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DE

L'HOMME PUBLIC;

OU

ANALYSE RAISONNÉE

DES PRINCIPAUX OUVRAGES
FRANÇOIS ET ÉTRANGERS,
Sur la Politique en général, la Législation, les

Finances, la Police, l'Agriculture, & le Com-
merce en particulier , & sur le Droit naturel &

public.

PAR M. le Marquis DE CONDORCET, Secrétaire

perpétuel de l'Acadéinie des Sciences, l'un des
Quarante de l'Académie Françoise, de la Société
Royale de Londres; M. DE PEYSONNEL,
ancien Conful général de France à Sinirne, &c.;
M. LE CHAPELLIER, Député de l'Assemblée
Nationale, & autres Gens de Lettres.

TOME CINQUIÈME.

A PARIS,
Chez BUISSON, Libraire , Hôtel de Coetlosquet,

rue Haute-Feuille, No. 20.

Quelque foible influence que puisse avoir ma voix dans les affaires publiques, le droit d'y voter suffit pour m'imposer le devoir de m'en instruire.

J. J. Rousseau , Contrat Social.

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De lEsprit des Loix par M. de Mon.

TESQUI EU , nouvelle édition , revue, corrigée & considérablement augmentée par l Auteur. A Londres, chez Nourse.

CHARLES de Secondat , baron de la Brède & deMontesquieu, naquit le 18 janvier 1689, au château de la Brède , près de Bordeaux, & annonça de bonne heure tout ce qu'il devoit être un jour. A peine avoit-il atteint la vingtième année , qu'il préparoit déjà les matériaux de l'ouvrage fi justement célèbre , dont nous allons donner l'analyse. Un oncle paternel, président à Mortier au parlement de Bordeaux , crut ne pouvoir faire à la compagnie un présent plus digne d'elle, que d'élever notre jeune philosophe , encore simple conseiller , à la charge honorable qu'il occupoit li dignement lui-même. Montesquieu justifia ce choix par son zèle pour les intérêts du peuple : chargé de faire parvenir jusqu'au trône les cris des malheureux, il représenta avec tant de courage & d'éloquence la misère publique, qu'il obtint, en 1722, la suppression d'un nouvel impót. Il avoit mis au jour, ug an auparavant, les Lettres

Persannes, où l'on trouve dans un cadre galant & sous un air de frivolité, des réflexions profondes sur les matières les plus importantes, une critique fine de nos vices & de nos ridicules, le tableau d'un peuple vertueux, devenu fage par le malheur ; enfin le germe de ces idées lumineuses développées depuis dans l’Esprit des Loix. Un petit volume qu'il fit paroître en 1734 sur la cause de la grandeur & de la décadence des Romains, annonçoit combien son génie étoit capable de saisir d'un coup-d'ail toutes les causes des révolutions d'un grand empire : il y regarde, comme la source de la grandeur & de la prospérité des romains, cet amour de la liberté, du travail & de la patrie , qu'on leur inspiroit dès l'enfance ; ce courage indomptable , qui ne leur permettoit jamais de désespérer du salut de la république ; leurs dissentions intestines occasionnées par cet intérêt vif qu'ils prenoient aux affaires publiques, & qui ranimant leur patriotisme, donnoient un plus grand ressort à tous les esprits; la sévérité de la discipline militaire, & la politique qu'ils eurent de ne jamais faire la paix qu'après les vi&oires ; l'honneur du triomphe décerné aux vainqueurs ; la protexion qu'ils accordoient aux peuples révoltés contre leurs rois; l'attention qu'ils eurent de ne point toucher aux coutumes & à la religion des vaincus, & de ne combattre jamais deux ennemis puissans à la fois.

La décadence de ce peuple fameux , Montesquieu la voit dans son aggrandissement même , qui changea en guerre civile les tumultes populaires; dans ces guerres * éloignées , qui firent perdre insensiblement l'esprit républicain à ceux qu'elle retenoit long-tems hors de la république ; dans le droit de bourgeoisie, accordé trop

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