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honneurs et les récompenses accordés par cette loi. Les Romains, sortis pour la plupart des villes latines, qui étoient des colonies lacédémoniennes (1), et qui avoient même tiré de ces villes(2) une partie de leurs lois, eurent, comme les Lacédémoniens, pour la vieillessè ce respect qui donne tous les honneurs et toutes les préséances.Lorsque la république manqua de citoyens, on accorda au mariage et au nombre des enfants les prérogatives que I'on avoit données àl'âge(3); on en attachaquelques unes au mariage seul , indépendamment des enfants qui en pourroient naître : cela s'appeloit le droit des maris. On en donna d'autres à ceux qui avoient des enfants, de plus grandes à ceux qui avoient trois enfants. Il me faut pas confondre ces trois choses. Il y avoit de ces privileges dont les gens mariés jouissoient toujours, comme par exemple une place particuliere au théâtre (4); il y en avoit dont ils ne jouissoient que lorsque des gens qui avoient des enfants ou qui en avoient plus qu'eux ne les leur ôtoient pas. Ces privileges étoient très étendus. Les gens . mariés qui avoient le plus grand nombre d'en

• (1) Denys d'Halicarnasse.—(2) Les députés de Rome qui furent envoyés pour chercher des lois grecques allerent à Athenes et dans les villes d'Italie. -(3) Aulu-Gelle, liv. II, ch. XV.—(4) Suétone, in Augusto, ch. XLIV.

fants étoient toujours préférés (1), soit dans la poursuite des honneurs, soit dans l'exercice de ces honneurs mêmes. Le consul qui avoit le plus d'enfants prenoit le premier les faisceaux (2); il avoit le choix des provinces (3): le sénateur qui avoit le plus d'enfants étoit écrit le premier dans le catalogue des sénateurs; il disoit au sénat son avis le premier (4). L'on pouvoit parvenir avant l'âge aux magistratures, parceque chaque enfant donnoit dispense d'un an (5). Si l'on avoit trois enfants à Rome, on étoit exempt de toutes charges personnelles(6). Les femmes ingénues qui avoient trois enfants, et les affranchies qui en avoient quatre, sortoient(7) de cette perpétuelle tutele où les retenoient (8)les anciennes lois de Rome.

Que s'il y avoit des récompenses, il y avoit aussi des peines (9). Ceux qui n'étoient point mariés ne pouvoient rien recevoir par le testament des(1o)étrangers,et ceux qui étant mariés

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n'avoient point d'enfants n'en recevoient que la moitié(1). Les Romains, dit Plutarque (2), se marioient pour être héritiers, et non pour avoir des héritiers. · Les avantages qu'un mari et une femme pouvoient se faire par testainent étoient limités par la loi. Ils pouvoient se donner le tout(3) s'ils avoient des enfants l'un de l'autre ; s'ils n'en avoient point, ils pouvoient recevoir la dixieme partie de la succession à cause du mariage; et, s'ils avoient des enfants d'un autre mariage, ils pouvoient se donner autant de dixiemes qu'ils avoient d'enfants. Si un mari s'absentoit (4) d'auprès de sa femme pour autre cause que pour les affaires de la république, il ne pouvoit en être l'héTItIer. La loi donnoit à un mari ou à une femme qui survivoit deux ans (5) pour se remarier,

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et un an et demi dans le cas du divorce. Les peres qui ne vouloient pas marier leurs enfants ou donner de dot à leurs filles y étoient contraints par les magistrats(1). On ne pouvoit faire de fiançailles lorsque le mariage devoit être différé de plus de deux ans(2); et, comme on ne pouvoit épouser une fille qu'à douze ans, on ne pouvoit la fiancer qu'à dix. La loi ne vouloit pas que l'on pût jouir inutilement (3)et sous prétexte de fiançailles des privileges des gens mariés.. Il étoit défendu à un homme qui avoit soixante ans(4)d'épouser une femme qui en avoit cinquante. Comme on avoit donné de grands privileges aux gens mariés, la loi ne vouloit point qu'il y eût de mariages inutiles. Par la même raison, le sénatus-consulte calvisien déclaroitillégal(5)le mariage d'une femme qui avoit plus de cinquante ans avec un homme qui en avoit moins de soixante ; de sorte qu'une femme qui avoit cinquante ans ne pouvoit se marier sans encourir les peines de ces lois.Tibere ajouta(6)à la rigueur de la loi Pappienne, et défendit à un homme de soixante ans d'é

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pouser une femme qui en avoit moins de cinquante; de sorte qu'un homme de soixante ans ne pouvoit se marier dans aucun cas sans | encourir la peine. Mais Claude (1) abrogea ce qui avoit été fait sous Tibere à cet égard. Toutes ces dispositions étoient plus conformes au climat d'Italie qu'à celui du nord, où un homme de soixante ans a encore de la force, et où les femmes de cinquante ans ne sont pas généralement stériles. Pour que l'on ne fût pas inutilement borné dans le choix que l'on pouvoit faire, Auguste permit à tous les ingénus qui n'étoient pas sénateurs (2) d'épouser des affranchies (3). La loi(4) Pappienne interdisoit aux sénateurs le mariage avec les femmes qui avoient été affranchies ou qui s'étoient produites sur Ie théâtre; et, du temps d'Ulpien (5), il étoit défendu aux ingénus d'épouser des femmes qui avoient mené une mauvaise vie, qui étoient montées sur le théâtre, ou qui avoient été con, damnées par un jugement public. Il falloit que ce fût quelque sénatus-consulte qui eût établi cela. Du temps de la république , on n'avoit guere fait de ces sortes de lois, parceque les

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