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CoNTINUATIoN DU M Ê ME sUJET.

C'est la fureur despotique qui a établi que la disgrâce du père entraîneroit celle des enfants et des femmes. Ils sont déjà malheureux sans être criminels ; et, d'ailleurs, il faut que le prince laisse entre l'accusé et lui des suppliants pour adoucir son courroux, ou pour éclairer sa justice. C'est une bonne coutume des Maldives*, que lorsque un seigneur est disgracié, il va tous les jours faire sa cour au roi, jusqu'à ce qu'il rentre en grâce ; sa présence désarme le courroux du prince. Il y a des États despotiques * où l'on pense que de parler à un prince pour un disgracié, c'est manquer au respect qui lui est dû. Ces princes semblent faire tous leurs efforts pour se priver de la vertu de clémence. Arcadius et Honorius, dans la loi* dont j'aitant parlé*, déclarent qu'ils ne feront point de grâce à ceux qui oseront les supplier pour les coupables. Cette loi étoit bien mauvaise, puisqu'elle est mauvaise dans le despotisme même*. La coutume de Perse qui permet à qui veut* de sortir du royaume est très-bonne; et, quoique l'usage contraire ait tiré son origine du despotisme, où l'on a regardé les sujets comme des * esclaves, et ceux qui sortent comme des esclaves fugitifs, cependant la pratique de Perse est très-bonne pour le despotisme, où la crainte de la fuite ou de la retraite des redevables, arrête ou modère les persécutions des bachas et des exacteurs*.

1. Voyez François Pirard. (M.) 2. Comme aujourd'hui en Perse, au rapport de M. Chardin. Cet usage est bien ancien. « On mit Cavade, dit Procope, dans le château de l'oubli. Il y a une loi qui défend de parler de ceux qui y sont enfermés, et même de prononcer leur nom. » (M.) 3. La loi 5, au Cod. ad leg. Jul. maj. (M.) 4. Au chapitre vIII de ce livre. (M.)

1. Frédéric copia cette loi dans les Constitutions de Naples, liv. I. (M.) 2. A. B. A quiconque veut, etc. 3. Dans les monarchies, il y a ordinairement une loi qui défend à ceux qui ont des emplois publics de sortir du royaume sans la permission du prince *. Cette loi doit être encore établie dans les républiques. Mais dans celles qui ont des institutions singulières, la défense doit être générale, pour qu'on n'y rapporte pas o les mœurs étrangères. (M.) 4. N'est-ce pas aux protestants de France que pensait l'auteur, en citant la modération des coutumes de Perse ?

* Notamment les cardinaux, les évêques, etc.
* A. B. Pour qu'on n'y porte ou qu'on n'y rapporte pas, etc.

DEs RAPPoRTs QUE LA LE vÉE DEs TRIBUTs ET LA G R ANDE U R D E S R EVENUS PUBLICS ONT AVEC LA LIBERTÉ.

CHAPITRE PREMIER.

DEs REVENUS DE L'ÉTAT.

Les revenus de l'État sont une portion que chaque citoyen donne de son bien pour avoir la sûreté de l'autre !, ou pour en jouir agréablement*.

Pour bien fixer ces revenus, il faut avoir égard et aux nécessités de l'État, et aux nécessités des citoyens. Il ne faut point prendre au peuple sur ses besoins réels, pour des besoins de l'État imaginaires.

Les besoins imaginaires sont ce que demandent les passions et les foiblesses de ceux qui gouvernent, le charme d'un projet extraordinaire, l'envie malade d'une vaine gloire, et une certaine impuissance d'esprit contre les fantaisies. Souvent ceux qui, avec un esprit inquiet, étoient sous le prince à la tête des affaires, ont pensé que les besoins de l'État étoient les besoins de leurs petites âmes. Il n'y a rien que la sagesse et la prudence doivent plus régler que cette portion qu'on ôte et cette portion qu'on laisse aux sujets. Ce n'est point à ce que le peuple peut donner qu'il faut mesurer les revenus publics, mais à ce qu'il doit donner; et si on les mesure à ce qu'il peut donner, il faut que ce soit du moins à ce qu'il peut toujours donner.

1. A. De l'autre portion. 2. Dites plutôt : pour contribuer au salut de l'État. (LUzAc.)

QUE c'EsT MA L RAIsoNNER DE DIRE QUE LA GRANDE UR

DEs TRIBUTs soIT BoNNE PAR E LLE-MÊME.

On a vu, dans de certaines monarchies", que de petits pays* exempts de tributs* étoient aussi misérables que les lieux qui, tout autour, en étoient accablés. La principale raison est * que le petit État entouré ne peut avoir d'industrie, d'arts, ni de manufactures, parce qu'à cet égard il est gêné de mille manières par le grand État dans lequel il est enclavé. Le grand État qui l'entoure a l'industrie, les manufactures et les arts; et il fait des règlements qui lui en procurent tous les avantages. Le petit État devient donc nécessairement pauvre, quelque peu d'impôts qu'on y lève.

On a pourtant conclu de la pauvreté de ces petits pays que, pour que le peuple fût industrieux, il falloit des charges pesantes. On auroit mieux fait d'en conclure qu'il n'en faut pas. Ce sont tous les misérables des environs qui se retirent dans ces lieux-là pour ne rien faire ; déjà découragés par l'accablement du travail, ils font consister toute leur félicité dans leur paresse.

1. C'est presque toujours la France que l'auteur indique par cette périphrase. V. inf., ch. xII.

2. A. B. Des petits pays.

3. La Suisse. V. inf., ch. xII.

4. A. B. La principale raison en est que, etc.

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