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se conservent mieux, où elles sont plus tard nubiles, et où elles ont des enfants dans un âge plus avancé, la vieillesse de leur mari suit en quelque façon la leur; et, comme elles y ont plus de raison et de connoissances quand elles se marient, ne fût-ce que parce qu'elles ont plus longtemps vécu, il a dû naturellement s'introduire une espèce d'égalité dans les deux sexes, et par conséquent la loi d'une seule femme. Dans les pays froids, l'usage presque nécessaire des boissons fortes établit l'intempérance parmi les hommes*. Les femmes, qui ont à cet égard une retenue naturelle, parce qu'elles ont toujours à se défendre, ont donc encore l'avantage de la raison sur eux. La nature, qui a distingué les hommes par la force et par la raison, n'a mis à leur pouvoir de terme que celui de cette force et de cette raison. Elle a donné aux femmes les agréments, et a voulu que leur ascendant finît avec ces agréments* ; mais dans les pays chauds, ils ne se trouvent que dans les commencements, et jamais dans le cours de leur vie. Ainsi la loi qui ne permet qu'une femme se rapporte plus au physique du climat de l'Europe qu'au physique du climat de l'Asie *. C'est une des raisons qui a fait que le mahométisme a trouvé tant de facilité à s'établir en Asie, et tant de difficulté à s'étendre en Europe ; que le christianisme s'est maintenu en Europe, et a été détruit en Asie ; et qu'enfin les mahométans font tant de progrès

1. Sup., XIV, x.

2. La phrase : et a voulu que leur ascendant, etc., n'est pas dans A.

3. A. B. Ainsi la loi qui ne permet qu'une femme est conforme au physique du climat de l'Europe, et non au physique du climat de l'Asie. C'est pour cela que le mahométisme a trouvé, etc.

à la Chine, et les chrétiens si peu. Les raisons humaines sont toujours subordonnées à cette cause suprême, qui fait tout ce qu'elle veut, et se sert de tout ce qu'elle veut *.

Quelques raisons particulières à Valentinien* lui firent permettre la polygamie dans l'empiré. Cette loi violente pour nos climats fut ôtée * par Théodose, Arcadius et Honorius.

1. Cette dernière phrase se trouve pour la première fois dans l'édition de 1758. C'est sans doute une de ces explications que Montesquieu promettait pour désarmer la congrégation de l'Index. Voyez notre Introduction dans le tome III.

2. Voyez Jornandès, De regno et tempor. succes. et les historiens ecclésiastiques. (M.) — Ces historiens ecclésiastiques se réduisent à Socrate; mais Socrate est un écrivain assez éloigné du temps de Valentinien, et Jornandès n'a fait que le copier. Cette fable a été réfutée par Bossuet et par Tillemont, Hist. des empereurs, t. V, note 28 sur Valentinien. (CRÉvIER.)

3. Voyez la loi 7 au Code De Judaeis et caelicolis; et la nov. 18, chap. v. (M.)

QUE L A PLURA LIT É DE s FEMMEs DÉPEND BEAUcoUP

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Quoique dans les pays où la polygamie est une fois établie, le grand nombre des femmes dépende beaucoup des richesses du mari, cependant on ne peut pas dire que ce soient les richesses qui fassent établir dans un État la polygamie : la pauvreté peut faire le même effet, comme je le dirai en parlant des sauvages.

La polygamie est moins un luxe, que l'occasion d'un grand luxe chez des nations puissantes. Dans les climats chauds, on a moins de besoins " ; il en coûte moins pour entretenir une femme et des enfants. On y peut donc avoir un plus grand nombre de femmes.

1.A Ceylan, un homme vit pour dix sols par mois : on n'y mange que du riz et du poisson. Recueil des voyages qui ont servi à l'établissement de la compagnie des Indes, t. II, part. I. (M.)

DE LA PoLYGAMIE, sE s DIVE RSE s C IRC oNsTANCES 1 .

Suivant les calculs que l'on fait en divers endroits de l'Europe, il y naît plus de garçons que de filles * : au contraire, les relations de l'Asie * et de l'Afrique * nous disent qu'il y naît beaucoup plus de filles que de garçons. La loi d'une seule femme en Europe, et celle qui en permet plusieurs en Asie et en Afrique ", ont donc un certain rapport au climat ".

Dans les climats froids de l'Asie, il naît, comme en Europe, plus de garçons que de filles. C'est, disent les Lamas 7, la raison de la loi qui, chez eux, permet à une femme d'avoir plusieurs maris ".

1. A. B. Que la loi de la polygamie est une affaire de calcul. Ce titre de chapitre fut vivement attaqué ; c'est sans doute la raison qui le fit changer dans l'édition posthume. V. Défense de l'Esprit des lois, seconde partie, de la polygamie. 2. M. Arbutnot trouve qu'en Angleterre le nombre des garçons excède celui des filles : on a eu tort d'en conclure que ce fût la même chose dans tous les climats. (M.) 3. Voyez Kempfer, qui nous rapporte un dénombrement de Méaco, où l'on trouve 182,072 mâles et 223,573 femelles. (M.) 4. Voyez le Voyage de Guinée, de M. Smith, partie seconde, sur le pays d'Anté. (M.) Les mots : et de l'Afrique, ainsi que la présente note, ne sont point dans A ni B. 5. Les mots : Et en Afrique, sont une addition de l'édition de 1758. Presque tout ce qui regarde l'Afrique a été ajouté dans cette dernière édition. 6. Inf., XXIII, xII. 7. Du Halde, Mémoires de la Chine, t. IV, p. 4. (M.) 8. Albuzéir-el-Hassen, un des deux mahométans arabes qui allèrent aux

Mais je ne crois pas " qu'il y ait beaucoup de pays où la disproportion soit assez grande pour qu'elle exige qu'on y introduise la loi de plusieurs femmes, ou la loi de plusieurs maris. Cela veut dire seulement que la pluralité des femmes, ou même la pluralité des hommes, s'éloigne moins de la nature * dans de certains pays que dans d'autres *.

J'avoue que si ce que les relations nous disent étoit vrai, qu'à Bantam * il y a dix femmes pour un homme, ce seroit un cas bien particulier de la polygamie.

Dans tout ceci je ne justifie pas les usages, mais j'en rends les raisons.

Indes et à la Chine au Ix° siècle, prend cet usage pour une prostitution. C'est que rien ne choquoit tant les idées mahométanes. (M.) Sup. ch xIx. 1. A. B. Mais j'ai peine à croire, etc. 2. A. B. Est plus conforme à la nature, etc. 3. N'y a-t-il pas là une question de civilisation ? César ne nous montret-il pas les anciens Bretons vivant dans la promiscuité ? (B. G., V., xiv.) 4. Recueil des voyages qui ont servi à l'établissement de la compagnie des Indes, t. I. (M.)

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