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« dit Dampierre (1), tous les mandarins civils « et militaires sont eunuques. » Ils n'ont point de famille; et, quoiqu'ils soient naturellement avares, le maître ou le prince profite à la fin de leur avarice même.

Le même Dampierre (2) nous dit que, dans ce pays, les eunuques ne peuvent se passer de femmes, et qu'ils se marient. La loi qui leur permet le mariage ne peut être fondée d'un côté que sur la considération que l'on y a pour de pareilles gens, et de l'autre sur le mépris qu'on y a pour les femmes.

Ainsi l'on confie à ces gens-là les magistratures, parcequ'ils n'ont point de famille; et d'un autre côté, on leur permet de se marier, parcequ'ils ont les magistratures.

C'est pour lors que les sens qui restent veulent obstinément suppléer à ceux que l'on a perdus , et que les entreprises du désespoir sont une espece de jouissance. Ainsi, dans Mil. ton, cet esprit à qui il ne reste que des desirs, pénétré de sa dégradation, veut faire usage de son impuissance même.

On voit dans l'histoire de la Chine un grand nombre de lois pour ôter aux eunuques tous les emplois civils et militaires: mais ils reviennent toujours. Il semble que les eunuques, en orient, soient un mal nécessaire. Arabes" mahométans qui y voyagerent au neuvieme siecle disent l'eunique quand ils veulent parler du gouverneur d'une ville.-(1) Tome III, page 91.-(2) Ibid. page 94.

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LIVRE XVI.

COMMENT LES LOIS DE L'ESCLAVAGE DOMESTIQUE ONT

DU RAPPORT AVEC LA NATURE DU CLIMAT.

CHAPITRE PREMIER.

De la servitude domestique.

Les esclaves sont plutôt établis pour la famille qu'ils ne le sont dans la famille: ainsi je distinguerai leur servitude de celle où sont les femmes dans quelques pays, et que j'appellerai proprement la servitude domestique.

CHAPITRE II.

Que, dans les pays du midi, il y a dans les deux

sexes une inégalité naturelle.

Les femmes sont nubiles (1), dans les climats chauds , à huit, neuf, et dix ans : ainsi l'enfance et le mariage y vont presque toujours ensemble. Elles sont vieilles à vingt ; la rai

(1) Mahomet épousa Cadhisja à cinq ans, coucha avec elle à huit. Dans les pays chauds d’Arabie et des Indes , les filles y sont nubiles à huit ans, et accouchent l'année d'après. Prideaux, Vie de Mahomet. On voit des femmes, dans les royaumes d’Alger, enfanter à neuf, dix, et onze ans. Laugier de Tassis, Histoire du royaume d'Alger, page 61.

son ne se trouve donc jamais chez elles avec la beaute. Quand la beauté demande l'empire, la raison le fait refuser; quand la raison pourroit l'obtenir, la beauté n'est plus. Les femmes doivent être dans la dépendance, car la raison ne peut leur procurer dans leur vieillesse un empire que la beauté ne leur avoit pas donué dans la jeunesse même. Il est donc très simple qu'un homme, lorsque la religion ne s'y oppose pas, quitte sa femme pour en prendre une autre, et que la polygamie s'introduise.

Dans les pays tempérés , où les agréments des femmes se conservent mieux, où elles sont plus tard nubiles, et où elles ont des enfants dans un âge plus avancé, la vieillesse de leur mari suit en quelque façon la leur; et, comme elles y ont plus de raison et de connoissance quand elles se marient, ne fût-ce que parcequ'elles ont plus long-temps vécu, il a dû naturellement s'introduire une espece d'égalité dans les deux sexes, et par conséquent la loi d'une seule femme.

Dans les pays froids, l'usage presque nécessaire des boissons fortes établit l'intempérance parmi les hommes. Les femmes, qui ont à cet égard une retenue naturelle, parcequ'elles ont toujours à se défendre, ont donc encore l'avantage de la raison sur eux.

La nature, qui a distingué les hommes par la force et par la raison, n'a mis à leur pouvoir de terme que celui de cette force et de cette raison. Elle a donné aux femmes les agréESPR. DAS Lois, 2.

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ments, et a voulu que leur ascendant finit avec ces agréments; mais, dans les pays chauds, ils ne se trouvent que dans les commencements et jamais dans le cours de leur vie. •

Ainsi la loi qui ne permet qu'une femme se rapporte plus au physique du climat de l’Europe qu'au physique du climat de l'Àsie. C'est une des raisons qui ont fait que le mahométisme a trouvé tant de facilité à s'établir en Asie, et tant de difficulté à s'étendre en Europe; que le christianisme s'est maintenu en Europe, et a été détruit en Asie; et qu'enfin les mahométans font tant de progrès à la Chine, et les chrétiens si peu. Les raisons humaines sont toujours subordonnées à cette cause suprême, qui fait tout ce qu'elle veut et se sert de tout ce qu'elle veut.

Quelques raisons particulieres à Valentinien (1) lui firent permettre la polygamie dans l'empire. Cette loi violente pour nos climats fut õtée (2) par Théodose, Arcadius , et Honorius.

CHAPITRE III. Que la pluralité des femmes dépend beaucoup de

leur entretien. Quoique dans les pays où la polygamie est

(1) Voyez Jornandès, de regno el tempor. succes. et les historiens ecclésiastiques. --(2) Voyez la loi VII, au Code, de Judæis et colicolis; et la qov. XVIII, chap. V.

une fois établie le grand nombre des femmes dépende beaucoup des richesses du mari, cependant on ne peut pas dire que ce soient les richesses qui fassent établir dans un état la polygamie: la pauvreté peut faire le même effet, comme je le dirai en parlant des sauvages. · La polygamie est moins un luxe que l'occasion d'un grand luxe chez des nations puissantes. Dans les climats chauds, on a moins de besoins (1); il en coûte moins pour entretenir une femme et des enfants. On y peut donc avoir un plus grand nombre de femmes.

CHAPITRE IV. De la polygamie ; ses diverses circonstances. Suivant les calculs que l'on a faits en divers endroits de l'Europe, il y nait plus de garçons que de filles (2): au contraire, les relations de l’Asie (3) et de l'Afrique (4) nous disent qu'il y naît beaucoup plus de filles que de garçons.

(1) A Ceylan, un homme vit pour dix sous par mois : on n'y mange que du riz et du poisson. Recueil des voyages qui ont servi à l'établissement de la compagnie des Indes, tome II, part. II.—(2) M. Arbutnot trouve qu'en Angleterre le noinbre des garçons excede eelui des filles : on a eu tort d'en conelure que ce fût la même chose dans tous les climats. -(3) Voyez Kempfer, qui nous rapporte un dénombrement de Méaco, où l'on trouve 182072 mâles , et 223593 femelles.-(4) Voyez le Voyage de Guinée, de M. Smith, part. II, sur le pays d'Anté.

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