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L'effet des richesses d'un pays, c'est de mettre de l'ambition dans tous les cœurs. L'effet de la pauvreté est d'y faire naître le désespoir. La première s'irrite par le travail ; l'autre se console par la paresse.

La nature est juste envers les hommes ; elle les récompense de leurs peines; elle les rend laborieux, parce qu'à de plus grands travaux elle attache de plus grandes récompenses. Mais, si un pouvoir arbitraire ôte les récom penses de la nature, on reprend le dégoût pour le travail, et l'inaction paroît être le seul bien *.

1 Inf., XX, Iv.

D ES TRIBUTS DANS LES PAYS OU UNE PARTIE DU PEUPL E EsT EscLAvE DE LA GLÈBE .

L'esclavage de la glèbe s'établit quelquefois après une conquête*. Dans ce cas, l'esclave qui cultive doit être le colon partiaire du maître. Il n'y a qu'une société de perte et de gain qui puisse réconcilier ceux qui sont destinés à travailler, avec ceux qui sont destinés à jouir.

1, Allusion à la conquête germanique.

D'UNE RÉPUBLIQUE EN CAs PAREIL.

Lorsqu'une république a réduit une nation à cultiver les terres pour elle, on n'y doit point souffrir que le citoyen puisse augmenter le tribut de l'esclave. On ne le permettoit point à Lacédémone ; on pensoit que les Elotes* cultiveroient mieux les terres lorsqu'ils sauroient que leur servitude n'augmenteroit pas : on croyoit que les maîtres seroient meilleurs citoyens lorsqu'ils ne désireroient que ce qu'ils avoient coutume d'avoir.

1. Plutarque, Dits notables des Lacédémoniens. (M.)

D'UNE MoNARCHIE EN CAs PAR E 1 L.

Lorsque, dans une monarchie, la noblesse fait cultiver les terres à son profit par le peuple conquis, il faut encore que la redevance ne puisse augmenter*. De plus il est bon que le prince se contente de son domaine et du service militaire. Mais s'il veut lever des tributs en argent sur les esclaves de sa noblesse*, il faut que le seigneur soit garant* du tribut, qu'il le paie pour les esclaves, et le reprenne sur eux; et si l'on ne suit pas cette règle, le seigneur et ceux qui lèvent les revenus du prince vexeront l'esclave tour à tour, et le reprendront l'un après l'autre, jusqu'à ce qu'il périsse de misère ou fuie dans les bois.

1. C'est ce qui fit faire à Charlemagne ses belles institutions là-dessus. Voyez le liv. V des Capitulaires, art. 303. (M.) Mais est-il vrai que les colons et serfs appartinssent exclusivement au peuple conquis? C'est le roman du comte de Boulainvilliers. V. inf., XXX, x.

2. C'est-à-dire les serfs ou hommes de la glèbe.

3. Cela se pratique ainsi en Allemagne. (M.)

D'UN ÉTAT DEsPoTIQUE EN CAs PARE IL.

Ce que je viens de dire est encore plus indispensable dans l'État despotique. Le seigneur qui peut, à tous les instants, être dépouillé de ses terres et de ses esclaves, n'est pas si porté à les conserver.

Pierre I", voulant prendre la pratique d'Allemagne et lever ses tributs en argent, fit un règlement trèssage que l'on suit encore en Russié. Le gentilhomme lève la taxe sur les paysans, et la paie au czar. Si le nombre des paysans diminue, il paie tout de même ; si le nombre augmente, il ne paie pas davantage; il est donc intéressé à ne point vexer ses paysans.

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