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voit dans le jugement de Lucius Scipion (ff) , dans Tite - Live (| |). . L'an de Rome 6o4 , quelques - unes de ces commissions furent rendues permanentes (SS ). On divisa peu à peu toutes les matieres criminelles en diverses parties, qu'on appella des questions perpétuelles. On créa divers préteurs, & on attribua à chacun d'eux quelqu'une de ces questions. On leur donna, pour un an, la puissance de juger les crimes qui en dépendoient ; & ensuite ils alloient gouverner leur proV111C6. A Carthage, le sénat des cent étoit com-posé de juges qui étoient pour la vie (**). Mais, à Rome , les préteurs étoient annuels ; & les juges n'étoient pas même pour un an , puisqu'on les prenoit pour chaque affaire. On a vu , dans le chapitre VI de ce livre, combien , dans de certains gouvernemens, cette disposition étoit favorable à la liberté. Les juges furent pris dans l'ordre des sénateurs, jusqu'au temps des Gracques. Tibe

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donc la liberté de la constitution , pour
favoriser la liberté du citoyen; mais celle-
ci fe perdit avec celle - là (q). -
Il en résulta des maux infinis. On chan-
gea la constitution dans un temps où ,
dans le feu des discordes civiles, il y avoit
à peine une constitution. Les chevaliers
ne furent plus cet ordre moyen qui unis-

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res qui devoient empêcher de transporter les jugemens aux chevaliers. La constitu

tion de Rome étoit fondée sur ce principe

que ceux-là devoient être soldats,'qui avoient assez de bien pour répondre de leur conduite à la république. Les chevaliers, comme les plus riches, formoient la cavalerie des légions. Lorsque leur dignité fut aug. mentée, ils ne voulurent plus servir dans cette milice ; il fallut lever une autre ca

valerie; Marius prit toute sorte de gens

dans

[q] Il conviendroit mieux de dire qu'ils choquerent la liberté du corps , pour étendre la liberté d'une de ses parties : l, constitution ne fut point choquée, mais changée ; parce que tout ce qui altere les principes sur lesquels un gouvernement a été fondé , en change la constitution. Mr. de MoNTEsQUIEU le remarque dans les passages suivans. [R. d'uz A.]

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dans les légions, & la république fut perdue (*). De plus, les chevaliers étoient les traitans de la république; ils étoient avides, ils semoient les malheurs dans les malheurs, & faisoient naître les besoins publics. Bien loin de donner à de telles gens la puissance de juger, il auroit fallu qu'ils eussent été sans cesse sous les yeux des juges. Il faut dire cela à la louange des anciennes loix Françoises ; elles ont stipulé, avec les gens d'affaires, avec la méfiance que l'on garde à des ennemis. Lorsqu'à Rome les jugemens furent transportés aux traitans , il n'y eut plus de vertu, plus de police, plus de loix, plus

de magistrature, plus de magistrats. On trouve une peinture bien naïve de ceci, dans quelque fragment de Diodore de Sicile & de Dion. » Mutius Scévola, » dit Diodore (f) , voulut rappeller les » anciennes mœurs , & vivre de son bien » propre avec frugalité & intégrité. Car » ses prédécesseurs ayant fait une société » avec les traitans, qui avoient pour lors » les

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» les jugemens à Rome, ils avoient rem» pli la province de toutes sortes de cri» mes. Mais Scévola fit justice des publi» cains, & fit mener en prison ceux qui » y traînoient les autres ". Dion nous dit (|), que Publius Rutilius, son lieutenant, qui n'étoit pas moins odieux aux chevaliers, fut accusé à son retour d'avoir reçu des présens, & fut condamné à une amende. Il fit sur le champ cession de biens. Son innocence parut, en ce que l'on lui trouva beaucoup moins de bien qu'on ne l'accusoit d'en avoir volé, & il montroit les titres de sa propriété ; il ne voulut plus rester dans la ville avec de telles gens, Les Italiens, dit encore Diodore (S), achetoient en Sicile des troupes d'esclaves pour labourer leurs champs, & avoir soin de leurs troupeaux ; ils leur refusoient la nourriture. Ces malheureux étoient obligés d'aller voler sur les grands chemins, armés de lances & de massues, couverts de peaux de bêtes; de grands chiens autour deux. Toute la province fut dévastée ; & les gens du pays ne pouvo† 1I6

C}] Fragment de son histoire, tiré de l'extrait • des vertus 85 des vices. · [S] Fragment du liv. XXXIV, dans l'extrait des

vertus 85 des vices.

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