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les faux témoignages (a). Quand l'innocence des citoyens n'est pas assurée, la liberté ne l'est pas non plus.

Les connoiffances que l'on a acquises dans quelque pays, & que l'on acquerra dans d'autres sur les régles les plus sures que l'on puiffe tenir dans les jugemens criminels, interessent le genre humain plus qu'aucune chose qu'il y ait au monde.

Ce n'est que sur la pratique de ces connoissances que la liberté peut être fondée ; & dans un Etat qui auroit là-dessus les meilleures Loix poffibles, un homme à qui on feroit son procès, & qui devroit être pendu le lendemain, seroit plus libre qu'un Bacha ne l'est en Turquie. ...

Les Loix qui font périr un homme sur la déposition d'un seul témoin, font fatales à la liberté. La raison en exige deux, parce qu'un témoin qui affirme, & un accusé qui nie, font un partage , & il faut un tiers pour le vuider. i Les Grecs (6) & les Romains (c) exigeoient une voix de plus pour condamner. Nos Loix Françoises en demandent deux. Les Grecs prétendoient que

(a) Aristore, Polit. Liv. II. chap. xii. il doona ses Loix à Thurium dans la quatre-vingt-quatriéme Olympiade.

(6) Voy. Ariftide, Orat, in Minervam.

(6) Denys d'Halicarnale, sur le Jugement de Corio: lap, Liv. YII.

natur

lear afage avoit été établi par les Dieux (a), mais c'est le nôtre. ART. III. La liberté est favorisée par la

nature des peines & leur proportion.

C'est le triomphe de la liberté, lorsque les Loix criminelles tirent chaque peine de la nature particuliere du crime. Tout l'arbitraire ceffe ; la peine ne delcend point du caprice du Législateur ; mais de la nature de la chose ; & ce n'est point l'homme qui fait violence à l'homme.

Il y a quatre sortes de crimes. Ceux de la premiere espece choquent la Religion, ceux de la seconde les moeurs, ceux de la troisiéme la tranquillité, ceux de la quatriéme la sûreté des Citoyens. Les peines que l'on inflige doivent dériver de la nature de chacune de ces especes. - Je ne mets dans la classe des crimes

qui interessent la Religion que ceux qui l'attaquent directement, comme sont tous les sacrileges simples. Car les crimes qui en troublent l'exercice, font de la nature de ceux qui choquent la tranquillité des Citoyens ou leur sûreté, & doivent être renvoyés à ces classes.

Pour que la peine des facrileges simples foit tirée de la nature de la chose [6],

(a) Minervæ calculus.
() Saint Louis fit des Loix fi qutrées contre ceux

rations, uite de len temps

elle doit consister dans la privation de tous les avantages que donne la Religion, l'expulsion hors des Temples, la privation de la société des fideles pour un temps ou pour toujours, la fuite de leur préfence, les exécrations, les détestations, les conjurations.

Dans les chofes qui troublent la tranquillité ou la sûreté de l'Etat, les actions cachées sont du ressort de la Justice humaine. Mais dans celles qui blefsent la Divinité, là où il n'y a point d'action publique, il n'y a point de matiere de crime; tout s'y passe entre l'homme & Dieu qui sçait la mesure & le temps de ses vengeances. Que fi confondant les choses on recherche aussi le facrilege caché, on porte une inquisition sur un genre d'action où elle n'est point nécessaire; on détruit la liberté des Citoyens en armant contr'eux le zèle des consciences timides & celui des consciences hardies.

Le mal est venu de cette idée qu'il faut venger la Divinité. Mais il faut faire honorer la Divinité, & ne la venger jamais. En effet, fi l'on fe conduisoit par cette derniere idée, qu'elle seroit la fin des qui juroient, que le Pape se crut obligé de l'en avertir. Ce Prince modéra fon zèle , & adoucit fes Loix. [1]

[9] Voyez les Ordonnancesi

supplices ? Si les Loix des hommes ont à venger un Etre infini , elles se régleront fur son infinité, & non pas sur les foiblesses, sur les ignorances, fur les caprices de la nature humaine.

Un Historien [a] de Provence rapporte un fait qui nous peint très-bien ce que peut produire sur des esprits foibles cette idée de venger la Divinité. Un Juif accusé d'avoir blafphemé contre la Sainte Vierge, fut condamné à être écorché. Des Chevaliers masqués, le couteau à la main, monterent sur l'échafaud & en chat ferent l'Éxécuteur pour venger eux-mêmes l'honneur de la sainte Vierge.... Je ne veux point prévenir les réflexions du Lecteur,

La feconde classe est des crimes qui sont contre les moeurs. Telles font la violation de la continence publique ou particuliere, c'est-à-dire, de la Police sur la maniere dont on doit jouir des plaisirs attachés à l'usage des sens & à l'union des corps. Les peines de ces crimes doivent encore être tirées de la nature de la chose; la privation des avantages que la société a attachés à la pureté des moeurs, les amendes, la honte , la contrainte de se cacher , l'infamie publique , l'expulsion hors de la Ville & de la société ; enfin [a] Le Pere Bougerel,

toutes les peines qui sont de la Jurisdi&ion correctionnelle suffisent pour réprimer la témérité des deux sexes. En effet ces choses font moins fondées sur la méchanceté que sur l'oubli ou le mépris de soi-même.

Il n'est ici question que des crimes qui interessent uniquement les moeurs, non de ceux qui choquent aussi la sûreté publique, tels que l'Enlevement & le Viol, qui font de la quatriéme espece.

Les crimes de la troifiéme classe sont ceux qui choquent la tranquillité des Ci. toyens ; & les peines en doivent être tirées de la nature de la chose, & se rap. porter à cette tranquillité, comme la prison, l'exil, les corrections, & autres peines qui ramenent les esprits inquiets & les font rentrer dans l'ordre établi.

Je restreins les crimes contre la tranquillité aux choses qui contiennent une fimple lésion de Police ; car celles qui, troublant la tranquillité, attaquent en même temps la sûreté, doivent être miles dans la quatrieme classe.

Les peines de ces derniers crimes sont ce qu'on appelle des supplices. C'est une espece de Talion qui fait que la société refuse la sûreté à un Citoyen qui en a privé, ou qui a voulu en priver un autre. Cette peine est tirée de la nature de la

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