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Les auteurs que j'ai cités disent que Carvilius Ruga aimoit sa femme; mais qu'à cause de sa stérilité les censeurs lui firent faire serment qu'il la répudieroit, afin qu'il pût donner des enfants à la république; et que cela le rendit odieux au peuple. Il faut connoître le génie du peuple romain pour découvrir la vraie cause de la haine qu'il conçut pour Carvilius. Ce n'est point parceque Carvilius répudia sa femme qu'il tomba dans la disgrace du peuple, c'est une chose dont le peuple ne s'embarrassoitpas; mais Carvilius avoit fait un serment aux censeurs, qu'attendu la stérilité de sa femme, il la répudieroit pour donner des enfants à la république. C'étoit un joug que le peuple voyoit que les censeurs alloient mettre sur lui. Je ferai voir dans la suite (i) de cet ouvrage les répugnances qu'il eut toujours pour des réglements pareils. Mais d'où peut venir une telle contradiction entre ces auteurs ? Le voici : Plutarque a examiné un fait, et les autres ont raconté une merveille.

(i) Au livre XXIII, chapitre XXI.

LIVRE XVII.

COMMENT LES LOIS DE LA SERVITUDE POLITIQUE 05T DU RAPrORT AVEC LA NATURE DU CLIMAT.

CHAPITRE PREMIER.
De la servitude politique.

L A servitude politique ne dépend pas moins de la nature du climat que la civile et la domestique, comme on va le faire voir.

CHAPITRE II. Différence des peuples par rapport au courage.

Nous avons déja dit que la grande chaleur énervoit la force et le courage des hommes, et qu'il y avoit dans les climats froids une certaine force de corps et d'esprit qui rendoit les hommes capables des actions longues, pénibles , grandes et hardies. Cela se remarque non seulement de nation à nation, mais encore dans le même pays d'une partie à une autre. Les peuples du nord de la Chine (i ) sont plus courageux que ceux du midi: les peuples du midi de la Corée (a) ne le sont pas tant que ceux du nord.

(i) Le P. du Halde, tomeI,p. 112.—(a) Les livres chinois le disent ainsi. Ibid. tome IV, p. 448.

Il ne faut donc pas être étonné que la lâcheté des peuples des climats chauds les ait presque toujours rendus esclaves, et que le courage des peuples des climats froids les ait maintenus libres. C'est un effet qui dérive de sa cause naturelle.

Ceci s'est encore trouvé vrai dans l'Amérique: les empires despotiques du Mexique et du Pérou étoient vers la ligne, et presque tous les petits peuples libres étoient et sont encore vers les poles.

CHAPITRE III. Du climat de l'Asie.

L E s (i) relations nous disent « que le nord de « l'Asie, ce vaste continent qui va du quaran« tieme degré ou environ jusques au pole, et « des frontieres de Moscovie jusqu'à la mer « orientale, est dans un climat très froid; que « ce terrain immense est divisé de l'ouest à l'est « par une chaîne de montagnes qui laissent au « nord la Sibérie, et au midi la grande Tarta« rie; que le climat de la Sibérie est si froid, « qu'à la réserve de quelques endroits elle ne « peut être cultivée, et que, quoique les Russes « aient des établissements tout le long de l'Ir« tis, ils n'y cultivent rien; qu'il ne vient dans « ce pays que quelques petits sapins et arbris

( I) Voyezles Voyages du nord, tome VIII; l'Hist. des Tattars ; et le vol. IV de la Chine, do. P. du Halde. « seaux; que les naturels du pays sont divisés « en de misérables peuplades, qui sont comme « celles du Canada; que la raison de cette froi« dure vient d'un côté de la hauteur du ter« rain, et de l'autre de ce qu'à mesure que l'on > va du midi au nord, les montagnes s'appla« nissent, de sorte que le vent du nord souffle «par-tout sans trouver d'obstacles; que ce « vent, qui rend la nouvelle Zemble inhabita«ble, soufflant dans la Sibérie, la rend in« culte; qu'en Europe au contraire les mon« tagnes de Norwege et de Lapponie sont des « boulevards admirables qui couvrent de ce « vent les pays du nord; que cela fait qu'à « Stockholm, qui est à 5g degrés de latitude « ou environ, le terrain produit des fruits, des « grains, des plantes; et qu'autour d'Abo, qui « est au 6i* degré, de même que vers les 63e et « 64e, il y a des mines d'argent, et que le ter« rain est assez fertile. »

Nous voyons encore dans les relations « que « la grande ïartarie, qui est au midi de la Si« bérie, est aussi très froide; que le pays ne se « cultive point; qu'on n'y trouve que des pātu- « rages pour les troupeaux; qu'iln'yeroît point « d'arbres, mais quelques broussailles . comme « en Islande; qu'il y a auprès de la Chine et du « Mogol quelques pays où il croit une espece « de millet, mais que le bled ni le riz n'y peu« vent mûrir; qu'il n'y a guere d'endroits « dans la Tartarie chinoise, aux 43,44 et lt5' "degrés, où il ne gele sept ou huit mois de « l'année, de sorte qu'elle est aussi froide que « l'Islande, quoiqu'elle dût être plus chaude « que le midi de la France; qu'il n'y a point de « villes, excepté quatre ou cinq vers la mer « orientale, et quelques unes que les Chinois, « par des raisons de politique, ont bâties près « de la Chine; que dans le reste de la grande « Tartarie il n'y en a que quelques unes placées « dans les Boucharies, Turkestan et Charisme; « que la raison de cette extrême froidure vient « de la nature du terrain nitreux, plein de sal* pêtre et sablonneux, et de plus de la hauteur « du terrain. Le P. Verbiest avoil trouvé qu'un « certain endroit, à quatre-vingts lieues au « nord de la grande muraille, vers la source « du Kavamhuram, excédoit la hauteur du ri« vage de la mer près de Pékin de trois mille « pas géométriques; que cette hauteur (i) est a cause que, quoique quasi toutes les grandes a rivieres de l'Asie aient leur source dans le « pays, il manque cependant d'eau, de façon « qu'il ne peut être habité qu'auprès des ri« vieres et des lacs. »

Ces faits posés, je raisonne ainsi: l'Asie n'a point proprement de zone tempérée; et les lieux situés dans un climat très froid y touchent immédiatement ceux qui sont dans un climat très chaud, c'est-à-dire la Turquie,

(i) La Tartarie est donc comme rme espèce dt montagne plate*

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