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substitution pupillaire, disent Caïus " et Justinien*, le testateur craint que le substitué ne dresse des embûches au pupille, il peut laisser à découvert la substitution vulgaire *, et mettre la pupillaire dans une partie du testament qu'on ne pourra ouvrir qu'après un certain temps. » Voilà des craintes et des précautions inconnues aux premiers Romains.

1. Instit., liv. II, tit. vI, S 2; la compilation d'Ozel, à Leyde, 1658. (M.)

2. Instit., liv. II, de pupil. substit., S 3. (M.)

3. La substitution vulgaire est : Si un tel ne prend pas l'hérédité, je lui substitue, etc. L · pupillaire est : Si un tel meurt avant sa puberté, je lui substitue, etc. (M.)

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La loi romaine domnoit la liberté de se faire des dons avant le mariage; après le mariage elle ne le permettoit plus. Cela étoit fondé sur les mœurs des Romains, qui n'étoient portés au mariage que par la frugalité, la simplicité et la modestie, mais qui pouvoient se laisser séduire par les soins domestiques, les complaisances et le bonheur de toute une vie.

La loi des Wisigoths* vouloit que l'époux ne pût donner à celle qu'il devoit épouser, au delà du dixième de ses biens, et qu'il ne pût lui rien donner la première année de son mariage. Cela venoit encore des mœurs du pays. Les législateurs vouloient arrêter cette jactance espagnole, uniquement portée à faire des libéralités excessives dans une action d'éclat.

Les Romains, par leurs lois, arrêtèrent quelques inconvénients de l'empire du monde le plus durable, qui est celui de la vertu : les Espagnols, par les leurs, vouloient empêcher le mauvais effet de la tyrannie du monde la plus fragile, qui est celle de la beauté.

1. Liv. III, tit. I, S 5. (M.)

coNTINUATIoN DU MÊME s UJ ET .

La loi de Théodose et de Valentinien " tira les causes de la répudiation, des anciennes mœurs * et des manières de Romains, Elle mit au nombre de ces causes l'action d'un mari * qui châtieroit sa femme d'une manière indigne d'une personne ingénue. Cette cause fut omise dans les lois suivantes* : c'est que les mœurs avoient changé à cet égard; les usages d'Orient avoient pris la place de ceux de l'Europe. Le premier eunuque de l'impératrice, femme de Justinien second, la menaça, dit l'histoire, de ce châtiment dont on punit les enfants dans les écoles. Il n'y a que des mœurs établies, ou des mœurs qui cherchent à s'établir, qui puissent faire imaginer une pareille chose.

Nous avons vu comment les lois suivent les mœurs : voyons à présent comment les mœurs suivent les lois.

1. L. 8, Cod. de repudiis. (M.) 2. Et de la loi des Douze Tables. Voyez Cicéron, seconde Philippique, c. LxIx. (M.) 3. Si verberibus, quœ ingenuis aliena sunt, afficientem probaverit. (M ) 4. Dans la Novelle CXVII, chap. xiv. (M.)

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Les coutumes d'un peuple esclave sont une partie de sa servitude : celles d'un peuple libre sont une partie de sa liberté. J'ai parlé au livre XI * d'un peuple libre; j'ai donné les principes de sa constitution : voyons les effets qui ont dû suivre, le caractère qui a pu s'en former, et les manières qui en résultent. Je ne dis point que le climat n'ait produit, en grande partie, les lois. les mœurs et les manières de cette nation ; mais je dis que les mœurs et les manières de cette nation devroient avoir un grand rapport à ses lois. Comme il y auroit dans cet État deux pouvoirs visibles : la puissance législative et l'exécutrice, et que tout citoyen y auroit sa volonté propre, et feroit valoir à son gré son indépendance, la plupart des gens auroient plus d'affection pour une de ces puissances que pour l'autre *, le grand nombre n'ayant pas ordinairement assez d'équité ni de sens pour les affectionner également toutes les deux. Et, comme la puissance exécutrice, disposant de tous les emplois, pourroit donner de grandes espérances et jamais de craintes, tous ceux qui obtiendroient d'elle seroient portés à se tourner de son côté, et elle pourroit être attaquée par tous ceux qui n'en espéreroient rien. Toutes les passions y étant libres, la haine, l'envie, la jalousie, l'ardeur de s'enrichir et de se distinguer, paroîtroient dans toute leur étendue : et si cela étoit autrement, l'État seroit comme un homme abattu par la maladie, qui n'a point de passions parce qu'il n'a point de forces. La haine qui seroit entre les deux partis dureroit, parce qu'elle seroit toujours impuissante. Ces partis étant composés d'hommes libres, si l'un prenoit trop le dessus, l'effet de la liberté feroit que celuici seroit abaissé, tandis que les citoyens, comme les mains qui secourent le corps, viendroient relever l'autre. Comme chaque particulier, toujours indépendant, suivroit beaucoup ses caprices et ses fantaisies, on changeroit souvent de parti : on en abandonneroit un où l'on laisseroit tous ses amis pour se lier à un autre dans lequel on trouveroit tous ses ennemis; et souvent, dans cette nation, on pourroit oublier les lois de l'amitié et celles de la haine. Le monarque serait dans le cas des particuliers; et, contre les maximes ordinaires de la prudence, il seroit souvent obligé de donner sa confiance à ceux qui l'auroient le plus choqué, et de disgracier ceux qui l'auroient le mieux servi, faisant par nécessité ce que les autres princes font par choix. On craint de voir échapper un bien qne l'on sent,

1. Chap. vI. (M.) C'est du peuple anglais qu'il s'agit.

2. C'est une allusion aux tories et aux whigs : les premiers, défenseurs de la prérogative royale; les seconds, plus dévoués à la cause popu

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