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^obligé de retenir d'une main plus ferme toutes ses prérogatives.

Je reviens à l'état des choses. Si, par une ordonnance, le Roi aplanit les difficultés que l'exécution présente, ce sera déjà un mal que le ministre qui l'aura contre-signée soit compromis dans sa responsabilité, par les deux considérations présentées; elles sont dignes de fixer l'attention des Chambres; mais le plus grand sera que le Roi ait moins de droits sur sa maison militaire, qu'un ministre ou qu'un directeur-général n'en a dans ses bureaux. Ils peuvent les composer à leur gré, accorder l'avancement à leurs divers commis, non suivant leur ancienneté, mais suivant les preuves de zèle, de capacité et de dévouement qu'ils auront données, suivant même le degré d'affection personnelle que le ministre, pour ne pas descendre jusqu'au sous-préfet, accorde à ses divers employés. Le plus grand mal enfin, c'est que cette ordonnance seroit non seulement contraire à la prérogative royale, mais à la sûreté de la personne du Roi et à la dignité comme à l'honrieur de sa couronne.

Voici un dernier raisonnement qui me paroît sans réplique : Si le Roi, ainsi qu'on m'a assuré que la proposition lui en a été faite, signoit une ordonnance relative à sa maison militaire , dont les dispositions rendissent facile l'exécution de la loi du recrutement, cela même prouveroit que

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la loi est inexécutable; cela prouveroit deplus combien elle est mal faite ; car Sa Majesté peut, par de très-justes motifs, rapporter son ordonnance; alors etpar le fait, le:Roi rapporteroit la loi, puisque dès lors elle deviendront impraticable daps une de ses principales dispositions.

C'est surabondamment que j'ai prouvé qu'une ordonnance ne pouvoit pas corriger le vice essentiel d'une lpi; il me suffispit de démontrer que la loi du recrutement étant inexécutable telle qu'elle est, il faudra la refaire. ,Je crpis cette démonstration complète.

Il m'importe de ne pas laisser croire que j'improuve le mode d'avancement déterminé par cette loi. Non seulement je le reconnois comme bon, mais comme essentiellement juste. L'ancienneté doit avoir un droit de préférence 'à mérite égal, et il me semble , quelque peu militaire que je sois, que les dispositions de cette loi ont établi une équitable proportion. Mais pour quiconque a de la monarchie, l'idée juste qu'on doit s'en faire , et pour qui sa conservation est un vœu sincère, H .doit, être démontré que les égards pour l'ancienneté et toutes dispositions sur l'avancement, doivent émaner de la justice distributive du Monarque. C'est de lui seul que le soldat, l'officier, le général, doivent tout attendre et tout espérer. Qu'une ordonnance royale contienne desrëgles d'avancement, c'est au Monarque que l'armée qh sera redevable; elle n'en sera que plus dévouee; ses sentimens lui appartiendront exclusivement. Si au contraire une force essentiellement obéissante a des droits acquis et indépendans de la volonté royale, sa reconnoissance est partagée entre le Roi et la loi; le soldat devient , jusqu'à l'abus , soldat citoyen. Le nom de citoyen a sans doute été prostitué par les égaremens et les excès révolutionnaires; mais la qualité ne l'est pas; elle convient à toutes les classes de la société, et aux royalistes plus qu'à tous autres, en ce sens que le meilleur citoyen est, dans la monarchie, le sujet le plus soumis et le plus fidèle à son Roi. Si dans l'armée on peut avoir un état indépendant de la volonté du Souverain, le principe monarchique est violé , et incessamment une autre loi voudra encore plus que celle dont il s'agit. Les affections de l'armée n'étant pas homogènes , il sera un peu plus tard facile d'obtenir qu'elle devienne nationale. Le mot nationale a reçu un développement de signification tel que je suis dispensé d'expliquer tout ce qu'on peut entendre par-là.

On ne peut assez répéter que les mauvaises lois sont les causes les plus efficaces des révolutions, et que ceux qui concourent à la formation des lois ne peuvent trop se pénétrer de ce principe , qu'il faut qu'elles soient en rapport direct avec la nature du gouvernement, pour

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lequel elles sont faites. Il faut donc que nos lois soient essentiellement monarchiques; si elles ne le sont pas, il faudra que la monarchie lutte contre les lois et les institutions qui en dérivent, et que les lois et les institutions luttent contre la monarchie : quelle source de désordres!

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CHAPITRE IX.

Les deux Chambres ont-elles le droit de voter des lois fondamentales?

Au premier aperçu le titre de ce chapitre va paroître une irrévérence. On ne peut élever une question semblable et conclure, par l'affirmative; car alors la question seroit oiseuse. Conclure par la négative, c'est renverser toutes les idées reçues. La Charte n'a institué les deux Chambres que pour voter les lois sur la proposition du Roi. La raison de douter n'existe pas, ou il faut anéantir la Charte. Conserver la Charte dans son intégrité est précisément une des raisons que je ferai valoir pour soutenir la négative. Je la développerai avec et par quatre autres puissantes raisons : chacune d'elles me semble si péremptoire, qu'une d'elles suffiroit seule pour assurer le succès de ma négation.

Je prouverai que les Chambres ne Peuvent ni ne Doivent faire les lois fondamentales; je prouverai qu'elles ne le peuvent par deux raisons : la première , à cause de l'urgence de chacune de ces lois et de l'urgence de leur en

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