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nima Kcentia est. C'est par ce seul moyen que nous aurons la véritable liberté dont nous sommes tous jaloux. Mais la liberté politique que nous ne pourrions pas supporter est celle que voudroit nous donner une Chambre plus démocratique que n'est la Chambre des Communes en Angleterre. Si chacun avoue que les intérets du peuple trouvent des défenseurs, et que la liberté politique est suffisamment protégée par le Parlement anglais, vouloir plus, c'est se vouera l'instabilité ; reconnoître que c'est assez, c'est convenir, ce que j'ai voulu prouver, qu'on peut modifier le système représentatif comme tous les autres systèmes de gouvernement, et qu'il doit l'être pour la France, selon les mœurs, la religion et le caractère de ses habitans , et que toutes ces choses réunies s'opposent à ce que la démocratie prédomine dans aucune de nos institutions , dans aucune de nos lois fondamentales. Je voudrois pouvoir passer sur-le-champ à cette question que j'élève, et qui pourra paroître un peu téméraire : « Les deux Chambres ontelles le droit de voter les lois fondamentales? » Mais la discussion en sera plus facile après l'examen des deux lois fondamentales déjà faites, et quand j'aurai présenté, dans un court chapitre, quelques réflexions sur les majorités et les minorités politiques.

CHAPITRE VII

Des Majorités et des Minorités politiques.

Il n'y a pas eu, et je suis convaincu qu'il n'y aura jamais, dans quelque pays que ce soit, d'assemblée délibérante qui, au bout de quinze jours ou de trois semaines au plus de délibérations non interrompues, ne voie se former dans son sein une majorité et une minorité dans le sens où la pratique doit nous faire entendre ces deux mots; c'est-à-dire que l'une et l'autre seront, quelque divers que soient les sujets des délibérations, constamment et identiquement composées des mêmes individus. Le pourquoi n'est pas de mon sujet. Qu'on n'objecte pas quelques minutieuses exceptions qui, comme toutes les exceptions , prouvent la règle générale.

Il n'y a pas de minorité qui n'ait la prétention et presque toujours la chance de devenir, dans un temps donné, la majorité.

Quand le droit politique est complet, que les institutions sont toutes formées, les garanties sont si multipliées et si fortes, que tous les partis, par cela même , sont bientôt aneantis , parce qu ils sont annihilés; alors il importe assez peu de quel côté passe la majorité. Son déplacement est un mouvement dans la Chambre même où il s'établit; mais il n'en résulte aucun inconvénient ni pour le chef de l'Etat, ni pour la forme de gouvernement pour lesquels les minorités professent et prouvent autant de zèle et de dévouement que les majorités, et celle-ci autant que les minorités; car les petites comme les grandes ambitions n'ont d'autre but que d'occuper de grandes ou de moyennes places dans les diverses institutions. Le chef de l'Etat peut changer de ministres, et le ministère de coopérateurs ; mais l'ordre général n'en est jamais troublé.

Il n'en est pas du tout ainsi dans un Etat dont le droit politique n'est pas complet, et qui manque de ses principalesjnstitutions. Si c'est une république qui va se former, il faut que les minorités soient aussi essentiellement, par goût et par affection,républicaines que les majorités. Si c'est une monarchie, c'est bien autrement indispensa' le, car dans la monarchie on peut distinguer deux choses , le monarque et la monarchie. S'il arrivoit que soit la majorité, soit la minorité, ne voulussent que l'un des deux, ou que l'une des deux ne voulût ni l'un ni l'autre, le danger est immense; en voici la raison:

Pans la situation où se trouve un Etat dont l'organisation générale est à faire, les grandes ambitions, soutenues par les petites, ne peuvent avoir pour objet d'occuper les grandes et les petites places. Le chef de l'Etat a les plus puissans motifs de conserver sa confiance à ceux qui l'ont une fois obtenue; le principal est que l'arbitraire par lequel il est forcé de suppléera la volonté des lois qui n'existent pas , deviendroit insupportable aux peuples, par cela même qu'< n changeant ses ministres , l'arbitraire varierait avec eux. C'est alors vers le changement de gouvernement que se dirigent tous les efforts des grandes et des petites ambitions. Il est inutile d'examiner si cette intention d'entraver l'établissement de la monarchie . ou de décréditer le monarque , de renverser ou l'un ou l'autre , ou l'un par l'autre , ou tous les deux ensemble, se trouve dans la minorité ou dans la majorité; cela est non pas égal, mais à peu de choses près, car dans un temps donné et assez court, la minorité peut devenir la majorité; les faits anciens comme les plus récens ont donné à nous et à d'autres les preuves que cela doit toujours arriver ainsi. La diversité des changemens prouve la constance du mouvement, et prouve aussi combien il est dangereux de fier à des assemblées indépendantes du monarque , et dont la majorité est si variable, une participation quelconque à la confection des lois fondamentales.

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La conséquence à tirer paroîtra ridicule à quelques uns; mais qu'importe si elle est juste et bonne en elle-même?C'est que pour former un droit politique républicain, il faut éviter soigneusement que les majorités et les minorités aient le droit de s'en mêler, et que si elles s'en mêlent, il faut que l'une et l'autre soient essentiellement républicaines, car le sort de la république en dépend. Si c'est d'une monarchie... J'aurois plus tôt fait de prier modestement que l'on grave cette conséquence sur une médaille, et qu'au revers on fasse une transposition de mots , on aura des deux côtés une vérité différente, mais ce ne sera qu'une même vérité à jamais inaltérable.

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