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ments,

Montan ven! que de soi-même on coure au-devant de la mort.

Ces exagérations séduisirent l'imagination naturellement enthousiaste de Tertullien. Plein de dédain pour la philosophie et ses vaines subtilités, avant même de connaitre Montan, il en avait appelé des sophismes au témoignage naïf de l'àme; du savoir, à l'inspiration; le prétendu Paraclet de Montan lui offrait donc une voie agréable vers ces communications intimes de Dieu avec l'âme, qui, selon lui, devaient remplacer les incertitudes de la science; il s'y jela avec ardeur. Mais nous n'insisterons pas sur ces erreurs d'un grand génie; il les faut oublier en présence de tant de services rendus à l'Église, et hors de l'Église, à la liberté et à la dignité de la conscience humaine.

Tertullien mourut dans un âge avancé; il mourut non pas loin, mais en dehors de l'Église. Toutefois les erreurs de son zèle n'ont

pu

eflacer la grandeur de ses services. Cyprien, et ce fut là une partie de la gloire de Tertullien, Cyprien le reconnut, tout d'abord, pour le fondateur du dogme et de la discipline : « Donnez

moi le

maitre, » disait-il. Oui, Tertullien est le maitre de la vie chrétienne; et l'Église, qui n'a

pu

inscrire son nom dans ses fastes glorieux, le cite souvent dans ses chaires. Car si l'Église n'a pu placer dans ses temples l'image de celui qui , d'une main si ferme, en avait posé les solides fondements, elle ne pouvait non plus oublier que cet homme avait préparé sa victoire; qu'il avait créé, en regard de la puissance impériale, de la puissance temporelle, une puissance morale et spirituelle qui la devait détrôner; qu'il avait rompu les liens qui attachaient encore au vieux monde païen la société chrétienne ; qu'il avait terrassé les hérésies, et que tour à tour apologiste ou docteur, le bouclier ou l'épée d'Israël, il avait , de ses mains triomphantes, élevé le péristyle de ce temple chrétien où viendront s'abriter les barbares et le moyen âge. Bossuet, comme Cyprien, faisait de Tertullien sa lecture habituelle. Cette prédilection de Bossuet est presque une consécration.

CHAPITRE V.

SAINT CYPRIEN.

Cyprien, comme Tertullien, naquit à Carthage, vers le commencement du me siècle, d'une famille qui tenait un rang considérable. Élevé au sein du paganisme, il suivit d'abord la carrière du barreau, où ses talents et ses succès fisèrent sur lui l'attention des Carthaginois qui le voulurent avoir pour professeur d'éloquence. Dans cette nouvelle carrière , Cyprien ne tarda pas à se faire un grand nom; mais cette gloire ne devait pas rester aux lettres profanes. Un saint prêtre de Carthage, Cécilius, le convertit au christianisme. Cécilius est-il l'interlocuteur païen de l'Octavius, gagné lui-même à la foi par son ami ? On aimerait à adopter cette conjecture, qui a été hasardée

par M. Angelo Maï, et à prolonger ainsi la chaine qui rattacherait Cécilius à Minucius Felix, et Cyprien à Cécilius; mais il est difficile de croire à cette succession. Ce qui est certain, c'est qu'en reconnaissance du Cécilius, quel qu'il soil, auquel il avait dû d'ouvrir les yeux à la lumière de l'Évangile, Cyprien prit le surnom de Thascius Cæcilianus.

Les chrétiens avaient accueilli avec joie la conversion de Cyprien. Ils se hâtèrent de l'attacher à l'Église. En un même jour, Cyprien reçut une double consécration; il fut ordonné prêtre et évêque. On a cru, et non sans vraisemblance, que Cyprien nous avait laissé, dans l'épître à Donat, la peinture des agitations de sa vie première, et les motifs qui, l'y faisant renoncer, l'avaient conduit des tempêtes du monde et des écueils de la gloire au port de la religion. Cette lettre à Donat forme donc ainsi une introduction naturelle et intéressante au caractère et aux œuvres de Cyprien.

Par un souvenir de rhétorique, ou plutôt par ce tour nouveau et gracieux de l'imagination chrétienne, que nous avons déjà remarqué, Cyprien place dans un cadre ingénieux et neuf les confidences qu'il fait et les conseils qu'il donne à Donat. C'est pendant le repos des vendanges, au fond d'une grotte tapissée de pampres jaunissants dont le feuillage flexible s'entrelace en festons au-dessus de leurs têtes, que Cyprien et Donat se donnent le spectacle des erreurs, des vanités et des graudeurs humaines. L'entretien commence avec une simplicité charmante: «Vous faites bien, mon cher Donat, de me rappeler ma promesse; je ne l'avais point oubliée; et d'ailleurs la saison et la liberté d'esprit qu'elle nous donne, l'à-propos des vendanges et l'usage où l'on est de con

sacrer au repos la dernière période de l'année, le lieu même où nous sommes, une certaine mollesse, qu'avec les douces vapeurs qui s'exhalent de nos jardins, l'automne répand dans chacun de nos sens, tout nous invite à ces conversations qui occupent si agréablement les journées, et dont le charme secret pénétrant lous les coeurs, les dispose à l'amour de la vérité et à la connaissance des préceptes divins. Pour qu'aucun témoin étranger ne trouble, qu'aucun bruit imporlun n'interrompe notre entretien, allons, loin de la maison, nous retirer sous ce berceau; nous y trouverons une solitude à souhait, protégée contre les ardeurs du soleil par l'épais feuillage de cette vigne dont les rameaux se jouent en serpentant le long de celle treille qui la soutient, et nous présentent un portique de verdure; nous pouvons

ici commodément méditer et conférer ensemble : le riant aspect de ce verger récréera nos regards, en même

, temps que notre esprit se nourrira agréablement de vérités utiles. »

Viennent ensuite sous forme de conseils, des confidences touchantes :

« Du temps où j'étais plongé dans les ténèbres et dans une profonde obscurité, flottant sur la mer orageuse du siècle, errant çà et là, sans route fixe, et m'ignorant moi-même, je regardais comme bien difficile à croire , difficile à espérer

:

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