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Les Notes critiques et littéraires qui accompagnaient cette traduction, avaient déjà été communiquées à M. Lemaire, qui les a traduites en latin, et placées dans son édition, sous le titre de Novi Editoris notæ.

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NOTICE

SUR VALERIUS FLACCUS'.

C. Valerius FLACCUS (que le manuscrit du Vatican

nomme aussi BALBUS SETINUS) fleurit à Rome sous le règne de Vespasien, auquel il dédia sou poëme, peu après la prise de Jérusalem par Titus, évènement qui se rapporte à l'an 70 de l'ère vulgaire, et auquel Valerius fait allusion au commencement de son ouvrage. Il paraît encore, par le début de son poëme, qu'il était l'un des Quindécemvirs chargés de garder et de consulter les livres sibyllins, qui, selon l'opinion commune des Romains, renfermaient toutes les destinées de Rome.

Quant à la patrie de Valerius, deux épigrammes de Martial (liv. 1, 62-77) sembleraient indiquer qu'il était né à Padoue, ville déjà célèbre par la naissance de Tite-Live, et de Stella, poète contemporain et ami de Valerius. Le surnom de Setinus, tiré de la ville de Setia (aujourd'hui Sezza) dans l'ancien Latium, indiquerait tout au plus qu'il avait demeuré long-temps dans cette ville,

1 M. Caussin a fourni les matériaux de cette Notice, rédigée par l'éditeur de la traduction, M. Amar.

avant de se fixer à Rome, et qu'elle l'avait adopté au nombre de ses citoyens.

C'est encore sur la foi de Martial, et l'autorité d'une de ses épigrammes, que l'on a supposé notre poète peu favorisé des dons de la fortune. Martial lui conseille en effet (1,77) de renoncer au commerce stérile des Muses, pour suivre la carrière plus lucrative du barreau. Mais comment concilier ce conseil, et le motif surtout qui le dictait, avec cet autre endroit (x11,75 ), où le poète épigrammatiste félicite son ami de réunir toutes les jouissances du luxe le plus recherché? avec cette jolie maison de campagne de Baies, où il se propose de l'aller voir (x1, 81)? avec la vie voluptueuse enfin que menait Valerius dans l'île de Chypre, où il était allé faire un voyage (Ix, 92)? La dignité même de Quindécemvir, dont il était revêtu sous Vespasien, dignité importante, qui conduisait souvent aux plus grandes charges, ne semble-t-elle pas confirmer que Valerius jouissait au moins de ce qu'on appelle une honnête aisance? De deux choses l'une ou d'étranges et heureuses révolutions s'étaient opérées dans la fortune du chantre des Argonautes, ou les éditeurs de Martial ont mal à propos supposé adressées à un seul et même personnage, du nom de Flaccus, toutes les épigrammes qui portent la même suscription. Il est hors de doute, toutefois, que Valerius fut intimement lié avec Martial, et avec Stella, également ami de Martial, qui réunit souvent les deux poètes dans l'hommage de sa reconnaissance et de son amitié (Ix, 56; x, 48).

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On n'a rien de bien précis sur l'époque de la mort de Valerius Flaccus : Dodwell et M. Caussin la placent sous Domitien, un peu avant que Quintilien publiât son ouvrage de Institut. orat.; publication qui eut lieu

vers l'an 95 ou 96 de notre ère. M. de Lamalle, au contraire, croit pouvoir la reporter quinze ou seize ans plus tard.

Le plus bel éloge que nous puissions faire de Valerius, est de rapporter le passage même où Quintilien, déplorant la perte récente de son ami, ne craint pas de dire: Multum in Valerio nuper amisimus. Cet hommage, solennellement rendu à un auteur qui ne pouvait plus l'entendre, et déposé dans un ouvrage destiné à devenir, et qui est resté classique, n'était probablement pas présent à la mémoire de celui que l'on s'est un peu pressé peut-être de proclamer le Quintilien français, lorsqu'il ne trouvait de poésie d'aucun genre dans le prétendu poëme de l'ARGONAUTIQUE. Ainsi ne le jugeaient pas, sans doute, les nombreux éditeurs et les commentateurs savans que compte Valerius, depuis près de quatre siècles depuis l'édition première de Bologne, 1473, jusqu'à celle de M. Lemaire, Paris, 1824; ainsi ne l'ont point jugé les divers traducteurs italiens et anglais qui se sont empressés d'en enrichir leur idiôme respectif; ainsi enfin ne l'a point jugé M. Caussin, qui, en passant immédiatement d'APOLLONIUS à son imitateur, s'est trouvé plus à portée d'apprécier Valerius, soit qu'il suive et s'efforce de surpasser son devancier, soit qu'inventeur lui-même, il ajoute aux créations de son rival dans la carrière. Aussi éloigné de la critique acerbe et dédaigneuse de La Harpe, que de l'enthousiasme maladroit de quelques savans, qui plaçaient sans balancer l'Argonautique à côté de l'Enéide, nous avons trouvé ici de la poésie de tous les genres, mais des fautes aussi de plus d'une espèce; et en interprétant bien la pensée de Quintilien, nous avons, comme lui, regretté plus d'une

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fois que la mort n'ait pas permis à Valerius de revoir, de corriger et de terminer son poëme. Car nous sommes loin de partager l'opinion, aussi bizarre que fausse, selon nous, que le poète n'avait point laissé son œuvre imparfaite mais que, rebutés à la longue par l'incorrection et l'obscurité du style, les copistes n'eurent pas le courage d'achever, et s'arrêtèrent précisément au vers 468 du livre vIII. L'éditeur Bolonais, J. B. Pio (1519), eut plus de courage, ou, si l'on veut, une témérité d'un autre genre: il ne se borna point à terminer le huitième livre; il en ajouta deux nouveaux qui complètent tant bien que mal l'action du poëme, telle qu'elle est indiquée dans Apollonius. M. Caussin n'a pas cru devoir traduire ce Supplément, qui ne vaut pas mieux que ceux de l'Enéide et de la Pharsale; et il s'est arrêté où s'arrête le poëme original.

28 novembre 1828.

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