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IMPRIMERIE ET FONDERIE DE J. PINARD,

RUE D'ANJOU-DAUPNINE, NO 8.

SUR VIRGILE,

COMPARÉ

AVEC TOUS LES POÈTES ÉPIQUES ET DRAMATIQUES

DES ANCIENS ET DES MODERNES,

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ANCIEN PROFESSEUR DE POÉSIE LATINE, SUCCESSEUR DE DELILLE.

AU COLLÉGE DE FRANCE,

PRÉCÉDÉES DE CONSIDÉRATIONS PRÉLIMINAIRES

DESTINÉES A SERVIR D'INTRODUCTION.

TOME DELIXIÈME.

PET - Troll

A PARIS,
CHEZ MEQUIGNON - MARVIS, LIBRAIRE,

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SUR

L'ÉNÉIDE

DE

VIRGILE.

LIVRE IV.

La passion de Didon pour le prince troyen n'est pas une passion ordinaire : préparée par la pitié pour le malheur, commencée par l'admiration pour des vertus sublimes et touchantes, accrue par la présence d'un héros revêtu d'une beauté divine, attisée par l'Amour lui-même, elle fait des progrès rapides comme ceux de la flamme qui dévore les moissons mûries par le soleil. Un sage emploi du merveilleux à préservé le poëte de plusieurs écueils, et sauvé à ses personnages des situations difficiles à concilier avec leurs caractères connus. Nous voyons ici l'Amour lui-même triompher d'une faible mortelle, et non pas l'époux de Créuse séduire la veuve de Sichée. Grâces au même artifice, la femme héroïque qui a vengé des cendres chéries n’abjure pas tout-à-coup le souvenir de sa vertu et la religion des serments; il a fallu la puissance et la volonté d'un dieu pour effacer par degrés l'image de Sichée dans un coeur qu'il remplissait tout entier. Didon ne cède point à une passion faible ou volontaire : victime dévouée à un fatal sacrifice, elle est subjuguée par un ascendant suprême; sa perte est inévitable. A tant de séductions réunies contre une femme, Virgile ajoute le pouvoir de l'éloquence. Didon, suspendue aux lèvres du héros, s'enivre du poison de l'amour en l'écoutant. Une partie de la nuit a été consacrée à entendre les récits d'Énée; l'aurore se lève, et trouve la reine malade, comme Phèdre, d'une mélancolie douloureuse, atteinte d'une blessure incurable, qu'elle se plaît à nourrir, et consumée par un feu secret. Sans cesse le courage d'Énée, la splendeur de la race des Troyens, reviennent assiéger son esprit; les traits et les paroles du héros restent profondément gravés dans son coeur, et les chagrins de l'amour ont écarté d'elle le paisible sommeil de l'innocence.

Il y a des choses à peu près semblables et plus vives encore, parcequ'elles sont pour ainsi dire en action, dans le poëme des Argonautes d'Apollonius. Médée, sans cesse occupée de l'objet de sa passion,

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