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Francs une double administration : l'une qui regardoit la personne du roi pupille, et l'autre qui regardoit le royaume ; et dans les fiefs, il y eut une différence entre la tutelle et la baillie*.

1. C'est-à-dire la garde de la personne et la garde du fief.

DE L'A Do PTIoN cHEz LE s G E RMA INs.

Comme chez les Germains on devenoit majeur en recevant les armes, on étoit adopté par le même signe. Ainsi, Gontran voulant déclarer majeur son neveu Childebert, et de plus l'adopter, il lui dit : « J'ai mis* ce javelot dans tes mains, comme un signe que je t'ai donné mon royaume ». Et se tournant vers l'assemblée : « Vous voyez que mon fils Childebert est devenu un homme ; obéissez-lui ». Théodoric, roi des Ostrogoths, voulant adopter le roi des Hérules, lui écrivit*: « C'est une belle chose parmi nous de pouvoir être adopté par les armes : car les hommes courageux sont les seuls qui méritent de devenir nos enfants. Il y a une telle force dans cet acte, que celui qui en est l'objet, aimera toujours mieux mourir que de souffrir quelque chose de honteux.Ainsi, par la coutume des nations, et parce que vous êtes un homme, nous vous adoptons par ces boucliers, ces épées, ces chevaux, que nous vous envoyons. »

1. Ce chapitre n'est point dans A. B. 2. Voyez Grégoire de Tours, liv. VII, chap. xxIII. (M.) 3. Dans Cassiodore, liv. IV, lett. II. (M.)

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Clovis n'avoit pas été le seul des princes, chez les Francs, qui eût entrepris des expéditions dans les Gaules. Plusieurs de ses parents y avoient mené des tribus particulières : et comme il eut de plus grands succès, et qu'il put donner des établissements considérables à ceux qui l'avoient suivi, les Francs accoururent à lui de toutes les tribus, et les autres chefs se trouvèrent trop foibles pour lui résister. Il forma le dessein d'exterminer toute sa maison, et il y réussit*. Il craignoit, dit Grégoire de Tours*, que les Francs ne prissent un autre chef. Ses enfants et ses successeurs suivirent cette pratique autant qu'ils purent : on vit sans cesse le frère, l'oncle, le neveu, que dis-je, le fils, le père, conspirer contre toute sa famille. La loi séparoit sans cesse la monarchie; la crainte, l'ambition et la cruauté vouloient la réunir.

1. Grégoire de Tours, liv. II. (M.) 2. Ibid. (M.)

oEs AssEMBLÉ E s DE LA NATIoN cHEz L E s FRANcs.

On a dit ci-dessus que les peuples qui ne cultivent point les terres, jouissoient d'une grande liberté '. Les Germains furent dans ce cas. Tacite dit qu'ils ne donnoient à leurs rois ou chefs qu'un pouvoir très-modéré*; et César*, qu'ils n'avoient pas de magistrat commun pendant la paix, mais que dans chaque village les princes rendoient la justice entre les leurs. Aussi les Francs, dans la Germanie, n'avoient-ils point de roi, comme Grégoire de Tours* le prouve très-bien.

« Les princes*, dit Tacite, délibèrent sur les petites choses, toute la nation sur les grandes; de sorte pourtant que les affaires dont le peuple prend connoissance sont portées de même devant les princes. » Cet usage se conserva après la conquête, comme " on le voit dans tous les mOnumentS.

1. Sup., XVIII, xIv. 2. Nec regibus libera aut infinita potestas. Cœterum neque animadvertere, neque vincire, neque verberare, etc. De mortbus Germ., c. vII. (M.) 3. In pace nullus est communis magistratus; sed principes regionum atque pagorum inter suos jus dicunt. De bello gall., liv. VI, c. xxII. (M.) 4. Liv. II. (M.) 5. De minoribus principes consultant, de majoribus omnes; ita tamen ut ea quorum penes plebem arbitrium est, apud principes quoque pertractentur. De moribus Germ., c. xI. (M.) 6. Lex consensu populi fit et constitutione regis. Capitulaires de Charles le Chauve, an 864, art. 6. (M.)

Tacite * dit que les crimes capitaux pouvoient être portés devant l'assemblée. Il en fut de même après la conquête, et les grands vassaux y furent jugés.

1. Licet apud concilium accusare, et discrimen capitis intendere. De moribus Germ., c. xII. (M.)

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