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quérant ne sont fondés que sur ce que ces choses - là ne sont pas , & qu'il y a un éloignement entre les deux nations , tel que l'une ne peut pas prendre confiance en l'autre. Ainsi le conquérant qui réduit le peuple en servitude, doit toujours se réserver des moyens (& ces moyens sont sans nombre) pour l'en faire sortir. Je ne dis point ici des choses vagues. Nos peres qui conquirent l'empire Romain, en agirent ainsi. Les loix qu'ils firent dans le feu, dans l'action, dans l'impétuosité, dans l'orgueil de la victoire, ils les adoucirent ; leurs loix étoient dures, ils les rendirent impartiales. Les Bourguignons, les Goths & les Lombards vouloient toujours que les Romains fussent le peuple vaincu ; les loix d'Euric , de Gondebaud & de Rotharis firent du barbare & du Romain des concitoyens (*). Charlemagne, pour dompter les Saxons, leur ôta l'ingénuité & la propriété des biens. Louis le Débonnaire les affranchit (f) : il ne fit rien de mieux dans tout son regne. Le temps

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temps & la servitude avoient adouci leurs mœurs ; ils lui furent toujours fideles.

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Ao LIE U de tirer du droit de conquête
des conséquences si fatales , les poli-
tiques auroient mieux fait de parler des
avantages que ce droit peut quelquefois
apporter au peuple vaincu. Ils les au-
roient mieux sentis , si notre droit des
gens étoit exactement suivi , & s'il étoit
établi dans toute la terre.
Les états que l'on conquiert ne sont
pas ordinairement dans la force de leur
institution. La corruption s'y est intro-
duite; les loix y ont cessé d'être exécu-
tées ; le gouvernement est devenu oppres-
seur. Qui peut douter qu'un état pareil
ne gagnât, & ne tirât quelques avantages
de la conquête mème , si elle n'étoit pas
destructrice ? Un gouvernement parvenu
au point où il ne peut plus se réformer
lui - mème , que perdroit - il à être refon-
du ? Un conquérant qui entre chez un
peuple , où , par mille ruses & mille arti-
fices, le riche s'est insensiblement prati-
o
que

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je voulois raconter tous les biens qu'ils ne - firent pas , & tous les maux qu'ils firent. C'est à un conquérant à réparer une partie des maux qu'il a faits. Je définis ainsi le droit de conquête : un droit nécessaire, légitime, & malheureux, qui laisse toujours à payer une dette immense, pour s'acquiter envers la nature humaine.

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Lo plus beau traité de paix dont l'histoire ait parlé, est, je crois , celui que Gélon fit avec les Carthaginois. Il voulut qu'ils abolissent la coutume d'immoler leurs enfans (*). Chose admirable ! Après avoir défait trois cent mille Carthaginois, il exigeoit une condition qui n'é, toit utile qu'à eux, ou plutôt il stipuloit pour le genre humain. Les Bactriens faisoient manger leurs peres vieux à de grands chiens : Alexandre le leur défendit (f); & ce fut un triomphe (*) Voyez le recueil de Mr. de Barbeyrac,

Art. 1 12.
(f) Strabon, Liv. II.

Tom. I. O

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C H A P I T R E V I.
D'une république qui conquiert

IL est contre la nature de la chose, que, dans une constitution fédérative , un état confédéré conquiere sur l'autre, comme nous avons vu de nos jours chez les Suissès (*). Dans les républiques fédérati· ves mixtes , où l'association est entre de petites républiques & de petites monarchies, cela choque moins. Il est encore contre la nature de la chose, qu'une république démocratique conquiere des villes qui ne sauroient entrer dans la sphere de la démocratie. Il faut que le peuple conquis puisse jouir des privileges de la souveraineté , comme les Romains l'établirent au commencement. On doit borner la conquète au nombre des citoyens que l'on fixera pour la démocratie (f). Si une démocratie conquiert un peuple pour le gouverner comme sujet, elle exposera (*) Pour le Tockembourg,

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