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bleu. Malgré son âge avancé et ses infirmités, La Luzerne partageait son temps entre l'étude et les exercices de piété. 11 se levait à quatre heures du matin, et observait un régime austère. Depuis longtemps sa santé dépérissait. Attaqué d'une maladie qui a duré cinquante-cinq jours, et sentant approcher sa dernière heure. il réclama aussitôt les secours de la religion et les reçut en présence de sa famille, à laquelle il adressa une pieuse eihortation. La Luzerne conserva toute sa présence d'esprit jusqu'au moment de sa mort, arrivée le 21 juin 1821, à l'âge de quatre-vingt-trois ans. Son corps a été scellé dans un cercueil de plomb et déposé à côté de celui de l'abbé Legris-Duval, dans un caveau de l'église des Carmes de la rue Vaugirard. M. Cortois de Pressigny, archevêque de Besançon, a prononcé s la chambre des pairs VÉloge de M. le cardinal de La Luzerne. Cet éloge a été inséré dans le Moniteur du 26 juillet 1821... « A l'expérience du vieillard, dit l'Ami de la religion et du roi, tom. XXVIII, p. 232, il joignait la vivacité de la jeunesse et la piété la plus vraie; il pratiquait la vertu simplement; après avoir étonné par ses connaissances et sa mémoire les gens les plus instruits, il étonnait encore plus dans l'intimité par sa gaieté franche. Il aimait les enfants et en était aimé. Excellent ami, patriarche de sa famille, il fut constamment sujet fidèle, prélat attaché à ses devoirs, écrivain laborieux et défenseur zélé des principes de la religion et des droits de l'Eglise. Il a rempli avec honneur une longue carrière, et laissé andedans et au-dehors de son diocèse le souvenir de ses qualités ei de ses services. » On a de lui:

Oraison funèbre de Charles Emmanuel III, roi deSardaigne.

Oraison funèbre de Louis XV, roi de France.

Instruction pastorale sur l'excellence de la religion.

Institution sur le rituel de Langres.

Examen de L'instruction de l'assemblée nationale sur l'organisation prétendue civile du clergé.

Considérations sur divers points de la morale chrétienne.

Explications des Evangiles des dimanches et de quelques-VMS dei principales fêtes de l'année.

Dissertations sur les Eglises catholique et protestante.

Eclaircissements sur l'amour pur de Dieu.

10° Dissertation sur la loi naturelle.

11° Dissertation sur la spiritualité de l'âme et sur la liberté m l'homme.

12° Considérations sur l'état ecclésiastique. 13 Dissertation sur l'instruction publique, sur la responsabilité de) ministres. .

14° Projet de loi sur les élections.

La Luzerne est l'auteur de beaucoup d'autres ouvrages, parmi lesquels te Dissertations imprimées à Langres de 1802 à 1808 en 6 vol. in-12. Il a laissé en manuscrit un traité théologique sur le prêt à intérêt, pouvant fora» 3 vol. in-8°; et un traité concernant la supériorité des évêques sur prêtres. Ce prélat a fourni en outre plusieurs articles aux journaux intitulés : Le Conservateur, et la Quotidienne, dont le premier a cessé de raltre en 1823. L'histoire ecclésiastique le rangera parmi les défenseurs te plus zélés de la religion et du trône; les raisonnements sans réplique répandus dans ses écrits sont présentés avec clarté, quelquefois avec force, dans un style coulant et facile, et ont produit, au moins dans le clergé, les effets les plus salutaires. Le zèle qui l'anime pour la sainte cause de la loi

I donne à son langage une douce onction, quelquefois même une véritable éloquence. On en peut juger par l'exorde de l'écrit singulièrement remarquable qui a pour titre : L'Excellence de la religion.

« Jésus-Christ en fondant son Eglise, dit-il, a voulu qu'elle fût dans un état de guerre continuelle. Il l'a établie au sein des persécutions, et soutenue au milieu des schismes et des hérésies; il lui a promis son assistance et prédit des contradictions. Il veille sur ce navire heureux et le dirige; mais c'est à travers les orages et les tempêtes qu'il le conduit. Les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre l'épouse chérie de Jésus-Christ, mais la combattront toujours. Son histoire est celle de ses combats et de ses triomphes. Instruits par la parole divine et par une expérience continue de dix-huit siècles, nous devions nous attendre à voir s'élever de nos jours d'autres hérésies; nous devions prévoir que nous aurions à déraciner encore quelque nouvelle ivraie, semée par l'homme ennemi dans le champ fertile que nous sommes chargés de cultiver. Mais était-il possible d'imaginer les épreuves réservées parla Provideuce à nos malheureux temps? Ce ne sont plus des dogmes particuliers, c'est la religion entière que l'on attaque : ses ennemis ne s'arrêtent plus à abattre ses rameaux, ils ont porté la cognée à la racine. Une sonlagion plus cruelle que l'hérésie a traversé les mers ; des régions livrées à l'erreur, elle est venue infecter nos contrées; du haut de la capitale, elle a répandu son funeste poison dans nos villes, et s'efforce de l'étendre jusque sur nos campagnes : son sonfïle empesté frémit déjà autour de la cabane du pauvre et des ateliers de l'artisan; encore un moment, et il va y pénétrer; et il ira y dessécher toutes les vertus, y tarir toutes les consolations. Et quels remèdes seront praticables quand la masse entière sera corrompue? Il était inconnu à nos pères, ce fléau de notre génération : leur foi pure et tranquille ne soupçonnait pas ces pernicieuses maximes, aujourd'hui si accréditées; la religion était respectée même de ceux qui la pratiquaient le moins; ou, si l'incrédulité existait dans quelque coin du monde, timide et honteuse, elle se condamnait au silence, et cachait dans la poussière sa tête venimeuse. 0 opprobre du siècle présenti ô douleur de ceux qui y ont été réservés! C'est pour se montrer chrétien qu'il faut aujourd'hui du courage ; toute foi est traitée de simplicité, toute piété de superstition, tout zèle de fanatisme; tandis qu'avec une liberté effrénée l'incrédulité ne cesse de vomir des blasphèmes contre la religion, des injures contre ses ministres; elle se plaint d'éprouver l'intolérance et se représente comme une victime infortunée de la persécution. — A Dieu ne plaise que nous lui donnions l'avantage de la combattre avec de telles armes 1 La loi sainte que nous sommes chargés de défendre nous ordonne de reprendre avec modération ceux qui résistent à la vérité; c'est l'esprit de l'Eglise de Jésus-Christ, cet esprit si méconnu, si calomnié de nos jours. En détestant les erreurs, elle chérit toujours les errants; elle étend les bras vers ceux qui s'éloignent d'elle, et les rappelle dans son sein ; à toutes leurs injures, elle n'oppose que des bénédictions. Non, jamais nous ne trahirons le ministère de douceur qui nous est confié ; en défendant les droits de la foi, nous maintiendrons constamment ceux de la charité. 0 nos frères égarés! car, malgré votre opposition, vous êtes toujours nos frères; vos efforts, quelque violents qu'ils puissent être, ne parviendront jamais à briser les liens chers et sacrés qui nous attachent à vous, et notre tendresse sera toujours plus forte que votre inimitié. Que ne vous est-il permis de voir dans nos cœurs les sentiments fraternels qu'ils vous ont voués, et que le malheur de votre aveuglement rend encore plus vifs! Votre félicité du temps et de l'éternité : voilà l'objet de nos vœux les plus ardents, de nos prières,

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de nos soins, de nos larmes, de nos travaux. Cessez de voir des persécuteurs dans des frères qui vous chérissent, qui voudraient payer votre bonheur des plus grands sacrifices, et vous apprendre à ce prii quels sont les vrais sentimpnts dont la religion les anime. 0 vous tous qui jouissez du bien de la loil faites-la comprendre à ses œuvre?; c'est le secours qu'elle attend de vous, c'est ainsi que vous devez la. défendre. Que ses plus ardents ennemis soient les premiers objets de votre charité : à force de bienfaits, contraignez-les d'avouer que la loi qu'ils ont méconnue, n'est ni cruelle, ni aveugle. C'est en travaillant au bonheur de nos persécuteurs, que nous éloignerons de nous l'accusation de fanatisme et de persécution, c'est en les éclairant, que nous nous laverons du reproche de superstition. Nous devons fortifier la foi qui se soutient, raffermir celle qui commence à s'ébranler, et s'il est possible à notre zèle, relever celle qui est abattue. Daigne le Dieu dont nous défendons la cause exaucer ce vœu de notre cœur! Daigne l'infinie bonté que nous implorons suppléer ce qui manque à nos faibles discours ! Daigne cette grâce toute puissante, qui se plaît à opértr ses merveilles parles instruments les plus vils, faire entendre "à nos frères errants la voix impérieuse qui brise les cèdres, et des plus ardents persécuteurs faire les apôtres les plus zélés. »

FIN

HISTOIRE DE L'ÉLOQUENCE FRANÇAISE.

SUITE DE LA SIXIÈME SECTION.

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