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et languissante , au lieu

que l'hébreu est plein de feu et de vivacité. t. 13, 1;. « Vous vous êtes rendu par votre miséricorde le guide

« de ce peuple... et vous le conduirez par votre puissance

jusqu'au lieu, etc. »

Ces cinq versets sont une prophétie de la protection éclatante que Dieu devoit donner à son peuple après l'avoir tiré de l Egypte. Tout y est plein d'images vives et touchantes. On ne sait ce qu'on doit admirer davantage dans

celle prédiction , ou la tendresse de Dieu pour son peuple, Deut. 32. 10, dont il veut bien devenir lui - même le guide et le con

ducteur, en le conservant pendant tout le voyage, selon qu'il le dit ailleurs, comme la prunelle de son æil, et le portant sur ses épaules comme l'aigle se charge de ses aiglons ; ou sa formidable puissance , qui , faisant anarcher devant elle la terreur et l'effroi , glace de crainte tons les penples qui pourroient s'opposer au passage des Israélites, et les rend immobiles comme une pierre ; ou enfin l'attention merveilleuse de Dieu à les établir d'une manière fixe et permanente dans la terre promise, ou plutôt à les y planter: plantabis in monte hæreditatis fuæ, expression énergique , et qui seule rappelle tout ce que l'Ecrisure dit en tant d'endroits du soin que Dieu avoit pris de planter celle vigne chérie , de l'arroser , de la faire croître, de l'environner de fossés et de haies, de multiplier et d'éten

dre au loin ses branches fécondes. . ,

« Le Seigneur régnera dans l'éternité, et au-delà de tous « les siècles. Car Pharaon est entré dans la mer avec ses

chariots et sa cavalerie; et le Seigneur a fait retourner a sur eux les eaux de la mer ; mais les enfans d'Israël ont « passé au milieu d'elle à pied sec. »

C'est ici la conclusion de tout le cantique, par laquelle Moïse promet à Dieu, au nom de tont le peuple , une elernelle reconnoissance pour le signale bienfait par lequel il vient de les délivrer.

Cette conclusion paroîtra peut-être trop simple en comparaison de ce qui a précédé. Mais je reconnois pour le

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moins autant d'artifice dans cette simplicité que dans tout le reste. En effet , après ayoir remué et enlevé les esprits par tant de grandes expressions et de si violentes figures, la justesse de l'art vouloit qu'il terminât son cantique par une exposition simple et naïve , tant pour délasser les esprits que pour leur faire comprendre sans figures, sans détours et sans embarras , la grandeur du miracle que Dieu venoit de faire en leur faveur.

La sortie du peuple juif de l'Egypte est le prodige le plus merveilleux que Dieu ait fait dans l'ancien Testament. Il le rappelle en mille occasions ; il en parle , s'il étoit permis de s'exprimer ainsi, avec une espèce de complaisance : il le donne conime la prenve la plus, éclatante de la force toute-puissante de son bras. En effet, ce n'est "pas un seul prodige , mais une longue suite de prodiges plus admirables les uns que les autres. Il étoit bien juste que la beauté du canique destiné à conserver la mémoire de ce 'miracle 'répondit 'à la grandeur de l'événement ; et cela ne 'pouvoit pas n'être point de la sorte , puisque le même Dieu qui étoit 'l'auteur des prodiges l'étoit aussi du cantique. Ils

Mais quelle beauté, quelle grandeur , quelle magnificence n'y apercevrions-nous pas, s'il nous étoit donné de pénétrer dans les sens mystérieux cachés sous le voile et sous l'écorce de ce grand événement ! Car on ne peut disconvenir que la sortie de l'Egypte ne couvre et ne repré- sente d'autres délivrances. L'autorité de saint-Paul et de i Cor. c. 10. - toute la tradition, et les prières de l'Eglise, nous obligent

d'y voir la liberté que le chrétien acquiert par les eaux du baptême, et son affranchissement du joug du prince du monde. L'apocalypse fait un autre ysage de cet événement Apoc. 15. 2, en nous montrant ceux qui ont vaincu là bête tenant à la 4. main les harpes de Dieu , et chantant le cantique de Moïse, Cantantes serviteur de Dieu, et le cantique de l'Agneau, en disant : servi vei.

cantic. Moysi Seigneur Dieu, vos auvres sont grandes el merveilleuses, etc. Or comme, selon l'Ecriture, les merveilles de la seconde délivrance surpasseront infiniment celles de la première, et en aboliront entièrement la mémoire, ainsi

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l'on peut juger que les beautés du sens spirituel de ce cantique effaceroient celles du sens historique.

De telles merveilles passent de beaucoup mes forces, et n'entrent point dans le dessein de cet ouvrage, où je me suis propose de former le goût des jeunes gens par rapport à l'éloquence. Cette explication du cantique de Moïse peut y contribuer plus que tout autre chose. J'ai cru, en donnant ce morceau, faire au public un présent qui lui seroit agréable. La modestie de l'auteur l'avoit tenu jusqu'ici comme enseveli dans les ténèbres : on ne sera point fâché que la juste reconnoissance d'un disciple plein de respect pour la mémoire de son maître le fasse paroître au jour. A la qualité de maître il avoit joint à mon égard celle de père, m'ayant toujours aimé comme son enfant. Il avoit pris dans les classes un soin particulier de me former, me destinant dès - lors pour son successeur: 'et je l'ai été en effet en seconde, en rhétorique, et au collége royal. Je puis dire sans flatterie que jamais personne n'a eu 'plus de talent que lui pour faire sentir les beaux endroits des auteurs, et pour donner de l'émulation aux jeunes gens. L'oraison funèbre de M. le chancelier Le Tellier, qu'il prononça en Sorbonne, et qui est la seule pièce de prose qu'il ait permis qu'on imprimât, suffit pour montrer jusqu'où il avoit porté la délicatesse du goût : et les vers qu'on a de lui peuvent passer pour un modèle en ce genre. Mais il étoit encore plus estimable par les qualités du cæur que par celles de l'esprit. Bonté, simplicité, “ modestie, désintéressement, mépris des richesses, générosité portée presque jusqu'à l'excès, c'étoit là son caractère. Il ne profita de la confiance entière qu'un puissant b ministre avoit en lui que pour faire plaisir aux autres. Quand il me vit principal au collége de Beauvais, il sacrifia, par bonté pour moi, et par amour du bien public, deux mille écus pour y faire des réparations et des embellissemens nécessaires, Mais les dernières années de sa vie, quoique passées dans la retraite et l'obscurité, ont effacé tout le reste. Il s'étoit retiré à Compiègne, lieu de sa naissance. Là, séparé de toute compagnie , uniquement occupé de l'étude de l'Ecriture sainte, qui avoit toujours fait ses délices, ayant continuellement dans l'esprit la pensée de la mort et de l'éternité, il se consacra entièrement au service des pauvres enfans de la ville. Il leur fit bâtir une école, peut-être la plus belle qui soit dans le royaume,, et fonda un maitre pour leur instruction. Il leur en tenoit lieu luimême : il assistoit très-souvent à leurs leçons : il en avoit presque toujours quelques-uns à sa table, il en habilloit plusieurs : il leur distribuoit à tous dans des temps marqués diverses récompenses pour les animer : et sa plus douce consolation étoit de penser qu'après sa mort ces enfans feroient pour lui la même prière que le fameux Gerson, devenu par humilité maitre d'école à Lyon, avoit demandée, par son testament, à ceux dont il avoit pris soin : Mon dieu , mon créateur", ayez pitié de votre pauvre serviteur Jean Gerson. Il a eu le bonheur de mourir pauvre en quelque sorte au milieu des pauvres, ce qui lui restoit de bien ayant à peine suffi pour une dernière fondation qu'il avoit faite des scurs de la Charité pour instruire les filles, et pour prendre soin des malades.

6 M. de Louvois.

« Il n'a jamais voulu consentir à être ólu recteur dans l'université

Je prie le lecteur de me pardonner cette digression , que ma tendre reconnoissance pour un maitre à qui j'ai tant d'obligations doit rendre excusable.

}

& Il a donné au public un recueil sur la mort , tirées des propres pades extraits qu'il avoit faits sur ce roles de l'Ecriture sainte et des saints sujet, intitu. Pensées édifiantes pères.

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RÉFLEXIONS

générales sur les avan- II• OBJET DE L'INSTRUCTION.
tages de la bonne éducation, XV

Soin de former les moeurs,
Jer OBJET DE L'INSTRUCTION.

IIIE OBJET DE L'INSTRUCTION.
Avantages de l'étude des beaux-arts

et des sciences pour former l'es- Étude de la religion,
prit,

xvj

SECONDE PARTIE.

و

1. Plan et division de cet ouvrage, appelle le bon goût ,

xlviij
xlvij III. Observations particulières sur
II. Réflexions générales sur ce qu'on cet ouvrage,

lviij

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Des exercices qui conviennent aux

enfans dans l'úge le plus tendre, i
S. I. A quel âge on peut commencer

à faire étudier les enfans,
S. II. De la lecture et de l'écri-

5

ture ,

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