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est entre le prince et les sujets se perdra aussi peu à peu. Retranchez une de ces pratiques, et vous ébranlez l'état. Il est fort indifférent en soi que tous les matins une belle-fille se leve pour aller rendre tels et tels devoirs à sa bellemere: mais si l'on fait attention que ces pratiques extérieures rappellent sans cesse à un sentiment qu'il est nécessaire d'imprimer dans tous les cœurs, et qui va de tous les cœurs former l'esprit qui gouverne l'empire, l'on verra qu'il est nécessaire qu'une telle ou telle action particuliere se fasse.

CHAPITRE xx.

Explication d'un paradoxe sur les Chinois.

CE qu'il y a de singulier, c'est que les Chinois, dont la vie est entièrement dirigée par les rites, sont néanmoins le peuple le plus fourbe de la terre. Cela paroît sur-tout dans le commerce, qui n'a jamais pu leur inspirer la bonne foi qui lui est naturelle. Celui qui - achete doit porter(1)sa propre balance; chaque marchand en ayant trois, une forte pour acheter, une légere pour vendre, et une juste pour ceux qui sont sur leurs gardes.Je crois pouvoir expliquer cette contradiction. Les législateurs de la Chine ont eu deux objets : ils ont voulu que le peuple fût soumis et

(1) Journal de Lange, en 1721 et 1722 ;tome VIII des Voyages du nord, page 363.

tranquille, et qu'il fût laborieux et industrieux. Par la nature du ciimat et du terrain, il a une vie précaire; on n'y est assuré de sa vie qu'à force d'industrie et de travail. Quand tout le monde obéit et que tout le

monde travaille, l'état est dans une heureuse situation. C'est la nécessité, et peut-être la nature du climat, qui ont donné à tous les Chinois une avidité inconcevable pour le gain ; et les lois n'ont pas songé à l'arrêter. Tout a été défendu quand il a été question d'acquérir par violence ; tout a été permis quand il s'est

· agi d'obtenir par artifice ou par industrie. Ne comparons donc pas la morale des Chinois avec celle de l'Europe. Chacun, à la Chine, a dû être attentif à ce qui lui étoit utile; sile frippon a veillé à ses intérêts, celui qui est dupe devoit penser aux siens.A Lacédémone, il étoit permis de voler; à la Chine, il est permis de tromper.

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Comment les lois doivent être relatives aux mœurs - et aux manieres.

I. n'y a que des institutions singulieres qui confondent ainsi des choses naturellement séparées, les lois, les mœurs, et les manieres : mais, quoiqu'elles soient séparées , elles ne laissent pas d'avoir entre elles de grands rapports. · On demanda à Solon si les lois qu'il avoit données aux Athéniens étoient les meilleures. « Je leur ai donné, répondit-il, les meilleures « de celles qu'ils pouvoient souffrir. » Belle parole, qui devroit être entendue de tous les législateurs. Quand la sagesse divine dit au peuple juif: « Je vous ai donné des préceptes qui « ne sont pas bons »: cela signifie qu'ils n'avoient qu'une bontérelative; ce quiestl'éponge de toutes les difficultés que l'on peut faire sur les lois de Moïse.

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QuAs D un peuple a de bonnes mœurs, les lois deviennent simples.Platon(1)dit que Rhadamante, qui gouvernoit un peuple extrêmement religieux, expédioit tous les procès avec célérité , déférant seulement le serment sur chaque chef. Mais, dit le même Platon (2), quand un peuple n'est pas religieux, on ne peut faire usage du serment que dans les occasions où celui qui jure est sans intérêt, comme un juge et des témoins.

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DAN s le temps que les mœurs des Romains étoient pures, il n'y avoit point de loi particu

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