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(comme de vray il fault noter que les ieux des l'estime qu'il ne lumbe en l'imagination huenfants ne sont pas ieux, et les fault iuger en maine aulcune fantasie si forcenee, qui ne reneulx comme leurs plus serieuses actions), il contre l'exemple de quelque usage publicque, n'est passetemps si legier où ie n'apporte, du et par consequent que nostre raison n'estaye et dedans et d'une propension naturelle et sans ne fonde. Il est des peuples où on tourne le dos estude, une extreme contradiction à tromper. à celuy qu’on salue, et ne regarde lon iamais le manie les chartes pour les doubles', et tiens celuy qu’on veult honnorer. Il en est où, quand compte, comme pour les doubles doublons ; le roy crache, la plus favorie des dames de sa lors que le gaigner et le perdre, contre ma femme court tend la main; et en aultre nation, les plus et ma fille, m'est indifferent, comme lors qu'il apparents, qui sont autour de luy, se baissent va de bon. En tout et par tout, il y a assez de à terre pour amasser en du linge son ordure. mes yeulx à me tenir en office; il n'y en a point Desrobbons icy la place d'un conte. qui me veillent de si prez, ny que ie respecte plus. Un gentilhomme françois se mouchoit tous

Je viens de veoir chez moy un petit homme iours de sa main, chose tres ennemie de nostre natif de Nantes, nay sans bras, qui a si bien fa- usage : deffendant là dessus son faict (et estoit çonné ses pieds au service que luy debvoient les fameux en bons rencontres), il me demanda mains, qu'ils en ont à la verité à demy oublié

blié quel privilege avoit ce sale excrement, que nous leur office naturel. Au demourant, il les nom- allassions luy apprestant un beau linge delicat me ses mains; il trenche, il charge un pistolet à le recevoir, et puis, qui plus est, à l'empaet le lasche, il enfile son aiguille, il coud, il es- queter et serrer soigneusement sur nous : que crit, il tire le bonnet, il se peigne, il ioue aux cela debvoit faire plus de mal au cæur, que de chartes et aux dez, et les remue avecques au- le veoir verser où que ce feust, comme nous tant de dexterité que sçauroit faire quelqu'aul- faisons toutes nos aultres ordures. Ie trouvay tre : l'argent que ie luy ay donné (car il gaigne qu'il ne parloit pas du tout sans raison : et m'asa vie à se faire veoir), il l'a emporté en son voit la coustume osté l’appercevance de cette pied, comme nous faisons en nostre main. I'en estrangeté, laquelle pourtant nous trouvons si veis un aultre, estant enfant, qui manioit une hideuse, quand elle est recitee d'un aultre païs.

, espee à deux mains, et une hallebarde, du ply Les miracles sont selon l'ignorance en quoy du col, à faulte de mains; les iectoit en l'air, et nous sommes de la nature, non selon l'estre de les reprenoit; lanceoit une dague; et faisoit la nature; l'assuefaction endort la veue de noscraqueter un fouet aussi bien que charretier tre iugement : les barbares ne nous sont de rien de France.

plus merveilleux, que nous sommes à eulx, ny Mais on descouvre bien mieulx ses effects aux avecques plus d'occasion; comme chascun adestranges impressions qu'elle faict en nos ames, voueroit , si chascun sçavoit, aprez s'estre prooù elle ne treuve pas tant de resistance. Que ne mené par ces loingtains exemples, se coucher peult elle en nos iugements, et en nos creances? sur les propres, et les conferer sainement. La raiy a il opinion si bizarre, ie laisse à part la gros- son humaine est une teincture infuse environ de siere imposture des religions dequoy tant de pareil poids à toutes nos opinions et mæurs, de grandes nations et tant de suffisants personna- quelque forme qu'elles soyent; infinie en mages se sont veus enyvrez (car cette partie es- tiere, infinie en diversité. Ie m'en retourne. tant hors de nos raisons humaines, il est plus Il est des peuples où, sauf sa femme et ses excusable de s'y perdre, à qui n'y est extraor- enfants, aulcun ne parle au roy que par sarbalinairement esclairé par faveur divine), mais tane. En une mesme nation, et les vierges monsd'aultres opinions, y en a il de si estranges, trent à descouvert leurs parties honteuses, et qu'elle n'aye planté et estably par loix ez re- les mariees les couvrent et cachent soigneusegions que bon luy a semblé? et est tres iuste ment. A quoy cette aultre coustume, qui est cette ancienne exclamation : Non pudet physi- ailleurs, a quelque relation : la chasteté n'y est cum,idest, speculatorem venatoremque natura, en prix que pour le service du mariage; car les ab animis consuetudine imbutis quærere tesli- filles se peuvent abandonner à leur poste, et, monium veritatis?!

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engroissees, se faire avorter par medicaments I Le double était une petite monnaie de cuivre qui ne valait relâche les secrets de la nature, d'alléguer pour des preuves de qu'un double denier. Un doublon était une monnaie d'Espagne la vérité, ce qui n'est que prévention et coutume! Cic. de de la valeur d'une double pistole. E. J.

Nat. deor. I, 30. - Il y a dans texte petere au lieu de * Quelle honte à un physicien, qui doit poursuivre sans

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quarcre.

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propres, au veu d'un chascun. Et ailleurs, si les eunuques qui ont les femmes religieuses

1 c'est un marchand qui se marie, touts les mar- en garde, ont encores le nez et les levres & chands conviez à la nopce couchent avecques dire', pour ne pouvoir estre aymez; et les l'espousee avant luy; et plus il y en a, plus a presbtres se crevent les yeulx, pour accointer elle d'honneur et de recommendation de fermeté

les daimons et prendre les oracles : où chascun et de capacité : si un officier se marie, il en va faict un dieu de ce qu'il luy plaist; le chasseur, de mesme; de mesme si c'est un noble; et ainsi d'un lyon ou d'un regnard; le pescheur, de des aultres : sauf si c'est un laboureur ou quel- certain poisson; et des idoles, de chasque acqu’un du bas peuple; car lors c'est au seigneur tion ou passion humaine; le soleil, la lune, et à faire : et si, on ne laisse pas d'y recommen- la terre, sont les dieux principaulx; la forme der estroictement la loyauté pendant le mariage. de iurer, c'est toucher la terre regardant le soIl en est où il se veoid des bordeaux publics de leil; et y mange lon la chair et le poisson crud : masles, voire et des mariages : où les femmes où le grand serment, c'est iurer le nom de quelvont à la guerre quand et leurs maris, et ont que homme trespassé qui a esté en bonne rereng, non au combat seulement, mais aussi au putation au païs, touchant de la main sa tumbe : commandement : où non seulement les bagues où les estrenes annuelles que le roy envoye aux se portent au nez,

aux levres, aux ioues, et aux princes ses vassaux , touts les ans, c'est du feu; orteils des pieds; mais des verges d'or bien poi- lequel apporté, tout le vieil feu est esteinct : et santes au travers des tettins et des fesses : où de ce feu nouveau, le peuple dependant de ce en mangeant on s'essuye les doigts aux cuisses, prince, en doibt venir prendre chascun pour soy, et à la bourse des genitoires, et à la plante des sur peine de crime de leze maiesté : où, quand pieds : où les enfants ne sont pas heritiers, ce le roy, pour s'adonner du tout à la devotion, se sont les freres et nepveux, et ailleurs les nepveux retire de sa charge, ce qui advient souvent, son seulement; sauf la succession du prince : où premier successeur est obligé d'en faire autant, pour reigler la communauté des biens, qui s'y et passe le droict du royaume au troisiesme sucobserve, certains magistrats souverains ont cesseur : où l'on diversifie la forme de la police”, charge universelle de la culture des terres et de selon que les affaires semblent le requerir; on la distribution des fruicts, selon le besoing d'un depose le roy, quand il semble bon; et luy subschascun : où l'on pleure la mort des enfants, et titue lon des anciens à prendre le gouvernail de festoye lon celle des vieillards : où ils couchent l'estat; et le laisse lon par fois aussi ez mains de en des licts dix ou douze ensemble avec leurs la commune : où hommes et femmes sont circonfemmes : où les femmes qui perdent leurs ma- cis, et pareillement baptisez : où le soldat qui, ris par mort violente se peuvent remarier, les en un ou divers combats, est arrivé à presenter à aultres non : où l'on estime si mal de la condi

son roy sept testes d'ennemis, est faict noble : tion des femmes, que l'on y tue les femelles où l'on vit soubs cette opinion si rare et insociaqui y naissent, et achepte lon, des voysins, des ble de la mortalité des ames : où les femmes femmes pour le besoing : où les maris peuvent s'accouchent sans plaincte et sans effroy : où les repudier, sans alleguer aulcune cause; les fem- femmes, en l’une et l'aultre iambe, portent des mes non, pour causc quelconque : où les maris greves 3 de cuivre; et si un pouil les mord, ont loy de les vendre si elles sont steriles : où sont tenues par debvoir de magnanimité de le ils font cuyre le corps du trespassé, et puis pi- remordre; et n'osent espouser, qu'elles n'ayent ler, iusques à ce qu'il se forme comme en bouil- offert à leur roy, s'il le veut, leur pucellage : lie; laquelle ils meslent à leur vin, et la boivent : où l'on salue mettant le doigt à terre, et puis où la plus desirable sepulture est d'estre mangé le haulsant vers le ciel : où les hommes pordes chiens; ailleurs, des oyseaux : où l'on croit tent les charges sur la teste, les femmes sur les

: que les ames heureuses vivent, en toute liberté, espaules; elles pissent debout, les hommes acen des champs plaisants fournis de toutes com- croupis : où ils envoyent de leur sang en signe moditez, et que ce sont elles qui font cet echo d'amitié, et encensent, comme les dieux, les que nous oyons : où ils combattent en l'eau, et hommes qu'ils veulent honnorer : où non seutirent seurement de leurs arcs en nageant : où pour signe de subiection, il fault haulser les ' De moins. C'est de la que venait l'ancien mot du palais, espaules et baisser la teste; et deschausser ses

titre adiré, pièce adirée.

: Du gouvernement. souliers quand on entre au logis du roy : où 3 Des bottines , ou armures de jambes.

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lement iusques au quatriesme degré, mais en | iusques à la mort, sans changer de visage; où aulcun plus esloingné, la parenté n'est soufferte la richesse estoit en tel mespris, que le plus aux mariages : où les enfants sont quatre ans à chestif citoyen de la ville n'eust daigné baisser nourrice, et souvent douze; et là mesme il est le bras pour amasser une bourse d'escus. Et sçaestimé mortel de donner à l'enfant à tetter tout vons des regions tres fertiles en toutes façons de le premier iour : où les peres ont charge du vivres, où toutesfois les plus ordinaires mets et chastiement des masles; et les meres, à part, des les plus savoureux, c'estoient du pain, du nasifemelles ; et est le chastiement de les fumer pen- tort et de l'eau. Feit elle pas encores ce miracle dus par les pieds : où on faict circoncire les fem- en Cio, qu'il s'y passa sept cents ans, sans memes : où l'on mange toutes sortes d'herbes, sans moire que femme ny fille y eust faict faulte a aultre discretion que de refuser celles qui leur son honneur"? semblent avoir mauvaise senteur : où tout est Et somme, à ma fantasie, il n'est rien qu'elle ouvert; et les maisons, pour belles et riches ne face, ou qu'elle ne puisse; et avecques raiqu'elles soyent, sans porte, sans fenestre, sans son l'appelle Pindarus, à ce qu'on m'a dict, coffre qui ferme; et sont les larrons doublement « la royne et emperiere du monde. » Celuy

» punis qu'ailleurs : où ils tuent les pouils avec qu'on rencontra battant son pere, respondit les dents comme les magots, et trouvent horri- que c'estoit la coustume de sa maison; que son ble de les veoir escacher soubs les ongles : où pere avoit ainsi battu son ayeul ; son ayeul, son l'on ne couppe en toute la vieny poil ny ongle; ail- bisayeul; et montrant son fils : « Cettuy cy me leurs où l'on ne couppe que les ongles de la droicte, battra, quand il sera venu au terme de l'aage ceulx de la gauche se nourrissent par gentillesse : où ie suis. » Et le pere, que le fils tirassoit et saoù ils nourrissent tout le poil du costé droict, tant bouloit emmy la rue, luy commanda de s'arqu'il peult croistre, et tiennent raz le poil de rester à certain huys, car luy n'avoit traisné son l'aultre costé; et en voysines provinces, celle pere que iusques là; que c'estoit la borne des icy nourrit le poil de devant, celle là le poil de iniurieux traictements hereditaires que les enderriere, et rasent l'opposite : où les peres pres- fants avoient en usage de faire aux peres, en tent leurs enfants, les maris leurs femmes, à leur famille. Par coustume, dit Aristote}, aussi iouyr aux hostes, en payant : où on peult hon- souvent que par maladie, des femmes s'arranestement faire des enfants à sa mere, les peres chent le poil, rongent leurs ongles, mangent se mesler à leurs filles et à leurs fils : où, aux as- des charbons et de la terre; et plus par coussemblees des festins, ils s'entreprestent, sans tume que par nature, les masles se meslent aux distinction de parenté, les enfants les uns aux

masles. aultres : icy on vit de chair humaine : là c'est Les loix de la conscience, que nous disons office de pieté de tuer son pere en certain aage : naistre de nature, naissent de la coustume; chasailleurs les peres ordonnent, des enfants encores cun ayant en veneration interne les opinions et au ventre des meres, ceulx qu'ils veulent estre mæurs approuvées et receues autour de luy, ne nourris et conservez, et ceulx qu'ils veulent s'en peult desprendre sans remors, ny s'y apestre abandonnez et tuez : ailleurs les vieux pliquer sans applaudissement. Quand ceulx de maris prestent leurs femmes à la ieunesse pour Crete vouloient, au temps passé, mauldire quels'en servir; et ailleurs elles sont communes sans i qu’un, ils prioient les dieux de l'engager en quelpeché; voire, en tel païs, portent pour marque que mauvaise coustume 4. Mais le principal effect d'honneur autant de belles houppes frangees au

de sa puissance, c'est de nous saisir et empieter de bord de leurs robbes, qu'elles ont accointé de telle sorte , qu'à peine soit il en nous de nous ramasles. N'a pas faict la coustume encores une voir de sa prinse, et de rentrer en nous, pour dischose publicque de femmes à part? leur a elle pas courir et raisonner de ses ordonnances. De vray, mis les armes à la main ? faict dresser des armees, parce que nous les humons avec le laict de nostre et livrer des battailles ? Et ce que toute la phi

Ces nombreux exemples sont empruntés d'Hérodote, de losophie ne peult planter en la teste des plus xénophon , de Plutarque , de Sextus Empiricus, de Valère sages, ne l'apprend elle pas de sa seule ordon

Maxime et des ouvrages alors publiés sur l'Amérique et sur

l'Asie. J. V. L. nance au plus grossier vulgaire? car nous sça- ? C'est ce que Pindare a dit de la loi, Nopcs Toavtwy Ban yons des nations entieres où non seulement la :).EÚ5, HÉRODOTE , III, 38. Mais Hérodote , en citant ces pamort estoit mesprisee, mais festoyee; où les roles, donne aussi à vójecs le sens de coutume. J. V. L.

3 Morale à Nicomaque, VII, c. 6. C. enfants de sept ans souffroient à estre fouettez 4 VALÈRE MAXIME, VII, 2, ext. 15. J. V. L.

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naissance, et que le visage du monde se pre- Principio, quod non minuant mirarier omnes sente en cet estat à nostre premiere veue, il

Paulatim'. semble que nous soyons nayz à la condition de

Aultrefois ayant à faire valoir quelqu'une de suyvre ce train; et les communes imaginations nos observations, et reecue avecques resolue que nous trouvons en credit autour de nous, et auctorité bien loing autour de nous; et ne vouinfuses en nostre ame par la semence de nos pe- lant point, comme il se faict, l'establir seulement res, il semble que ce soyent les generales et na- par la force des loix et des exemples, mais questurelles : par où il advient que ce qui est hors les tant tousiours iusques à son origine, i'y trouvay gonds de la coustume, on le croit hors les gonds le fondement si foible, qu'à peine que ie ne m'en de la raison; Dieu sçait combien desraisonna- desgoustasse, moy, qui avois à la confirmer en blement le plus souvent !

aultruy. C'est cette recepte, par laquelle Platon Si comme nous, qui nous estudions, avons entreprend de chasser les desnaturees et preapprins de faire, chascun qui oid une iuste sen- posteres amours de son temps, qu'il estime soutence, regardoit incontinent par où elle luy ap- veraine et principale; à sçavoir, que l'opinion partient en son propre, chascun trouveroit que publicque les condemne; que les poëtes, que cette cy n'est pas tant un bon mot, qu’un bon chascun en face des mauvais contes : recepte coup de fouet à la bestise ordinaire de son iuge par le moyen de laquelle les plus belles filles ment : mais on receoit les advis de la verité et n'attirent plus l'amour des peres, ny les freres ses preceptes comme addressez au peuple, non plus excellents en beaulté, l'amour des sæurs; iamais à soy; et au lieu de les coucher sur ses les fables mesmes de Thyestes, d'Oedipus, de mæurs, chascun les couche en sa memoire, tres Macareus, ayant, avecques le plaisir de leur sottement et tres inutilement. Revenons à l'em- chant, infus cette utile creance en la tendre pire de la coustume.

cervelle des enfants ?. De vray, la pudicité est Les peuples nourris à la liberté, et à se com- une belle vertu, et de laquelle l'utilité est assez mander eulx mesmes, estiment toute aultre forme cogneue; mais de la traicter et faire valoir sede police monstrueuse et contre nature : ceulx lon nature, il est autant malaysé, comme il est qui sont duicts à la monarchie, en font de mes- aysé de la faire valoir selon l'usage, les loix et me; et quelque facilité que leur preste fortune les preceptes. Les premieres et universelles raiau changement, lors mesme qu'ils se sont, aveo- sons sont de difficile perscrutation; et les pasques grandes difficultez, desfaicts de l'importu- sent nos maistres en escumant; ou en ne les nité d'un maistre, ils courent à en replanter un osant pas seulement taster, se iectent d'abordee nouveau avecques pareilles difficultez, pour ne dans la franchise de la coustume; là ils s'enflent se pouvoir resouldre de prendre en haine la et triumphent à bon compte. Ceulx qui ne se maistrise. C'est par l'entremise de la coustume veulent laisser tirer hors cette originelle source que chascun est content du lieu où nature l'a faillent encores plus, et s'obligent à des opinions planté; et les sauvages d'Escosse n'ont que faire sauvages; tesmoing Chrysippus ', qui sema en de la Touraine, ny les Scythes, de la Thessalie. tant de lieux de ses eseripts,

de compte Darius demandoit à quelques Grecs, pour com- en quoy il tenoit les conionctions incestueuses, bien ils vouldroient prendre la coustume des In- quelles qu'elles feussent. des, de manger leurs peres trespassez (car c'es- Qui vouldra se desfaire de ce violent preiutoit leur forme, estimants ne leur pouvoir don- dice de la coustume, il trouvera plusieurs choner plus favorable sepulture que dans eulx ses receues d'une resolution indubitable, qui mesmes); ils luy respondirent, que pour chose n'ont appuy qu'en la barbe chenue et rides de du monde ils ne le feroient : mais s'estant aussi l'usage qui les accompaigne : mais ce masque essayé de persuader aux Indiens de laisser leur arraché, rapportant les choses à la verité et à la façon; et prendre celle de Grece, qui estoit de raison, il sentira son iugement comme tout boubrusler les corps de leurs peres, il leur feit en- leversé, et remis pourtant en bien plus seur escores plus d'horreur'. Chascun en faict ainsi, tat. Pour exemple, ie luy demanderay lors, d'autant que l'usage nous desrobbe le vray visage

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in n'est rien de si grand , rien de si admirable au premier des choses.

abord, que peu à peu l'on ne regarde avec moins d'admira

tion. LUCRÈCE, II, 1027. Nil adeo magnum, nec tam mirabile quidquam

2 PLATON, Lois, VIII, 6, édit. d'Henri Estienne, t. II, p. 838;

édit. de M. Ast, p. 310. J. V. L. HÉRODOTE, MI, 38. J. V. L.

3 SEXTUS EMPIRICUS, Pyrrhon. Hypotyp. I 14. C.

le peu

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quelle chose peult estre plus estrange, que de ceulx cy la force; ceulx Ma la robbe longue, ceulx veoir un peuple obligé à suyvre les loix qu'il cy la courte, en partage? n'entendit oncques; attaché en touts ses affai- Quant aux choses indifferentes, comme vesres domestiques, mariages, donations, testaments, tements, qui les vouldra ramener à leur vraye ventes et achapts, à des reigles qu'il ne peult sça- fin, qui est le service et commodité du corps, voir , n'estants escriptes ny publiees en sa lan- d'où depend leur grace et bienseance originelle : gue, et desquelles, par necessité, il luy faille pour les plus fantastiques à mon gré qui se puisachepter l'interpretation et l'usage : non selon sent imaginer, ie luy dopray entre aultres nos l'ingenieuse opinion d'Isocrates', qui conseille bonnets quarrez; cette longue queue de veloux à son roy de rendre les traficques et negocia- plissé qui pend aux testes de nos femmes avections de ses subiects, libres, franches et lucratif- ques son attirail bigarré; et ce vain modele et ves, et leurs debats et querelles, onereuses, inutile d'un membre que nous ne pouvons seulechargees de poisants subsides; mais selon une ment honnestement nommer, duquel toutesfois opinion prodigieuse, de mettre en traficque la nous faisons montre et parade en public. Ces raison mesme, et donner aux loix cours de mar- considerations ne destournent pourtant pas un chandise. Ie sçay bon gré à la fortune dequoy, homme d'entendement de suyvre le style comcomme disent nos historiens, ce feut un gentil- mun': ains au rebours, il me semble que toutes homme gascon et de mon pays, qui le premier façons escartees et particulieres partent plustost s'opposa à Charlemaigne nous voulant donner de folie ou d'affectation ambitieuse, que de vraye des loix latines et imperiales.

raison; et que le sage doibt au dedans retirer Qu'est il plus farouche que de veoir une na- son ame de la presse, et la tenir en liberté et tion où, par legitime coustume, la charge de iu- puissance de iuger librement des choses; mais ger se vende ?, et les iugements soyent payez à quant au dehors, qu'il doiht suyvre entierement purs deniers comptants, et où legitimement la les façons et formes receues. La societé publicque justice soit refusee à qui n'a dequoy la payer; n'a que faire de nos pensees; mais le demourant, et ayt cette marchandise si grand credit, qu'il comme nos actions, nostre travail, nos fortunes , se face en une police un quatriesme estat de et nostre vie, il les fault prester et abandonner à gents maniants les procez, pour le ioindre aux son service et aux opinions communes : comme trois anciens, de l'eglise, de la noblesse, et du ce bon et grand Socrates refusa de sauver sa vie, peuple; lequel estat ayant la charge des loix et par la desobeïssance du magistrat, voire d'un souveraine auctorité des biens et des vies, face magistrat tres iniuste et tres inique; car c'est la un corps à part de celuy de la noblesse : d'où reigle des reigles, et generale loy des loix, que il advienne qu'il y ayt doubles loix, celles de chascun observe celle du lieu où il est : l'honneur, et celles de la iustice, en plusieurs

Νόμοις έπεσθαι τοισιν εγχωρίοις καλόν 2. choses fort contraires; aussi rigoreusement condemnent celles là un dementy souffert, comme

En voycy d'une aultre cuvee. Il y a grand celles icy un dementy revenché; par le debvoir

doubte s'il se peult trouver si evident proufit des armes, celuy là soit degradé d'honneur et

au changement d'une loy receue, telle qu'elle de noblesse, qui souffre une iniure, et par le soit, qu'il y a du mal à la remuer : d'autant debvoir civil, celuy qui s'en venge encoure une

qu'une police, c'est comme un bastiment de dipeine capitale; qui s'adresse aux loix pour avoir

verses pieces ioinctes ensemble d'une telle liairaison d'une offense faicte à son honneur,

son, qu'il est impossible d'en esbranler une, que

il se desbonnore; et qui ne s'y adresse, il en est puny

tout le corps ne s'en sente. Le legislateur des et chastié par les loix : et de ces deux pieces si

Thuriens 3 ordonna que quiconque vouldroit, ou diverses, se rapportants toutesfois à un seul chef, abolir une des vieilles loix, ou en establir une ceulx là ayent la paix, ceulx cy la guerre, en

nouvelle, se presenteroit au peuple la chorde au charge; ceulx là ayent le gaing , ceulx cy l’hon- col; à fin que si la nouvelleté n'estoit approuvee neur; ceulx là le scavoir, ceulx cy la vertu; d'un chascun, il feust incontinent estranglé : ceulx là la parole, ceulx cy l'action; ceulx là la

et celuy de Lacedemone employa sa vie, pour iustice, ceulx cy la vaillance; ceulx là la raison,

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Dans le chapitre 3 du livre III, Montaigne revient sur ces idées et les développe. A. D.

2 11 be d'obéir aux lois de son pays. Disc. à Nicoclès, édit. d'Henri Estienne, p. 18. C. Excerpta ex tragæd. græcis, H. Gaotio interpr. 1626, in-4°, p. 937. > Depuis le chancelier du Prat, sous François I".

3 Charondas. DIODORE DE SICILE, XII, 24. C.

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