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tant plus vite, que les lois l'appelleront; elle s'établira d'autant plus aisément qu'il n'y aura que votre Charte à déchirer, si les lois fondamentales lui conviennent. Par cela même qu'il est nécessaire de vous donner cet avis, vous êtes déjà dans une fausse voie. Vous croyez, mon cher citoyen, que Vous travaillez pour vous , et votre erreur est grande : c'est pour messieurs les royalistes que vos propres lois sont disposées , pensées et rédigées. Hé bien, toutes choses sont égales entre le royaliste et le républicain; il n'y a pas d'autre langage à tenir au premier qu'au second. La république est à la porte du royaliste, comme la monarchie à celle du républicain; elles s'introduiront et finiront par s'établir, ou par être éconduites , selon que les lois fondamentales leur donneront ou fermeront tout accès. Or, je le demande , pourroit-on imaginer une loi plus convenable à une république que celle que nous avons sur les élections? Jamais la république romaine ni la république française n'en ont eu d'aussi démocratique. Je maintiens que si un gouvernement républicain la changeoit , c'est qu'il la trouveroit trop démocratique , et par cela même subversive de toute espèce de gouvernement. Maintenant, quand la Chambre des Députés est essentiellement démocratique, c'est une conséquence nécessaire, inévitable, quoique on fasse, que toutes les lois à faire et toutes les institutions à créer soient imprégnées du même vice, ou , si l'on veut, du inèine principe. Alors , et quand toutes nos lois fondamentales seront faites, nous serons prévenus qu'elles peuvent toutes et chacune, et dans leur ensemble , convenir à un gouvernement républicain. Voilà , j'en conviens , les véritables progrès des lumières, que de donner pour bases à la monarchie, pour moyens, d'agir et de faire agir précisément les forces vitales nécessaires à la république. Malgré moi il faut, non lui rendre hommage , mais le signaler et le constater, ce prodigieux effet du progrès des lumières. Oui , nous sommes menacés de voir nos lois appeler la république , et la rendre si facile à proclamer , que ce soit l'affaire d'un moment. Que direzvous le lendemain ou le jour même où la Chambre démocratique voudra en effet proclamer la république? Les institutions, étant -démocratiques comme elle, lui obéiront aussitôt; vous serez dans un isolement d'autant plus grand qu'il n'y aura que des individus qui vous soutiendront; quelque grand que soit leur dévouement, il est impuissant contre des institutions. Leur zèle , leurs efforts les plus généreux, précipiteront votre perte et la leur d'autant plus sûrement que les lois fondamentales couvenant à la république, en substituant sa Charte à la Charte qui a inutilement

Voulu la monarchie , tout est, tout se trouve organisé. Si on suppose, ce qui n'est que trop probable et trop facile , que la Charte républicaine ait été imprimée la veille de la proclamation , toute se trouve consommé le même jour : le trône, la famille régnante , et leurs amis les plus dévoués, tout disparoît par un décret de quelques lignes. Voilà précisément où nous entraîne la marche du siècle , où nous mène le progrès des lumières; ce n'est plus de faire des conspira* iions à force ouverte , qu'on peut découvrir et déjouer , ou qu'on peut réduire en ôppo* tant la force à la force; cette manière de cons-* pirer, on ne l'emploie plus que comme auxiliaire. Pour tenir en haleine , pour jeter de l'incertitude dans les esprits sur la stabilité, pour nous tenir façonnés aux crises et aux convulsions , on y met en avant les subalternes, les niais , les dupes du parti, les Plaignier de Paris, les Plaignier de Grenoble , les Plaignicr de Lyon , et quelques autres misérables Plaignier encore , qu'on nous ménage suivant le besoin ou l'occasion. Mais les progrès des lumières ont appris à tenir les chefs en réserve, et surtout à conspirer par les lois; c'est-a dire, à exercer une telle influence sur l'esprit de ceux qui participent à leur confection, que les changemens désirés soient faciles à réaliser; c'est alors un jeu sûr. Le succès d'un moment suffit pour assurer l'impunité des chefs. Si la masse, presque toujours impassible, vient à se mouvoir contre eux , ou si la politique étrangère exerce une trop grande influence, ils se font encore payer fort cher une transaction qu'on désire toujours pour éviter l'effusion du sang; ils sacrifient quelques faux complices qui n'étoient que des êtres exaltés , et nullement dans le secret , et ils jouissent, eux, avec impunité, de leur félonie. Si la transaction n'a pas lieu , ils exercent une autorité sans bornes. C'est alors le despotisme de plusieurs qui commence : il aboutit toujours au despotisme d'un seul. Sans doute ce n'est que par prévoyance que j'ai établi ces hypothèses; mais sommes-nous tellement désenchantés de tout changement, de toute révolution , qu'elles soient véritablement chimériques? Quand faudra-t-il être prévoyant, si ce n'est quand il s'agit de faire des lois , . qui, selon qu'elles seront faites, rendent ces événemens possibles , et qui, quand ils sont possibles, par cela même deviennent probables? Ne serait-ce pas une témérité que de ne pas les prévoir? Or, il n'y a d'autre moyen de les prévoir ,• d'autre moyen de les prévenir que par les lois mêmes qui sont à faire, et en leur donnant des dispositions telles qu'elles deviennent la plus forte garantie de la monarchie.

Je n'ai pas l'intention d'aller au devant de toutes les objections qu'on peut me faire, mais de celles seulement qui me paroissent pouvoir raisonnablement être présentées telles que celles que j'ai déjà produites, et encore celle-ci : « La liberté politique n'a plus de garantie si la Chambre des Députés est aussi aristocratique que celle des Pairs; les intérêts du peuple n'auront plus de défenseurs. » Je réponds que par cela seul que la monarchie est tempérée par deux pouvoirs intermédiaires entre le Roi et le peuple, la liberté politique, telle que la Charle nous l'a donnée est garantie, est on ne peut avoir des craintes fondées sur sa conservation, surtout quand le Roi ne fait pas seul la loi, qu'il faut le concours des deux Chambres pour en rendre ou en rapporter une, et que la discussion en est faite publiquement. Il est impossible, d'ailleurs, d'écarter absolument la démocratie de la Chambre des Députés : elle s'y introduira nécessairement, mais à si petite dose, que ce ne sera plus qu'un stimulant nécessaire, et non comme substance principale et corrosive. Mais l'intensité de ses forces étant aristocratique, c'est-à-dire que cette Chambre étant composée des plus riches pror priétaires, des hommes les plus distingués par le rang qu'ils occupent dans l'Etat et dans la société, cette Chambre sera beaucoup plus incorruptible ; elle veillera pour conserver la monarchie , et s'opposera également à ce qu'on porte atteinte à la liberté publique. Salluste dit quelque part : lia, in maxima fortuna, mi

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