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BIBLIOTHEQUE

D E

L'HOMME PUBLIC;
o u

ANALYSE RAISONNÉE

DES PRINCIPAUX OUVRAGES

FRANÇOIS ET ÉTRANGERS,

Sur la Politique en général y la Législation s les
Finances, la Police y VAgriculture , & le Com-
merce en particulier, & sur le Droit naturel &
public.

Par M. le Marquis De Con DOrc Et, Secrétaire
perpétuel de F Académie des Sciences, l'un des
Quarante de l'Académie Françoise, de la Société
Royale de Londres; M. De Phïsonnîl,
ancien Consul général de France à Smirne, &c;
M. Le Chapellier, Député de l'Assemblée
Nationale, & autres Gens de Lettres.

TOME CINQUIÈME^

A P A RI S,
Chez BUISSON, Libraire, Hôtel de Coetlosquet,
rue Haute-Feuille, N". 20.

Quelque foible influence que puisse avoir ma voix dans les affaires publiques, le droit d'y voter suffit pour m'imposer le devoir de m'en instruire.

J. J. Roujseau, Contrat Social.

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L'HOMME PUBLIC.

De l'Esprit des Loix par M. de MonTesqui EU , nouvelle édition , revue, corrigée & considérablement augmentée par l'Auteur. A Londres > che\ Nourse,

(j Harles de Secondât , baron de' la Brède & de Montesquieu, naquit le 18 janvier , a" château»

de la Brède , près de Bordeaux , & annonça de bonne heure tout ce qu'il devoit être un jour. A peine avoit-il atteint fa vingtième année , qu'il préparoit déjà les matériaux de l'ouvrage si justement célèbre , dont nous a'ions donner l'analysc. Un oncle paternel, président à Mortier au parlement de Bordeaux , crut ne pouvoir faire à fa compagnie un présent plus digne d'elle, que d'élever notre jeune philosophe, encore simple conseiller , à la charge honorable qu'il occupoit si dignement lui-même. Montesquieu justifia ce choix par íôn zèle çour les intérêts du peuple : chargé de faire parvenir jusqu'au trône les cris des malheureux , il représenta avec tant de courage & d'éloiuence la misère publique, qu'il obtint, en 1711, la suppression d'un nouvel impôt. II avoit mis au jour , un. an auparavant, les Lettres

Persânnes, où l'on trouve dans un cadre galant & sou» un air de frivolité , des réflexions profondes fur les matières les plus importantes, une critique sine de not vices & de nos ridicules, le tableau d'un peuple vertueux , devenu sâge par le malheur ; enfin le germe de ces idées lumineuses développées depuis dans l'Esprit des Loix. Un petit volume qu'il fit paroître en 1734 sur la cause de la grandeur & de la décadence des Romains, annonçoit combien son génie étoit capable de sàisir d'un coup-d'œil toutes les causes des révolutions d'un grand empire : il y regarde, comme la source de la grandeur & de la prospérité des romains, cet amour de la liberté, du travail & de la patrie , qu'on leur inspiroit dès l'enfance; ce courage indomptable , qui ne leur permettoit jamais de désespérer du salut de la république ; leurs dissentions intestines occasionnées par cet intérêt vif qu'ils prenoient aux affaires publiques, & qui ranimant leur patriotisme, donnoient un plus grand ressort à tous les esprits; la sévérité de la discipline militaire, & la politique qu'ils eurent de ne jamais faire la paix qu'après les victoires; l'honneur du triomphe décerné aux vainqueurs; la protection qu'ils accordoient aux peuples révoltés contre leurs rois; l'attention qu'ils eurent de ne point toucher aux coutumes & à la religion des vaincus, & de ne combattre jamais deux ennemis puissans à la fois.

La décadence de ce peuple fameux , Montesquieu la voit dans son aggrandissement même , qui changea en guerre civile les tumultes populaires; dans ces guerres éloignées , qui firent perdre insensiblement l'esprit républicain à ceux qu'elle retenoit long*tems hors de la république ; dans le droit de bourgeoisie, accordé trop

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