Dialogues sur l'éloquence en général et sur celle de la chaire en particulier ; suivis d'une lettre écrite à l'Académie française ; et de lettres à La Motte sur Homère et sur les anciens

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Page 49 - Ce n'est plus Virgile que vous écoutez ; vous êtes trop attentif aux dernières paroles de la malheureuse Didon, pour penser à lui. Le poète disparaît ; on ne voit plus que ce qu'il fait voir, on n'entend plus que ceux qu'il fait parler. Voilà la force de l'imitation et de la peinture.
Page 59 - ... car outre qu'il n'a aucune manière insinuante et familière, ainsi que nous l'avons déjà remarqué ailleurs, il n'a rien d'affectueux, de sensible. Ce sont des raisonnements qui demandent de la contention d'esprit. Il ne reste presque rien de tout ce qu'il a dit dans la tête de ceux qui l'ont écouté : c'est un torrent qui a passé tout d'un coup , et qui laisse son lit à sec.
Page 89 - Dieu , aux yeux duquel les royaumes ne sont qu'un grain de poussière, l'univers qu'une tente qu'on dresse aujourd'hui et qu'on enlèvera demain : tantôt ce prophète a toute la douceur et toute la tendresse d'une églogue dans les riantes peintures qu'il fait de la paix; tantôt il s'élève jusqu'à laisser tout au-dessous de lui. Mais qu'y at-il dans l'antiquité profane de comparable au tendre Jérémie déplorant les maux de son peuple , ou à...
Page 91 - ... et il ne dit que ce qu'il voit , comme il nous l'assure luimême. Au contraire, les apôtres succombent sous le poids des vérités qui leur sont révélées ; ils ne peuvent exprimer tout ce qu'ils conçoivent , les paroles leur manquent : de là viennent ces transpositions , ces expressions confuses , ces liaisons de discours qui ne peuvent finir. Toute cette irrégularité de style marque, dans saint Paul et dans les autres apôtres , que l'esprit de Dieu entraînait le leur : mais, nonobstant...
Page 63 - ... abondant de principes et d'érudition; qu'il ait bien médité tout son sujet, qu'il l'ait bien rangé dans sa tête. Nous devons conclure qu'il parlera avec force., avec ordre, avec abondance. Ses périodes n'amuseront pas tant l'oreille ; tant mieux, il en sera meilleur orateur. Ses transitions ne seront pas si fines ; n'importe : outre qu'il peut les avoir préparées sans les apprendre par cœur, de plus, ces négligences lui seront communes avec les plus éloquents orateurs de l'antiquité...
Page 111 - ... à l'auditeur. Le meilleur moyen de louer le saint, c'est de raconter ses actions louables. Voilà ce qui donne du corps et de la force à un éloge ; voilà ce qui instruit ; voilà ce qui touche.' Souvent les auditeurs s'en retournent sans savoir la vie du saint dont ils ont entendu parler une heure; tout au plus ils ont entendu beaucoup de pensées sur un petit nombre de faits détachés et marqués sans suite.
Page 27 - ... il n'y aura que l'art des orateurs qui n'aura pour but que d'amuser les hommes par des paroles. Tout aboutira donc, d'un côté, à satisfaire la curiosité et à entretenir l'oisiveté de l'auditeur ; de l'autre , à contenter la vanité et l'ambition de celui qui parle. Pour l'honneur de votre République, Monsieur, ne souffrez jamais cet abus. B.
Page 41 - ... lieux communs , on ne dit rien que de vague, on coud des lambeaux qui ne sont point faits les uns pour les autres : on ne montre point les vrais principes des choses , on se borne à des raisons superficielles, et souvent fausses ; on n'est pas capable de montrer l'étendue des vérités , parce que toutes les vérités générales ont un enchaînement nécessaire, et qu'il les faut connaître presque toutes.
Page 106 - Sans doute : peu de temps après l'empire d'Auguste, l'éloquence et la langue latine même n'avoient fait que se corrompre : les Pères ne sont venus qu'après ce déclin : ainsi il ne faut pas les prendre pour des modèles sûrs en tout; il faut même avouer que la plupart des sermons que nous avons d'eux sont leurs moins forts ouvrages. Quand je vous montrois...
Page 83 - J'entends certaines règles que l'esprit humain a trouvées, et qu'il suit dans le discours pour le rendre plus beau et plus poli. A. Si vous n'entendez par art que cette invention de rendre un discours plus poli pour plaire aux auditeurs, je ne dispute point sur les mots, et j'avoue qu'il faut ôter l'art des sermons; car cette vanité, comme nous l'avons vu, est indigne de l'éloquence, à plus forte raison du ministère apostolique.

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