondirent. Les premiers aussi , ils en sont les martyrs, martyrs connus que l'Église a consignés dans ses fastes; martyrs inconnus, comme ces malheureux sur lesquels Néron rejeta le crime d'avoir incendié Rome, et que par un supplice, flétri par Juvénal, il fit périr au milieu des flammes que nourrissait le vêtement de soufre dont il les avait fait envelopper.

L'Évangile n'était pas accueilli du peuple seulement; dans le sénat , à la cour des empereurs,

à

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