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THE NEW YORK PUBLIC LIBRARY

TOR LENOX ANO DEN FOUNDATIONS.

OU

LE LIVRE

DES CENT-ET-UN

LA

CHAMBRE DES DÉPUTÉS.

D'abord tenez-vous pour avertis que vous ne trouverez pas ici un seul mot de politique. S'il vous en faut absolument, si ces longues feuilles, avec leurs trois colonnes noircies sur leurs quatre faces, que vous déployez chaque matin, ne suffisent

pas à vos besoins; si vous craignez

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de passer quelques heures chez vous sans y voir arriver la politique sous la forme d'une visite amicale, ou d'une candidature qui s'humilie, ou d'un pamphlet à domicile, ou d'une souscription patriotique qui sollicite votre offrande, ou d'un mémoire d'ouvrier qui s'excuse d'être pressant, mettez-vous en:Cļiemin. Allez à vos plaisirs, à jos-affaires, où suivez, si vous l'aimez mieux, l'instinct: nonchalant de votre promenade, et n'avez souci: de chercher la politique. Vous la rencontrerez assez tôt; elle vous heurtera, vous saisira au collet, vous sautera aux yeux, vous entrera de force par les oreilles. L'aboiement enroué du crieur que la révolution a démuselé, l'enseigne dessinée et coloriée qui pend aux fenêtres du marchand d'estampes et dont la vue gratuite pourra bien vous coûter votre montre ou votre mouchoir, la longue affiche du libraire, la chanson du carrefour, jusques aux petits enfants qui demandent du sang en jouant à la fossette, tout cela servira de commentaire à votre texte favori. Car la politique est partout, aux halles, à la Bourse, au théâtre, du rez-dechaussée jusqu'au toit et surtout dans la loge du portier; hurlant dans les rues, ergotant au Palais, dissertant à l'Académie, s'assoupissant dans un cabinet de lecture, se groupant autour de la marchande de lait, faisant cercle devant la

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cheminée du banquier, criant à tue-tête, parlant à voix basse, prenant toutes les formes, embusquée à toutes les issues. Lorsque vous en serez bien étourdi, bien fatigué, bien repu,

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alors prenez notre livre, sur le frontispice duquel je regrette que l'éditeur ait oublié d'écrire ces mots : « Ici l'on ne parle pas de politique », c'est-à-dire, ici l'on s'entretient sans se quereller, on se rencontre sans se prendre aux cheveux, on se quitte sans se haïr; et puis encore, chacun cause ici de ce qu'il sait, de ce qu'il comprend.

Un autre avis à vous donner, c'est qu'il n'y aura pas de noms propres dans ce chapitre. J'en suis fâché pour ceux qui aiment les majuscules se détachant de la page imprimée, et attirant aussitôt le regard sur une personnalité offensante ou laudative. Je sais tout le parti qu'on peut tirer de deux ou trois syllabes que l'admiration ou la malignité ont placées dans toutes les bouches. Je sais avec quel bonheur une phrase d'enthousiasme ou de satire se résume par un nom connu. Parmi ces noms, je n'ignore pas lequel va bien à l'épigramme', lequel se trouve tout porté dans un éloge; comment on appelle la loquacité intrépide, comment la inobilité d'opinion, comment l'ambition désappointée qui s'irrite, comment l'ambition satisfaite qui renie ses anciennes fraternités. Et pourtant

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pas un mot qui indique un homme ne s'échappera de ma plume.

D'ailleurs n'avez-vous pas le tableau figuratif de la chambre? Là vous trouverez chaque nom, depuis le plus célèbre jusqu'au plus ignoré, enfermé dans son étroit espace, ne tenant pas plus de place sur le papier qu'une boule, de quelque main qu'elle tombe, n'en occupe dans le scrutin. Consultez-le à loisir. Seulement ayez bien soin de lire la note précautionneuse qu'y a mise le rédacteur, pour éviter toutes les réclamations. Car il ne veut pas que son ouvrage soit traité comme un procès-verbal. Cette note donc vous apprend qu'il ne faut rien conclure du nombre des députés rangés dans le côté droit, et même dans le centre droit. La plupart s'y sont jetés faute d'autres siéges. Sur ces bancs , veufs de ceux qui les ont foulés jadis, on ne s'asseoit que pour ne pas rester debout, de mauvaise grâce, en protestant de son mieux, en faisant des signes d'intelligence à ses amis dont on est séparé par

a toute la largeur de l'arène, par toute la ligne des huissiers. Le camp des vaincus est pestilentiel.

Or la résolution étant prise de n'aborder aucune question politique eť de ne nommer personne, on demandera ce que vient faire ici la Chambre des Députés, portion remuante de la trinité lé

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