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DE L'AUT oR1T É DU CLERGÉ DANs LA PREMI È RE RAcE .

Chez les peuples barbares, les prêtres ont ordinairement du pouvoir, parce qu'ils ont et l'autorité qu'ils doivent tenir de la religion, et la puissance que chez des peuples pareils donne la superstition. Aussi voyons-nous, dans Tacite, que les prêtres étoient fort accrédités chez les Germains, qu'ils mettoient la police" dans l'assemblée du peuple. ll n'étoit permis qu'à * eux de châtier, de lier, de frapper : ce qu'ils faisoient, non pas par un ordre du prince, ni pour infliger une peine ; mais comme par une inspiration de la divinité, toujours présente à ceux qui font la guerre.

Il ne faut pas être étonné si, dès le commencement de la première race, on voit les évêques arbitres* des jugements, si on les voit paroître dans les assemblées de la nation, s'ils influent si fort dans les résolutions des rois, et si on leur donne tant de biens*.

1. Silentium per sacerdotes, quibus et coercendi jus est, imperatur. De moribus Germ., c. xI. (M.)

2. Nec regibus libera aut infinita potestas. Caeterum neque animadvertere, neque vincire, neque verberare, nisi sacerdotibus est permissum ; non quasi in pœnam, nec ducis jussu, sed velut Deo imperante, quem adesse bellatoribus credunt. Ibid., c. vII. (M.)

3. Voyez la constitution de Clotaire de l'an 560, art. 6. (M.)

4. Les dix derniers chapitres de ce livre, réunis aux liv. XXVIII, XXX et XXXI, forment un traité complet sur l'origine et les premiers siècles de notre monarchie ; et c'est ainsi qu'il faut les lire pour les bien comprendre. (PARRELLE.)

DES LO IS D ANS LE RAP P O R T QU'ELLEs ONT AvEC LEs PRINCIPEs QUI FoRMENT L'Es PRIT GÉNÉRAL LES MOEURs ET LES MANIÈREs D'UNE NATIoN.

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Cette matière est d'une grande étendue. Dans cette foule d'idées qui se présentent à mon esprit, je serai plus attentif à l'ordre des choses qu'aux choses même. Il faut que j'écarte à droite et à gauche, que je perce, et que je me fasse jour.

1. Montesquieu, qui méditait pendant vingt ans le sujet de ses ouvrages, avait pourtant une extrême promptitude d'esprit, des saillies de réflexion, suivant l'expression de Vauvenargues, et ses pensées les plus profondes le saisissaient quelquefois comme une impression rapide. C'est alors qu'il s'écrie : « Je découvre ce que j'ai longtemps inutilement cherché... Je vois la raison de ceci... Je vois beaucoup de choses à la fois ; il faut me laisser le temps de les dire. » Le génie de Montesquieu n'était pas de la trempe de ceux qui se laissent gouverner, qu'on prend, pour

ainsi dire et qu'on laisse à volonté ; il en était souvent abandonné dans les forêts de la Brède et obsédé dans les sociétés de Paris.

Montesquieu était surtout extrêmement distrait ; il n'était jamais sûr ni d'écrire, ni d'avoir écrit ce qu'il avait trouvé de plus beau dans la méditation ; de là ces formules si fréquentes : « J'allais oublier de dire... J'ai oublié de dire... Ai-je dit ? » Et ces choses qu'il va oublier, qu'il a oubliées, qu'il n'est pas sûr d'avoir dites, sont très-souvent des pensées, des vues sublimes. Avec la douceur et la facilité d'un enfant dans le caractère, il en avait souvent l'impatience, et le législateur des nations laisse percer quelquefois cette humeur impatiente. « Je suis embarrassé de tout ce que mon sujet me présente dans ce livre... J'écarte à droite et à gauche ; je perce et je me fais jour.» Ces formes, ces manières qu'on a été étonné de trouver dans un livre tel que l'Esprit des lois, peuvent plaire beaucoup, parce qu'elles sont l'expression fidèle et ingénue de ce que l'auteur éprouvait en écrivant, parce qu'elles nous font connaître son caractère en même temps que son génie. Vous vous attendiez à ne voir qu'un auteur, et vous ne trouvez qu'un homme. (Mercure de France, du 6 avril 1784.)

coMBIEN PoUR LEs MEILLE URE s LoIs IL EsT NÉ CE ssAIRE

QUE LES ESPRITs sOIENT PRÉPAR És.

Rien ne parut plus insupportable aux Germains* que le tribunal de Varus. Celui que Justinien érigea * chez les Laziens, pour faire le procès au meurtrier de leur roi, leur parut une chose horrible et barbare. Mithridate*, haranguant contre les Romains, leur reproche surtout les formalités* de leur justice. Les Parthes ne purent supporter ce roi, qui, ayant été élevé à Rome, se rendit aflable * et accessible à tout le monde. La liberté même a paru insupportable à des peuples qui n'étoient pas accoutumés à en jouir ". C'est ainsi qu'un air pur est quelquefois nuisible à ceux qui ont vécu dans les pays marécageux.

Un Vénitien nommé Balbi, étant au Pégu, fut introduit chez le roi. Quand celui-ci apprit qu'il n'y avoit point de roi à Venise, il fit un si grand éclat de rire, qu'une toux le prit, et qu'il eut beaucoup de peine à parler ses courtisans". Quel est le législateur qui pourroit proposer le gouvernement populaire à des peuples pareils ?

1. Ils coupoient la langue aux avocats et disoient : Vipère, cesse de siffler. Tacite. (M.) C'est Florus, IV, 12, qui dit cela.

2. Agathias, liv. IV. (M.)

3. Justin, liv. XXXVIII. (M.)

4. Calumnias litium. Ibid. (M.) Le sens est : chicanes odieuses.

5. Prompti aditus, nova comitas, ignotae Parthis virtutes, nova vitia Tacite, Ann., lib. II, c. II.

6. Sup. Xl, II.

1. Balbi a fait la description du Pégu en 1596. Recueil des voyages qui ont servi à l'établissement de la compagnie des Indes, t. III, part. I, page 33. (M.)

La ville de Pégu a été la capitale d'un royaume de ce nom conquis par les Birmans au xvIII° siècle ; en 1853 les Anglais l'ont annexé à la province du Bengale.

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