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cessaire que le législateur corrige de temps en temps , comme contraire même à l'esprit des gouvernemens modérés. Car, quand on est obligé de recourir aux tribunaux , il faut que cela vienne de la nature de la constitution , & non pas des contradictions & de l'incertitude des loix. Dans les gouvernemens où il y a nécesfairement des distinctions dans les personnes , il faut qu'il y ait des privileges. Cela · diminue encore la simplicité , & fait mille exceptions. Un des privileges le moins à charge à la société, & sur-tout à celui qui le donne, c'est de plaider devant un tribunal , plutôt que devant un autre. Voilà de nouvelles affaires , c'est - à - dire, celles où il s'agit de savoir devant quel tribunal il faut plaider. - · Les peuples des états despotiques sont dans un cas bien différent. Je ne sais sur quoi , dans ces pays, le législateur pourroit statuer , ou le magistrat juger. Il suit, de ce que les terres appartiennent au prince, qu'il n'y a presque point de loix civiles sur la propriété des terres. Il suit, du droit que le souverain a de succéder, qu'il n'y en a pas non plus sur les successions. Le négoce exclusif qu'il

fait dans quelques pays, rend inutiles tou- teS

tes sortes des loix sur le commerce. Les mariages que l'on y contracte avec des filles esclaves , font qu'il n'y a guere de loix civiles sur les dots & sur les avantages des femmes. Il résulte encore de cette prodigieuse multitude d'esclaves, qu'il n'y a presque point de gens qui aient une volonté propre , & qui par conséquent doivent répondre-de leur conduite devant un juge. La plupart des actions morales, qui ne sont que les volontés du pere, du mari, du maître, se reglent par eux, & non par les magistrats. J'oubliois de dire que ce que nous appellons l'honneur , étant à peine connu dans ces états, toutes les affaires qui regardent cet honneur, qui est un si grand chapitre parmi nous, n'y ont point de lieu. Le despotisme se suffit à lui-même ; tout est vuide autour de lui. Aussi, lorsque les voyageurs nous décrivent les pays où il regne, rarement nous parlentils de loix civiles (*).

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De la simplicité des loix criminelles dans les divers gouvernemens.

Oo entend dire sans cesse qu'il faudroit que la justice fût rendue partout comme en Turquie. Il n'y aura donc que les plus ignorans de tous les peuples qui auront vu clair, dans la choso du monde qu'il importe le plus aux hom

mes de savoir ? Si vous examinez les formalités de la justice, par rapport à la peine qu'a un citoyen à se faire rendre son bien ou à obtenir satisfaction de quelque outrage : vous en trouverez sans doute trop , si vous les regardez dans le rapport qu'elles -' ont

tres livres pareils, ne contiennent point des lois civiles, mais des préceptes religieux. Voyez lettres édif quatorzieme recueil.

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