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du beau promontoire; il leur fut défendu (1) de trafiquer en Sicile (2), en Sardaigne, en Afrique, excepté a Carthage: exception qui fait voir qu'on ne leury préparoit pas un commerce avantageux. Il y eut, dans les premiers temps, de gran

des guerres entre Carthage et Marseille (3)au sujet de la pêche.Après la paix, ils firent concurremment le commerce d'économie. Marseille fut d'autant plus jalouse, qu'égalant sa rivale en industrie, elle lui étoit devenue inférieure en puissance : voilà la raison de cette grande fidélité pour les Romains. La guerre

- que ceux-ci firent contre les Carthaginois en Espagne fut une source de richesses pour Marseille, qui servoit d'entrepôt. La ruine de Carthage et de Corinthe augmenta encore la gloire de Marseille; et, sans les guerres civiles, où il falloit fermer les yeux et prendre un parti, elle auroit été heureuse sous la protection des Romains, qui n'avoient aucune jalousie de son COII1II1CI'C6.

C H A P I T R E X II. I,le de Délos. Mithridate. Con IN THE ayant été détruite par les Ro

mains, les marchands se retirerent à Délos : la religion et la vénération des peuples faisoient

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regarder cette isle comme un lieu de sûreté(1); de plus, elle étoit très bien située pour le commerce de l'Italie et de l'Asie, qui, depuis l'anéantissement de l'Afrique et l'affoiblissement de la Grece, étoit devenu plus important. Dès les premiers temps, les Grecs envoyerent, comme nous avons dit, des colonies sur la Propontide et le Pont-Euxin : elles conserverent sous les Perses leurs lois et leur liberté. Alexandre, qui n'étoit parti que contre les barbares, ne les attaqua pas (2). Il ne paroît pas même que les rois de Pont, qui en occuperent plusieurs, leureussent(3)ôté leur gouvernement politique. La puissance (4) de ces rois augmenta sitôt qu'ilsleseurent soumises.Mithridate se trouva en état d'acheter par-tout des troupes, de réparer(5) continuellement ses pertes, d'avoir

(1) Strabon, liv. X.—(2) Il confirma la liberté de la ville d'Amise, colonie athénienue, qui avoit joui de l'état populaire même sous les rois de Perse. Lucullus, qui prit Sinope et Amise, leur rendit la liberté, et rappela les habitants qui s'étoient enfuis sur leurs vaisseaux.—(3) Voyez ce qu'écrit Appien sur les Phanagoréens, les Amisiens, les Sinopiens, dans son livre De la guerre contre Mithridate.— (4) Voyez Appien, sur les trésors immenses que Mithridate employa dans ses guerres, ceux qu'il avoit cachés, ceux qu'il perdit si souvent par la trahison des siens, ceux qu'on trouva après sa mort— (5) Il perdit une fois 17oooo hommes, et de nouvelles armées reparurent d'abord

EsPa. DEs Lous. 3. fO

des ouvriers, des vaisseaux, des machines de guerre, de se procurer des aliiés, de corrompre ceux des Romains et les Romains mêmes, de soudoyer (1) les barbares de l'Asie et de l'Europe, et de faire la guerre long-temps, et par conséquent de discipliner ses troupes : il put les armer et les instruire dans l'art militaire (2) des Romains, et former des corps considérables de leurs transfuges : enfin, il put faire de grandes pertes et souffrir de grands échecs sans périr : et il n'auroit point péri, si, dans les prospérités, le roi voiuptueux et barbare n'avoit pas détruit ce que, dans la mauvaise fortune, avoit fait le grand prince. ' C'est ainsi que, dans le temps que les Romains étoient au comble de la grandeur, et qu'ils sembloient n'avoir à craindre qu'euxmêmes, Mithridate remit en question ce que la prise de Carthage, les défaites de Philippe, d'Antiochus, et de Persée, avoient décidé.Jamais guerre ne fut plus funeste; et les deux partis ayant une grande puissance et des avantages mutuels, les peuples de la Grece et de l'Asie furent détruits, ou comme amis de Mithridate , ou comme ses ennemis. Délos fut enveloppée dans le malheur commun. Le commerce tomba de toutes parts : il falloit bien qu'il fût détruit, les peuples mêmes l'étoient. Les Romains, suivant un systême dont j'ai

(o) Voyez Appien, De la guerre contre Mithridate,-(2) Ibid.

parlé ailleurs (1), destructeurs pour ne pas paroitre conquérants, ruinerent Carthage et Corinthe; et,par une telle pratique, ils se seroient peut-être perdus, s'ils n'avoient pas conquis toute la terre. Quand les rois de Pont se rendirent maîtres des colonies grecques du Pont-Euxin, ils n'eurent garde de détruire ce qui devoit être la cause de leur grandeur.

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L E s Romains ne faisoient cas que des troupés de terre, dont l'esprit étoit de rester toujours ferme, decombattre au même lieu, et d'ymourir. Ils ne pouvoient estimer la pratique des gens de mer, qui se présentent au combat, fuient, reviennent, évitent toujeurs le danger, emploient la ruse, rarement la force.Tout cela n'étoit point du génie des Grecs (2), et étoit . encore moins de celui des Romains. : Ils ne destinoient donc à la marine que ceux qui n'étoient pas des citoyens assez considérables (3) pour avoir place dans les légions : les gens de mer étoient ordinairement des affranchis. - • Nous n'avons aujourd'hui ni la même estime pour les troupes de terre ni le même mépris

(1) Dans les Considérations sur les causes de la grandeur des Romains.—(2) Comme l'a remarqué Platon, liv. IV des Lois.—(3) Polybe, liv. V.

pour eelles de mer. Chez les premieres(1)l'art est diminué; chez les secondes (2) il est augmenté : or on estime les choses à proportion du degré de suffisance qui est requis pour les bien faire.

CH A P IT R E X IV.

Du génie des Romains pour le commerce.

Os n'a jamais remarqué aux Romains dejalousie sur le commerce: ce fut comme nation rivale, et non comme nation commerçante, qu'ils attaquerent Carthage. Ils favoriserent les villes qui faisoient le commerce , quoiqu'elles ne fussent pas sujettes : ainsi ils augmenterent, par la cession de plusieurs pays, la puissance de Marseille. Ils craignoient tout des barbares, et rien d'un peuple négociant; d'ailleurs leur génie, leur gloire, leur éducation militaire, la forme de leur gouvernement, les éloignoient du commerce. Dans la ville, on n'étoit occupé que de guerres, d'élections , de brigues, et de procès ; à la campagne, que d'agriculture; et, dans les provinces, un gouvernement dur et tyranni- . que étoit incompatible avec le commerce. Que si leur constitution politique y étoit opposée, leur droit des gens n'y répugnoit pas moins. « Les peuples, dit le jurisconsulte Pom

(r) Voyez les Considérations sur les causes de la grandeur des Romains, etc.—(2) Ibid.

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