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gens (1) de village observer entre eux des cérémonies comme les gens d'une condition relevée : moyen très propre à inspirer la douceur, à maintenir parmi le peuple la paix et le bon ordre, et à ôter tous les vices qui viennent • d'un esprit dur. En effet, s'affranchir des regles de la civilité, n'est-ce pas chercher le moyen de mettre ses défauts plus à l'aise ? La civilité vaut mieux à cet égard que la politesse. La politesse flatte les vices des autres, et la civilité nous empêche de mettre les nôtres au jour : c'est une barriere que les hommes mettent entre eux pour s'empêcher de se cor· rompre. - Lycurgue, dont les institutions étoient dures, n'eut point la civilité pour objet lorsqu'il forma les manieres : il eut en vue cet esprit belliqueux qu'il vouloit donner à son peuple. Des gens toujours corrigeants ou toujours · corrigés, qui instruisoient toujours et étoient toujours instruits, également simples et rigides, exerçoient plutôt entre eux des vertus qu'ils n'avoient des égards.

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(1) Voyez le P. du Halde.—(2) Voyez les livres classiques, dont le P. du Halde nous a donné de si beaux morceaux.

ils confondirent la religion, les lois, les mœurs et les manieres : tout cela fut la morale, tout cela fut lavertu. Les préceptes qui regardoient Aces quatre points surent ce que l'on appela les rites. Ce fut dans l'observation exacte de ces rites que le gouvernement chinois triompha. On passa toute sa jeunesse à les apprendre, toute sa vie à les pratiquer. Les lettrés les enseignerent, les magistrats les prêcherent; et, comme ils enveloppoient toutes les petites actions de la vie, lorsqu'on trouva le moyen de les faire observer exactement, la Chine fut bien gouvernée. - V - . - a Deux choses ont pu aisément graver les rites dans le cœur et l'esprit des Chinois; l'une, leur maniere d'écrire extrêmement composée, qui a fait que, pendantune très grande partie de la vie, l'esprit a été uniquement (1) occupé de ces rites, parcequ'il a fallu apprendre à lire dans les livres et pour les livres qui les contenoient ; l'autre, que les préceptes des rites n'ayant rien de spirituel, mais simplement des regles d'une pratique commune, il est plus aisé d'en convaincre et d'en frapper les esprits que d'une chose intellectuelle. Les princes qui, au lieu de gouverner par les rites, gouvernerent par la force des supplices, voulurent faire faire aux supplices ce qui n'est pas dans leur pouvoir, qui est de

(1) C'est ce qui a établi l'émulation, la fuite de ' l'oisiveté, et l'estime pour le savoir.

donner des mœurs. Les supplices retrancheront bien de la société un citoyen qui, ayant perdu ses mœurs, viole les lois ; mais si tout le monde a perdu ses mœurs, les rétablirontils ? Les supplices arrêteront bien plusieurs | conséquences du mal général, mais ils ne corrigeront pas ce mal.Aussi, quand on abandonna les principes du gouvernement chinois, quand la morale y fut perdue, l'état tomba-t-il dans l'anarchie, et on vit des révolutions.

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Il résulte delà que la Chine ne perd point ses · lois par la conquête. Les manieres, les mœurs, les lois, la religion, y étant la même chose, on ne peut changer tout cela à la fois: Et comme il faut que le vainqueur ou le vaincu change, il a toujours fallu à la Chine que ce fût le vain, queur : car ses mœurs n'étant point ses manieres; ses manieres, ses lois; ses lois, sa religion ; il a été plus aisé qu'il se pliât peu à peu · au peuple vaincu que le peuple vaincu à lui. Il suit encore de là une chose bien triste ; c'est qu'il n'est presque pas possible que le christianisme s'établisse jamais à la Chine (1). · · Les vœux de virginité, les assemblées des fem

(1) Voyez les raisons données par les magistrats . chinois dans les décrets par lesquels ils proscrivent la religion chrétienne. Lettres édif. recueil XVII.

mes dans les églises, leur communication nécessaire avec les ministres de la religion, leur participation aux sacrements, la confession auriculaire, l'extrême-onction, le mariage d'une

seule femme; tout cela renverse les mœurs et

les manieres du pays, et frappe encore du même coup sur la religion et sur les lois.

La religion chrétienne, par I'établissement de la charité, par un culte public, par la participation aux mêmes sacrements, semble demander que tout s'unisse : les rites des Chinois semblent ordonner que tout se sépare.

Et comme on a vu que cette séparation (1) tient en général à l'esprit du despotisme, on trouvera dans ceci une des raisons qui font que le gouvernement monarchique et tout gouvernement modéré s'allient mieux (2)avec la religion chrétienne.

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Comment s'est faite cette union de la religion, des lois, des mœurs, et des manieres, chez les Chinois.o

LE s législateurs de la Chine eurent pour principal objet du gouvernement la tranquillité de l'empire. La subordination leur parut le moyen le plus propre à la maintenir.Dans cette idée, ils crurent devoir inspirer le respect pour les peres, et ils rassemblerent toutes leurs

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forces pour cela. Ils établirent une infinité de rites et de cérémonies pourles honorerpendant leur vie et après leur mort. Il étoit impossible de tant honorer les peres morts sans être porté à les honorer vivants. Les cérémonies pour les peres morts avoient plus de rapport à la religion; celles pour les peres vivants avoient plus de rapport aux lois, aux mœurs, et aux manieres : mais ce n'étoit que les parties d'un même code, et ce code étoit très étendu.

Le respect pour les peres étoit nécessaire

ment lié avec tout ce qui représentoit les peres, les vieillards, les maîtres, les magistrats, l'empereur. Ce respect pour les peres supposoit un retour d'amour pour les enfants , et par conséquent le même retour des vieillards aux jeunes gens, des magistrats à ceux qui leur · étoient soumis, de l'empereur à ses sujets. Tout cela formoit les rites, et ces rites l'esprit général de la nation. On va sentir le rapport que peuvent avoir avec la constitution fondamentale de la Chine les choses qui paroissent les plus indifférentes. Cet empire est formé sur l'idée du gouvernennent d'une famille. Si vous diminuez l'autorité paternelle, ou même si vous retranchez les cérémonies qui expriment le respect que l'on a pour elle, vous affoiblissez le respect pour les magistrats, qu'on regarde comme des pe

res; les magistrats n'auront plus le même soin

pour les peuples qu'ils doivent considérer comme des enfants ; ce rapport d'amour qui ,

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