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dans votre ménagerie un chameau qui porte votre bagage à la guerre et dans vos voyages; je l'aime à cause des bons et utiles services qu'il vous rend». Le roi embrassa son troisième fils, et lui dit : « Mon fils, je vous donne le chameau, la ménagerie, et tout mon royaume, auquel vous succéderez après moi, puisque vous savez préférer un serviteur utile aux flatteurs et aux plaisans ».

FLORE.

CONTE DE FÉE.

DANS
ANS un grand royaume il y avoit une
grande ville, dans la grande ville un grand
château, dans le grand château une grande
chienne blanche qui appartenoit à un petit
prince. La grande chienne s'appeloit Flore.
Six fées s'étoient trouvées à sa naissance,
quatre bonnes et deux mauvaises; les bonnes
lui avoient fait de beaux dons. L'une dit :
<< Petite chienne, tu seras blanche comme la
neige »; l'autre dit : « Tu seras douce comme
l'agneau » ; la troisième dit : «Tu seras habile

et heureuse à la chasse »; la quatrième dit: « Tu auras un bon maître. Les deux méchantes fées écoutoient avec attention, et cherchoient quelque moyen de nuire à la petite chienne, surtout la fée Grognon, la plus insupportable de toutes les mauvaises fées. Cette fée grondoit toujours, et rien ne pouvoit jamais la contenter. Elle regarda Flore d'un œil chagrin, et dit : « Je te donne la jalousie, le bien d'autrui fera ton malheur ». Cette prédiction de la méchante fée eut son effet. Quand Flore fut grande, elle ne pouvoit souffrir qu'on caressât un autre chien, ni même les animaux d'une espèce différente. Un jour son maître badinoit avec un écureuil, dont la maison étoit sur une table de marbre; Flore étoit présente, et elle disoit en elle-même : «Est-ce que je ne mérite pas mieux d'être caressée que ce vilain petit écureuil qui n'est bon à rien qu'à empester un appartement? Il m'enlève la faveur de. mon maître, non, je ne le souffrirai pas » ; et aussitôt transportée de jalousie, elle s'élance sur la table de marbre pour étrangler l'écureuil; mais elle prit mal ses mesures, comme il arrive toujours quand on se livre à ses pas

sions, et elle se heurta rudement une jambe contre le bord de la table. Grognon étoit dans le coin de la cheminée, et rioit comme une folle de voir Flore se traîner sur trois jambes. «Tu en verras bien d'autres, lui ditelle; tu crois que la jalousie n'est rien, et moi je sais que c'est une source de maux et de chagrins».

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IL L y avoit une fois un roi et une réine qui avoient quatre fils. Ces quatre fils étoient élevés par une dame qui les aimoit comme ses propres enfans. Elle ne les perdoit de vue ni le jour ni la nuit, et elle s'occupoit sans aucun relâche à leur inspirer des sentimens dignes de leur naissance. Or il arriva qu'un jour les quatre princes étoient dans un petit jardin à côté de leur appartement, et leur gouvernante étoit avec eux. Tout à coup l'air s'obscurcit, et d'épaisses ténèbres se

répandirent de toutes parts. Les princes jetoient leurs regards autour d'eux et ne voyoient rien. La peur les auroit peut-être saisis; mais ils étoient rassurés par la voix de leur gouvernante, cette voix touchante qui pénétroit jusqu'au fond de leurs cœurs. Bientôt l'obscurité se dissipa; mais quel fut l'étonnement des princes, de voir au retour de la lumière la ville de Paris devant leurs yeux, quoique cette ville fût éloignée de leur palais de quatre lieues? A la vue de Paris succéda celle d'Amsterdam, puis celle de Londres, de Roterdam, de St.-Pétersbourg, du fort St.-George, auprès duquel on voyoit un combat naval. Deux flottes l'une française, avec le pavillon blanc, l'autre anglaise, avec le pavillon rouge, se rencontroient dans cette mer, s'approchoient, se combattoient, et l'on voyoit un vaisseau criblé de coups de canons, chanceler sur les eaux, s'enfoncer et disparoître. Puis on apercevoit la ville de Venise et les gondoles qui alloient et venoient sur les canaux, passant à côté l'une de l'autre. Après les gondoles, marchort gravement le Bucentaure, vaisseau magnifique sur lequel le doge s'em

barque tous les ans pour épouser la mer en grande cérémonie : enfin on voyoit le cap de Bonne-Espérance où il y a deux grands rochers, l'un en pointe, et l'autre carré, qui s'appelle la Table. On vit ensuite un spectacle épouvantable; l'air se chargea de nuages, les flots se soulevèrent, les éclairs fendirent les nues, le tonnerre gronda, la grêle tomboit avec grand bruit, on voyoit les vaisseaux s'élever sur les ondes, et puis se précipiter dans des abîmes; on entendoit les cris des matelots qui demandoient miséricorde : heureusement le beau temps revint peu à peu, les vaisseaux doublèrent le cap, et tout disparut. Les quatre princes, enchantés de tout ce qu'ils avoient vu, se tournèrent vers leur gouvernante, et lui demandèrent comment il avoit pu se faire que tant de choses surprenantes parussent à leurs yeux. L'aîné des princes, qui étoit assez formé pour juger de la vérité des choses, lui dit : « Tout ce que nous avons vu est le fruit de votre amitié pour mes frères et pour moi. Qui, Monseigneur, répondit la gouvernante; mais si quelque jour vous méritez, comme je l'espère, l'attachement de vos sujets, cet attachement

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