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temps de Platon ces institutions étoient admirables (i); elles se rapiortoient à un grand objet, qui étoit l'art militaire. Mais, lorsque les Grecs n'eurent plus de vertu, elles détruisirent l'art militaire même: on ne descendit plus sur l'arene pour se former, mais pour se corrompre (a).

Plutarque nous dit (3) que, de son temps, les Romains pensoient quecesjeuxavoientété la principale cause de la servitude où étoient tombés les Grecs. C'étoit au contraire la servitude des Grecs qui avoit corrompu ces exercices. Du temps de Plutarque (4), les parcs où l'on combattoit à nù, et les jeux de la lutte, rendoient les jeunes gens lâches, les portoient à un amour infâme, et n'en faisoient que des baladins. Mais , du temps d'Epaminondas ,

(i) La gymnastique se divisoit en deux parties, la danse et la lutte. On voyoit en Crete les danses armées des Curetes ; à Lacédémone, celles de Castor et de Pollux; à Athenes, les danses armées de Pallas, très propres pour ceux qui ne sont pas encore en âge d'aller à la guerre. La lutte est l'image de la guerre, dit Platon, des Lois. 1. VII. Il loue l'antiquité de n'avoir établi que deux danses, la pacifique et la pyrrhique. Voyez comment cette derniere danse s'appliquoit à l'art militaire. Platon, ibid.

—(») Aut libiuino»»

Ledseas lacedgemonis palestras.

Martial, 1. IV, epig. 55. —(3) ORuvres morales, au traité Det demandes des choses romaines (4) Plutarque, ibid.

l'exercice de la lutte faisoit gagner aux Thébains la bataille de Leuctres (i).

Il y a peu de lois qui ne soient bonnes lorsque l'état n'a point perdu ses principes; et, comme disoit Epieure en parlant des richesses, ce n'est point la liqueur qui est corrompue, c'est le vase.

CHAPITRE XII.

Continuation du même sujet.

On prenoit à Rome les juges dans l'ordre des sénateurs. Les Graeques transporterent cette prérogative aux chevaliers. Drusus la donna aux sénateurs et aux chevaliers; Sylla aux sénateurs seuls; Cotta aux sénateurs, aux chevaliers, et aux trésoriers de l'épargne. César exclut ces derniers. Antoine fit des décuries de sénateurs, de chevaliers, et de centurions. Quand une république est corrompue, on ne peut remédier à aucun des maux qui naissent qu'en ôtant la corruption et en rappelant les principes : toute autre correction est ou inutile ou un nouveau mal. Pendant que Rome conserva ses principes, les jugements purent être sans abus entre les mains des sénateurs; mais quand elle fut corrompue , à quelque corps que ce fût qu'on transportât les jugements , aux sénateurs, aux chevaliers, aux trésoriers de l'épargne, à deux de ces corps, à

(i) Plutarcjue, Moral., propos de table, 1. II.

tous les trois ensemble, à quelque autre corps que ce fût, on étoit toujours mal. Les chevaliers n'a voient pas plus de vertu que les sénateurs , les trésoriers de l'épargne pas plus que les chevaliers, et ceux-ci aussi peu que les centurions.

Lorsque le peuple de Rome eut obtenu qu'il auroit part aux magistratures patriciennes, il étoit naturel de penser que ses flatteurs alloient être les arbitres du gouvernement. Non: l'on vit ce peuple, qui rendoil les magistratures communes aux plébéiens, élire toujours des patriciens. Parcequ'il étoit vertueux, il étoit magnanime; parcequ'il étoit libre, il dédaignoit le pouvoir. Mais lorsqu'il eut perdu ses principes, plus il eut de pouvoir, moins il eut de ménagement; jusqu'à ce qu'enfin, devenu son propre tyran et son propre esclave, il perdit la force de la liberté pour tomber dans la foiblesse de la licence.

CHAPITRE XIII.

Effet- du serment chez un peuple vertueux.

1 L n'y a point eu de peuple, dit Tite-Live (i), où la dissolution se soit plus tard introduite que chez les Romains, et où la modération et la pauvreté aient été plus long-temps honorées. Le serment eut tant de force chez ce peuple, que rien ne l'attacha plus aux lois. Il fit bien

(») Wv. I.

des fois, pour l'observer, ce qu'il n'auroit jamais fait pour la gloire ni pour la patrie. Quintius Cincinnatus, consul, ayant voulu lever une armée dans la vilie contre les Eques et les Volsques, les tribuns s'y opposerent. « Hé bien ! dit-il, que tous ceux qui ont fait « serment au consul de l'année précédente « marchent sous mes enseignes (1). » En vain les tribuns s'écrierent-ils qu'on n'étoit plus lié par ce serment; que, quand on l'avoit fait, Quintius étoit un homme privé : le peuple fut plus religieux que ceux qui se mêloient de le conduire; il n'écouta ni les distinctions ni les interprétations des tribuns. Lorsque le même peuple voulut se retirer sur le Mont-Sacré, il se sentit retenir par le serment qu'il avoit fait aux consuls de les suivre à la guerre (2). Il forma le dessein de les tuer : on lui fit entendre que le serment n'en subsisteroit pas moins. On peut juger de l'idée qu'il avoit de la violation du serment par ie crime qu'il vouloit commettre. : Après la bataille de Cannes, le peuple effrayé voulut se retirer en Sicile; Scipion lui fit jurer qu'il resteroit à Rome : la crainte de violer leur serment surmonta toute autre crainte. Rome étoit un vaisseau tenu par deux ancres dans la tempête, la religion et les mœurs.

(1) Tite-Live, l. III.—(2) Ibid. l. II.

CHAPITRE XIV.

Cojnment le plus petit changement dans la constitution entraine la mine des principes.

Aristote Dotls parle de la république de Carthage comme d'une république très bien réglée. Polybe nous dit qu'a la seconde guerre punique (i) il y avoit à Carthage cet inconvé- . nient, que le sénat avoit perdu presque toute son autorité. Tite-Live nous apprend que lorsque'Anniba! retourna à Carthage, il trouva que les magistrats et les principaux citoyens détournoient à leur profit les revenus publics, et abusoient de leur pouvoir. La vertu des magistrats tomba donc avec l'autorité du sénat; tout couia du même principe.

On connoit les prodiges de la censure chez les Romains. Il y eut un temps où elle devint pesante; mais on la soutint, parceqit'il y avoit plus de luxe que de corruption. Cbudius l'affoiblit; et, par cet affaiblissement, la corruption devint encore plus grande qu<> le 'uxe, et la censure (2^ s'abolit pour ainsi (lire d'ellemême. Troublée, demandée, reprise, quittée, elle fut entièrement interrompue ju-..<u'au temps où elle devint inutile, je veux dire les regnes d'Auguste et de Claude.

(i) Environ ceut ans après. — (2) Voyez Dion, liv. XXXVIII; la vie de Cicéron dans Plutarque; Cicéron à Attiras, liv. IV, lett. X et XV ; Asconius sur Cicéron, de divinatione.

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