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Quid vesam aliud sibi vult ars impia ludi,

Hos inter fremitus novosque lusus.... Quid mortes iuvenum, quid sanguine pasta voluptas ?? Stat sexus rudis, insciusque ferri, et dura cet usage iusques à Theodosius, l'empe

Et pugnas capit improbus viriles :: reur :

ce que ie trouveroy fort estrange et incroyable, Arripe dilatam tua, dux, in tempora famam,

si nous n'estions accoustumez de veoir touts les Quodque patris superest, successor laudis habeto.... iours, en nos guerres, plusieurs milliasses d'homNullus in urbe cadat, cuius sit pæna voluptas.... mes estrangiers engageants, pour de l'argent, lam solis contenta feris, infamis arena Nulla cruentatis homicidia ludat in armis 2.

leur sang et leur vie à des querelles où ils n'ont

aulcun interest. C'estoit, à la verité, un merveilleux exemple, et de tres grand fruict pour l'institution du peuple, de

CHAPITRE XXIV. veoir touts les jours en sa presence cent, deux cents, voire mille couples d'hommes, armez les

De la grandeur romaine. uns contre les aultres, se hacher en pieces avec

Ie ne veulx dire qu'un mot de cet argument une si extreme fermeté de courage, qu'on ne leur veist lascher une parole de foiblesse ou commi

infiny, pour monstrer la simplesse de ceulx qui

apparient à celle là les chestifves grandeurs de ce seration, iamais tourner le dos, ny faire seulement un mouvement lasche pour gauchir au coup

temps. Au septiesme livre des Epistres familiede leur adversaire, ains tendre le col à son es

res de Cicero ( et que les grammairiens en ostent

ce surnom de familieres, s'ils veulent; car, à la pee, et se presenter au coup : il est advenu à plusieurs d'entre eulx, estants blecez à mort de verité, il n'y est pas fort à propos ; et ceulx qui, force playes, d'envoyer demander au peuple s'il liares, peuvent tirer quelque argument pour

au lieu de familieres, y ont substitué ad famiestoit content de leur debvoir, avant que se cou

eulx de ce que dict Suetone en la vie de Cesar", cher pour rendre l'esprit sur la place. Il ne falloit

qu'il y avoit un volume de lettres de luy ad fapas seulement qu'ils combattissent et mourussent

miliares ), il y en a une qui s'addresse à Cesar constamment, mais encores alaigrement; en ma

estant lors en la Gaule, en laquelle Cicero redict niere qu’on les hurloit et mauldissoit, si on les veoyoit estriver 3 à recevoir la mort : les filles mes

ces mots, qui estoient sur la fin d'une aultre letmes les incitoient :

tre que Cesar luy avoit escript : « Quant à Mar

cus Furius, que tu m'as recommende, ie le feConsurgit ad ictus;

ray roy de Gaule; et si tu veulx que i'advance Et quoties victor ferrum iugulo inserit, illa

quelque aultre de tes amis, envoye le moy 3. Delicias ait esse suas, pectusque iacentis

Virgo modesta iubet converso pollice rumpi ". Il n'estoit pas nouveau à un simple citoyen roLes premiers Romains employoient à cet exemple main, comme estoit lors Cesar, de disposer des les criminels : mais depuis on y employa des serfs

royaumes; car il osta bien au roy Deiotarus le innocents, et des libres mesmes qui se vendoient

sien, pour le donner à un gentilhomme de la ville

de Pergame, nommé Mithridates 4 : et ceulx qui pour cet effect, iusques à des senateurs et che

escrivent sa vie enregistrent plusieurs royaumes valiers romains, et encores des femmes :

par luy vendus; et Suetone dict 5 qu'il tira pour Nunc caput in mortem vendunt, et funus arenæ, [cunts:

un coup, du roy Ptolemæus, trois millions six Atque hostem sibi quisque parat, quum bella quies

cents mille escus, qui feut bien prez de luy ven

dre le sien. * Autrement, quel serait le but de l'art insensé des gladiateurs', de ces jeux barbares, de ces fêtes de la mort, de ces plaisirs sanguinaires ?

Parmi ces frémissements et ces nouveaux plaisirs, un sexe * Saisissez, grand prince, une gloire réservée à votre règne; inhabile aux armes descend dans l'arène, et s'exerce avec auajoutez à l'heritage de gloire de votre père, la seule louange dace aux jeux des guerriers. STACE, Sylv. I, 6, 51. qui vous reste à mériter... Que le sang humain ne coule plus 2 SUÉTONE, César, c. 66. C. pour le plaisir du peuple... Que l'arène se contente du sang 3 Cic. Epist. fam. VII, 5. On lit ordinairement dans le texte des bêtes, et que des jeux homicides ne souillent plus nos yeux. de cette lettre, M. Orfium ; mais il y a de nombreuses vaPRUDENCE, contre Symmaque, II, 613.

riantes. Quelques interprètes ont regardé l'offre de César 3 Résister, témoigner de la répugnance. C.

comme un badinage : Montaigne la prend au sérieux, et il a 4 La vierge modeste se lève à chaque coup; et toutes les peut-être raison. Ne sait-on pas quels étaient ces petits chefs fois que le vainqueur égorge son adversaire, elle est charmée,

de peuplades, véritables lieutenants de la république, nommés ravie, et, d'un signe fatal, elle ordonne que le vaincu périsse. ou protégés par les Romains, et qu'ils appelaient reguli ? J. PRUDENCE, contre Symmaque, II, 617.

V. L. 5 Maintenant ils vendent leur sang, et, pour un prix convenu, 4 Cic. de Divin. II, 37 : asseclæ suo, Pergameno nescio ils vont mourir sur l'arène : au milieu de la paix, chacun d'eux cui. C. se fait un ennemi. MANIL. Astron. IV,

5 Vie de César, c. 51. C.

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5

225.

MONTAIGNE.

22

2

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)

Tot Galatæ, tol Pontus cat, tot Lydia nummis. dominations que sa vertu ou celle de ses ancesMarcus Antonius disoit ? que la grandeur du peu

tres luy avoient acquis. » ple romain ne se monstroit pas tant par ce qu'il

CHAPITRE XXV. prenoit, que par ce qu'il donnoit : si en avoit il, quelque siecle avant Antonius, osté un, entre

De ne contrefaire le malade. aultres, d'auctorité si merveilleuse, que, en toute son histoire, ie ne scache marque qui porte plus Il y a un epigramme en Martial, qui est des hault le nom de son credit. Antiochus possedoit bons, car il y en a chez luy de toutes sortes, où toute l'Aegypte, et estoit aprez à conquerir Cy- il recite plaisamment l'histoire de Celius, qui

à pre et aultres demourants de cet empire. Sur le pour fuyr à faire la court à quelques grands à progrez de ses victoires, C. Popilius arriva à luy Rome, se trouver à leur lever, les assister et les de la part du senat; et d'abordee, refusa de luy suyvre, feit la mine d'avoir la goutte; et pour toucher à la main, qu'il n'eust premierement leu rendre son excuse plus vraysemblable, se faisoit les lettres qu'il luy apportoit. Le roy les ayant oindre les iambes, les avoit enveloppees, et conleues, et dict qu'il en delibereroit, Popilius cir- trefaisoit entierement le port et la contenance conscrit la place où il estoit, à tout sa baguette, d'un homme goutteux. Enfin la fortune luy feit en luy disant : « Rens moy response que ie puisse ce plaisir , de le rendre goutteux tout faict. rapporter au senat, avant que tu partes de ce cer

Tantum cura potest, et ars doloris ! cle. » Antiochus, estonné de la rudesse d'un si pres

Desît fingere Cælius podagram'. sant commandement, aprez y avoir un peu songé:

I'ay veu en quelque lieu d'Appian', ce me « le feray (dit il ) ce que le senat me commande. » semble, une pareille histoire d'un, qui voulant Lors le salua Popilius, comme amy du peuple eschapper aux proscriptions des triumvirs de romain 3. Avoir renoncé à une si grande monar- Rome, pour se desrobber de la cognoissance de chie et cours d'une si fortunee prosperité, par ceulx qui le poursuyvoient, se tenant caché et l'impression de trois traicts d'escripture! il eut travesty, y adiousta encores cette invention, de vrayement raison, comme il feit, d'envoyer de contrefaire le borgne : quand il veint à recouvrer puis dire au senat, par ses ambassadeurs, qu'il un peu plus de liberté, et qu'il voulut desfaire avoit receu leur ordonnance, de mesme respect l'emplastre qu'il avoit long temps porté sur son que si elle feust venue des dieux immortels 4. ail, il trouva que sa veue estoit effectuellement

Touts les royaumes qu'Auguste gaigna par perdue sous ce masque. Il est possible que l'acdroict deguerre, illes rendit à ceulx qui les avoient tion de la veue s'estoit hebetee 3 pour avoir esté perdus, ou en feit present à des estrangiers. Et si long temps sans exercice, et que la force visive sur ce propos, Tacitus parlant du roy d’Angle- s'estoit toute reiectee en l'aultre æil; car nous senterre Cogidunus, nous faict sentir, par un mer- tons evidemment que l'æil que nous tenons couveilleux traict, cette infinie puissance. Les Ro- vert, renvoye à son compaignon quelque partie mains, dict il, avoient accoustumé, de toute de son effect, en maniere que celuy qui reste s'en ancienneté, de laisser les roys qu'ils avoient grossit et s'en entle : comme aussi l'oysifveté, surmontez, en la possession de leurs royaumes, avecques la chaleur des liaisons et des medicasoubs leur auctorité,« à ce qu'ils eussent des roys ments, avoit bien peu attirer quelque humeur po mesmes, utils de la servitude : » ut haberent dagrique au goutteux de Martial. instrumenta servitutis et reges 5. Il est vray

Lisant chez Froissard 4 le veu d'une trouppe semblable que Solyman, à qui nous avons veu

de ieunes gentilshommes anglois, de porter l'ail faire liberalité du royaume de Hongrie et aultres gauche bandé, iusques à ce qu'ils eussent passé estats, regardoit plus à cette consideration, qu'à en France et exploicté quelque faict d'armes sur celle qu'il avoit accoustumé d'alleguer, « Qu'il nous; ie me suis souvent chatouillé de ce penseestoit saoul et chargé de tant de monarchies et de ment, qu'il leur eust prins comme à ces aultres,

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' A tel prix la Galatie, à tel prix le Pont, à tel prix la Lydie. CLAUDIEN, in Eutrop. 1, 203.

2 PLUTARQUE, Antoine, c. 8. C.
3 Trre-LIVE, XLV, 12. C.
4 Id. ibid. c. 13.
5 Tacite, Agricola, c. 14. -

- Montaigne a traduit ce passage avant que de le citer. C.

* Voyez ce que c'est que de si bien faire le malade! Célius n'a plus besoin de feindre qu'il a la goutte. MARTIAL, VII, 39, S.

2 Guerres civiles, liv. IV, p. 613 de l'édit. d'Henri Estienne; p. 985 de celle de Tollius, Amst. 1670. J. V. L.

3 S’était affaiblie. C'est une phrase latine. Sénèque le tragique ( Hercul. fur. v. 1043): Visusque mæror hebelat.

4 T. I, c. 29. C.

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et qu'ils se feussent trouvez touts esborgnez au | gles demandent un guide; nous nous fourvoyons reveoir des maistresses pour lesquelles ils avoient de nous mesmes. Ie ne suis pas ambitieux, difaict l'entreprinse.

sons nous; mais à Rome on ne peult vivre aulLes meres ont raison de tanser leurs enfants trement : ie ne suis pas sumptueux; mais la ville quand ils contrefont les borgnes, les boiteux, et requiert une grande despense : ce n'est pas ma les bieles ', et tels aultres defaults de la personne: faulte si ie suis cholere, si ie n’ay encores estably car oultre ce que le corps, ainsi tendre, en peult aulcun train asseuré de vie ; c'est la faulte de la recevoir un mauvais ply, ie ne sçay comment il ieunesse. Ne cherchons pas hors de nous nostre semble que la fortune se ioue à nous prendre au mal; il est chez nous, il est planté en nos entrailles : mot; eti'ay ouy reciter plusieurs exemples de gents et cela mesme, que nous ne sentons pas estre madevenus malades, ayants desseigné de feindre lades, nous rend la guarison plus mal aysee. Si l'estre. De tout temps i'ay apprins de charger ma nous ne commenceons de bonne heure à nous panmain, et à cheval et à pied, d'une baguette ou ser, quand aurons nous pourveu à tant de playes d'un baston, iusques à y chercher de l'elegance, et à tant de maulx ? Si avons nous une tres doulce et de m'en seiourner, d'une contenance affettee : medecine, que la philosophie: car des aultres, on plusieurs m'ont menacé que fortune tourneroit n'en sent le plaisir qu'aprez la guarison; cette cy un iour cette mignardise en necessité. Ie me fonde plaist et guarit ensemble. » Voylà ce que dit Sesur ce que ie seroy tout le premier goutteux de maneque, qui m'a emporté hors de mon propos; mais race.

il y a du proufit au change. Mais alongeons ce chapitre, et le bigarrons

CHAPITRE XXVI. d'une aultre piece, à propos de la cecité. Pline dict? d'un, qui songeant estre aveugle en dor

Des poulces. mant, se le trouva l'endemain, sans aulcune maladie precedente. La force de l'imagination peult

Tacitus recite' que parmy certains roys barbien ayder à cela, comme i'ay dict ailleurs?; et

bares, pour faire une obligation asseuree, leur semble que Pline soit de cet advis: mais il est plus droictes l'une à l'aultre, et s'entrelasser les poul

maniere estoit deioindre estroictement leurs mains vraysemblable que les mouvements que le corps sentoit au dedans (desquels les medecins trou

ces; et quand, à force de les presser, le sang en veront, s'ils veulent, la cause), qui luy ostoient

estoit monté au bout, ils les bleceoient de quella veue, feurent occasion du songe.

que legiere poincte, et puis se les entresuceoient. Adioustons encores une histoire voysine de ce

Les medecins disenta que les poulces sont les

maistres doigts de la main, leur etymopropos, que Seneque recite en l'une de ses lettres : « Tu sçais, dict il escrivant à Lucilius 4, que Har- logie latine vient de pollere . Les Grecs l'appelpasté, la folle de ma femme, est demeuree chez

lent évtizele, comme qui diroit une aultre main. moy, pour charge hereditaire : car, de mon goust, aussi en ce sens de main entiere :

Et il semble que par fois les Latins les prennent ie suis ennemy de ces monstres; et si i’ay envie de rire d'un fol, il ne me le fault chercher gueres

Sed nec vocibus excitata blandis,

Molli pollice nec rogata surgit*. loing, ie ris 5 de moy mesme. Cette folle a subitement perdu la veue. Ie te recite chose estrange,

C'estoit à Rome une signification de faveur, mais veritable: elle ne sent point qu'elle soit aveu de comprimer et baisser les poulces, gle, et presse incessamment son gouverneur de Fautor utroque tuum laudabit pollice ludum", l'emmener, parce qu'elle diet que ma maison est et de desfaveur, de les haulser et contourner au obscure. Ce que nous rions en elle, ie te prie croire dehors : qu'il advient à chascun de nous; nul ne cognoist

Converso pollice vulgi, estre avare, nul convoiteux : encores les aveu

Quemlibet occidunt populariter 6.

1 Annales , XII, 47. C. * Bicle, ou bigle, comme on dit présentement, signifie lou- 2 Ceci semble pris de Macrobe, qui l'a pris à son tour d'Ache. C.

terus Capilo. Voyez les Saturnales, VII, 13. C. 2 Nat. Hist. VII, 50. C.

3 Etre fort et puissant. C. a Fortis imaginatio generat casum, disent les clercs. » 4 Ces deux vers de MARTIAL, XII, 98, 8, sont trop libres Essais, liv. I, chap. 20. J. V. L.

pour étre traduits. 4 Epist. 50. C.

5 Il applaudira à tes jeux en baissant les deux pouces. HOR, 5 Ed. de 1588, ie me ris.

Epist. I, 18, 66. 6 Ihid. de l'en emmener.

6 Dès que le peuple a tourné le pouce en haut, il faut, pour

22

et que

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Les Romains dispensoient de la guerre ceulx | pusillanimité, pour dire qu'elle est aussi de la qui estoient blecez au poulce, comme s'ils n'a- feste, n'ayant peu se mesler à ce premier roolle, voient plus la prinse des armes assez ferme. Au- prend pour sa part le second, du massacre et guste confisqua les biens à un chevalier romain | du sang. Les meurtres des victoires s'exercent qui avoit, par malice, couppé les poulces à deux ordinairement par le peuple, et par les officiers siens ieunes enfants, pour les excuser d'aller aux du bagage : et ce qui faict veoir tant de cruauarmees? : et avant luy, le senat, du temps de la tez inouïes aux guerres populaires, c'est que cette guerre italique, avoit condemné Caius Vatienus canaille de vulgaire s'aguerrit et se gendarme à prison perpetuelle, et luy avoit confisqué touts à s'ensanglanter iusques aux coudes, et deschises biens, pour s'estre à escient couppé le poulce de queter un corps à ses pieds, n'ayant ressenti la main gauche, pour s'exempter de ce voyage . ment d'aultre vaillance : Quelqu'un, dont il ne me souvient point?, ayant

Et lupus, et turpes instant morientibus ursi, gaigné une battaille navale, feit coupper les poul- Et quæcumque minor nobilitate fera est ? : ces à ses ennemis vaincus, pour leur oster le moyen

comme les chiens couards, qui deschirent en la de combattre et de tirer la rame. Les Atheniens maison et mordent les peaux des bestes sauvales feirent coupper aux Aeginetes, pour leur oster ges qu'ils n'ont osé attaquer aux champs. Qu'est la preference en l'art de marine 4. En Lacedemone, le maistre chastioit les enfants mortelles ; et qu'au lieu que nos peres avoient

ce qui faict, en ce temps, nos querelles toutes en leur mordant le poulce 5.

quelque degré de vengeance, nous commenceons CHAPITRE XXVII.

à cette heure par le dernier; et ne se parle, d'arriCouardise, mere de la cruauté.

vee, que de tuer ? qu'est ce, si ce n'est couardise?

Chascun sent bien qu'il y a plus de braverie l'ay souvent ouy dire que la couardise est mere et desdaing à battre son ennemy qu'à l'achever, de la cruauté : et si, ay par experience apperceu et de le faire bouquer3 que de le faire mourir; que cette aigreur et aspreté de courage malicieux davantage, que l'appetit de vengeance s'en aset inhumain, s'accompaigne coustumierement de souvit et contente mieulx; car elle ne vise qu'à mollesse feminine; i'en ay veu des plus cruels, donner ressentiment de soy : voylà pourquoy subiects à pleurer ayseement, et pour des causes nous n'attaquons pas une beste ou une pierre frivoles. Alexandre, tyran de Pheres, ne pouvoit quand elle nous blece, d'autant qu'elles sont insouffrir d’ouyr au theatre le ieu des tragedies, capables de sentir nostre revenche; et de tuer un de peur que ses citoyens ne le veissent gemir homme, c'est le mettre à l'abry de nostre offense. aux malheurs de Hecuba et d'Andromache, luy Et tout ainsi comme Bias 4 crioit à un meschant qui, sans pitié, faisoit cruellement meurtrir tant homme : « Ie sçay que tost ou tard tu en seras de gents touts les iours 6. Seroit ce foiblesse d'ame puny, mais ie crains que ie ne le veoye pas; qui les rendist ainsi ployables à toutes extremi- et plaignoit les Orchomeniens de ce que la penitez? La vaillance, de qui c'est l'effect de s'exercer tence que Lyciscus eut de la trahison contre seulement contre la resistance,

eulx commise, venoit en saison qu'il n'y avoit Nec nisi bellantis gaudet cervice iuvenci?,

personne de reste de ceulx qui en avoient esté s'arreste 8 à veoir l'ennemy à sa mercy : mais la interessez, et ausquels debvoit toucher le plaisir

de cette penitence : tout ainsin est à plaindre la lui plaire, que les gladiateurs s'égorgent. Juv. II, 36. Voyez ci-dessus, chap. 23, la dernière citation de PRUDENCE.

vengeance, quand celuy envers lequel elle s'emJ. V. L.

ploye perd le moyen de la souffrir; car comme I SUÉTONE, Auguste, C. 24. C. 2 VALÈRE MAXINE, V, 3, 3.

le vengeur y veult veoir pour en tirer du plaisir,

On croit que c'est de là (a pollice trunco) que vient le mot de poltron. J. V. L.

3 Philocles, un des généraux des Athéniens, dans la guerre Se gendarmer, se mettre en humeur, en posture d'homme du Péloponése. Voyez PLUTARQUE, Lysandre, c. 6; XÉNO- qui veut combattre. Verbis, vultu, habituque præferre fePHON, Hist. gr. II, etc. J. V. L.

rocem pugnatorem. MONET. 4 CICÉRON, de Offic. III, II; VALÈRE MAXIME, IX, 2, ext. 2 Le loup, et l'ours, et les animaux les moins nobles, s'achar

- Elien, Var. hist. II, 9, dit comme Plutarque et Xéno- nent sur les mourants. OVIDE, Trist. III, 5, 35. phon, que ce fut pour les mettre hors d'état de manier la 3 Faire bouquet quelqu'un, c'est lui faire dépit, le faire lance, sans les rendre incapables de ramer. J. V. L.

enrager, l'obliger à céder. RICHELET. PLUTARQUE, Lycurgue, c. 14. C.

4 PLUTARQUE, Des delais de la justice divine, c. 2. Men6 ID. Pélopidas, c. 16. C.

taigne se trompe en disant que Bias plaignait les Orchome7 Qui ne so plait à immoler un taureau que lorsqu'il résiste. niens; c'est Patrocle, un des interlocuteurs du dialogue, qui CLAUDIEN, Epist. ad Hadrianum, v. 30.

cite cet exemple de la vengeance trop lente des dieux sur le 8 Sarréte , dès qu'elle voit l'ennemi á sa merci. C.

traitre Lyciscus. C.

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8.

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sois pas. »

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il fault que celuy sur lequel il se venge y veoye | n'estoit qu'aux lutins de luicter les morts'. » Celuy aussi pour en recevoir du desplaisir et de la re- qui attend à veoir trespasser l'aucteur duquel il pentance. « Il s'en repentira, » disons nous; et veult combattre les escripts, que dict il, sinon pour luy avoir donné d'une pistolade' en la qu'il est foible et noisif - ? On disoit à Aristote, teste, estimons nous qu'il s'en repente? au re- que quelqu'un avoit mesdict de luy : « Qu'il face bours, si nous nous en prenons garde, nous trou- plus, dit il', qu'il me fouette, pourveu que ie n'y verons qu'il nous faict la moue en tumbant; il ne pous en sçait pas seulement mauvais gré, c'est Nos peres se contentoient de revencher une bien loing de s'en repentir; et luy prestons le plus iniure par un desmenty, un desmenty par un coup, favorable de touts les offices de la vie, qui est de et ainsi par ordre; ils estoient assez valeureux le faire mourir promptement et insensiblement: pour ne craindre pas leur adversaire vivant et nous sommes à conniller , à trotter, et à fuyr oultragé : nous tremblons de frayeur, tant que les officiers de la iustice qui nous suyvent; et nous le veoyons en pieds; et qu'il soit ainsi, nosluy est en repos. Le tuer est bon pour eviter tre belle practique d'auiourd’huy porte elle pas de l'offense à venir, non pour venger celle qui est poursuyvre à mort, aussi bien celuy que nous faicte; c'est une action plus de crainte que de avons offensé, que celuy qui nous a offensez ? C'est braverie, de precaution que de courage, de aussi une espece de lascheté qui a introduict en nos deffense que d'entreprinse. Il est apparent que combats singuliers cet usage de nous accompainous quittons par là et la vraye fin de la ven- gner de seconds, et tiers, et quarts:c'estoit anciengeance, et le soing de nostre reputation; nous nement des duels; ce sont à cette heure rencontres craignons, s'il demeure en vie, qu'il nous re- et battailles. La solitude faisoit peur aux premiers charge d'une pareille : ce n'est pas contre luy, qui l'inventerent, quum in se cuique minimum c'est pour toy, que tu t'en desfais.

fiduciæ esset ; car naturellement quelque comAu royaume de Narsingue, cet expedient nous paignie que ce soit apporte confort et soulagement demeureroit inutile : là, non seulement les gents au dangier. On se servoit anciennement de personde guerre, mais aussi les artisans desmeslent leurs nes tierces, pour garder qu'il ne s'y feist desorquerelles à coups d'espee. Le roy ne refuse point dre et desloyauté, et pour tesmoigner de la for

વે le camp à qui se veult battre, et assiste, quand tune du combat : mais depuis qu'on a prins ce ce sont personnes de qualité, estrenant le victo- train, qu'ils s'y engagent eulx mesmes, quiconrieux d'une chaisne d'or; mais pour laquelle con- que y est convié ne peult honnestement s'y tenir querir, le premier à qui il en prend envie peult comme spectateur, de peur qu'on ne luy attribue venir aux armes avec celuy qui la porte; et pour que ce soit faulte ou d'affection ou de cœur. Ouls'estre desfaict d'un combat, il en a plusieurs tre l’iniustice d'une telle action, et vilenie, d'ensur les bras.

gager à la protection de vostre honneur aultre Si nous pensions, par vertu, estre tousiours valeur et force que la vostre, ie treuve du desadmaistres de nostre ennemy, et le gourmander à vantage à un homme de bien, et qui pleinenostre poste, nous serions bien marris qu'il nous ment se fie de soy, d'aller mesler sa fortune à eschappast, comme il faict en mourant. Nous celle d'un second : chascun court assez de hazard voulons vaincre, mais plus seurement qu'hon- pour soy, sans le courir encores pour un aultre, norablement; et cherchons plus la fin que la et a assez à faire à s'asseurer en sa propre vertu gloire, en nostre querelle.

pour la deffense de sa vie, sans commettre chose Asinius Pollio, pour un honneste homme moins si chere en mains tierces. Car s'il n'a esté exexcusable, representa une erreur pareille; qui pressement marchandé au contraire, des quatre, ayant escript des invectives contre Plancus, at- c'est une partie liee; si votre second est à terre, tendoit qu'il feust mort pour les publier : c'estoit vous en avez deux sus les bras, avecques raifaire la figue à un aveugle, et dire des pouilles son : et de dire que c'est supercherie, elle l'est à un sourd, et offenser un homme sans senti- voirement; comme de charger, bien armé, un ment, plustost que d'encourir le hazard de son homme qui n'a qu'un tronçon d'espee, ou tout ressentiment. Aussi disoit on pour luy, « que ce

C'est Plancus lui-même qui fit cette réponse : Nec Plan

cus illepide, Cum mortuis non nisi larvas luctari. PLINE, · Pistolade, pistoletade, coup de pistolet. Ces deux mots dans sa Préface à Vespasien, vers la fin. C.

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* Noisis, querelleux. Nicot. C. * A nous cacher dans des trous, comme des connils, des DioG. LAERCE, IX, 18. C. lapins. E. J.

4 Parce que chacun se détiait de soi-meme.

se trouvent dans Nicot. C.

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