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a&tion chez les Romains étoit l'effet de l'éducation; elle tenoit à leurs manieres de penfer & à leurs coutumes: chez les Anglois, elle est l'effet d'une maladie (a); elle tient à l'état physique de la machine, & est indépendante de toute autre cause. ,- Il y a apparence que c'est un défaut de filtration du suc nerveux ; la machine dont les forces motrices se trouvent à tout moment sans action, est lasse d'elle-même ; l'ame ne sent point de douleur, mais une certaine difficulté de l'existence. La douleur est un mal local, qui nous porte au désir de voir ceffer cette douleur; le poids de la vie est un mal qui n'a point de lieu particulier , & qui nous porte au désir de voir finir cette vie.

Il est clair que les lois civiles de quelques pays, ont eu des raisons pour flétrir l'homicide de soi-même : mais en Angleterre, on ne peut pas plus le punir, qu'on ne punit les effets de la démence.

(a) Elle pourroit bien être compliquée avec le scorbut ; qui, sur-tout dans quelques pays, rend un homme bizarre & insupportable à lui-même. Voyage de François Pyrard, part. II. chap. XXI.

.. CHAPITRE XIII. Effets qui résultent du climat d'Angle

terre.

ANS une nation à qui une maladie

du climat affecte tellement l'ame, qu'elle pourroit porter le dégoût de toutes choses jusqu'à celui de la vie ; on voit bien que le gouvernement qui conviendroit le mieux à des gens à qui tout seroit infupportable, feroit celui où ils ne pourroient pas se prendre de un seul de ce qui cauieroit leurs chagrins; & où les lois gouvernant plutôt que les hommes, il faudroit, pour chan. ger l'état, les renverser elles-mêmes.

Que si la même nation avoit encore reçu du climat un certain caractere d'impatience, qui ne lui permît pas de fouf frir long-temps les mêmes choses ; on. voit bien que le gouvernement dont nous venons de parler, seroit encore le plus convenable.

Ce caractere d’impatience n'est pas grand par lui-même : mais il peut le devenir beaucoup, quand il est joint avec le courage.

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Liv. XIV. CHAP. Xit: 6 Il est différent de la légéreté, qui fait que l'on entreprend sans sujet, & que l'on abandonne de même; il approche plus de l'opiniâtreté, parce qu'il vient d'un sentiment des maux, fi vif, qu'il ne s'affoiblit pas même par l'habitude de les souffrir.

Ce caractere dans une nation libre, feroit très-propre à déconcerter les projets de la tyrannie (a), qui est toujours lente & foible dans ses commencemens, comme elle est prompte & vive dans sa fin ; qui ne montre d'abord qu'une main pour fecourir , & opprime ensuite une infinité de bras.

La fervitude commence toujours par le sommeil. Mais un peuple qui n'a de repos dans aucune situation, qui se tâte sans ceffe, & trouve tous les endroits douloureux, ne pourroit guere s'endormir.

La politique est une lime sourde , qui use & qui parvient lentement à la fin. Or, les hommes dont nous venons de parler, ne pourroient soutenir les lenteurs, les détails, le sang-froid des

(a) Je prends ici ce mot pour le dessein de rene verser le pouvoir établi , & sur-tout la démocratie. . C'est la signification que lui donnoient les Grecs & les Romains,

négociations; ils y réussiroient souvent moins que toute autre nation; & ils perdroient, par leurs traités, ce qu'ils auroient obtenu par leurs armes.

CHAPITRE XIV.

" Autres effets du climat. N os peres, les anciens Germains," TV habitoient un climat où les passions étoient très-calmes. Leurs lois ne trouvoient dans les choses que ce qu'elles voyoient, & n'imaginoient rien de plus. Et comme elles jugeoient des insultes faites aux hommes par la grandeur des blessures , elles ne mettoient pas plus de raffinement dans les offenses faites aux femmes. La loi (a) des Allemands est là-dessus fort singuliere. Si l'on découvre une femme à la tête, on payera une amende de fix fols, autant fi c'est à la jambe jusqu'au genou ; le double depuis le genou. Il semble que la loi mesūroit la grandeur des outrages faits à la personne des femmes, comme on mesure une figure de géométrie ; elle ne punissoit point le crime de l'ima- (a) Chap. LVIII.. §. 1 & 2,

gination, elle punissoit celui des yeux. Mais lorsqu'une nation Germanique se fit transportée en Espagne, le climat trouva bien d'autres lois. La loi des Wisigoths défendit aux médecins de saigner une femme ingénue, qu'en présence de fon pere ou de fa mere, de son frere, de son fils ou de son oncle. L'imagination des peuples s'alluma , celle des législateurs s'échauffa de même; la loi foupçonna tout, pour un peuple qui pouvoit tout soupçonner.

Ces lois eurent donc une extrême attention sur les deux sexes. Mais il femble que, dans les punitions qu'elles firent, elles songerent plus à flatter la vengeance particuliere, qu'à exercer la vengeance publique. Ainsi dans la plupart des cas, elles réduisoient les deux coupables dans la servitude des parens ou du mari offense. Une femme (a) ingénue, qui s'étoit livrée à un homme marié, étoit remise dans la puissance de sa femme, pour en disposer à fa volonté. Elles obligeoient les esclaves (6)

de lier & de présenter au mari sa femme · qu'ils surprenoient en adultere: elles

(a) Loi des Wisigoths, liv. III. tit. 4. S. 9.
(6) Ibid, liv, Ill. tit. 4. 5. 6.-.

Cy ),

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