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unours n'y convienne pas, il faut avoir recours à d'autres moyens.

Si l'on établit un corps fixe qui soit par luimême la règle des mours (1), un sénat, où l'âge, la vertu, la gravité, les services, donnent entrée, les sénateurs, exposés à la vue du peuple comme les simulacres des dieux , inspireront des sentimens qui seront portés dans le sein de toutes les familles.

Il faut surtout que ce sénat (2) s'attache aux institutions anciennes, et fasse en sorte que le peuple et les magistrals ne s'en départent jamais.

Il y a beaucoup à gagner, en fait de mours, à garder les coutumes anciennes (3). Comme les peuples corrompus font rarement de grandes choses, qu'ils n'ont guère établi de sociétés, fondé de villes, donné de lois; et qu'au contraire ceux qui avaient des mæurs simples et austères ont fait la plupart des établissemens ; rappeler les hommes aux maximes anciennes, c'est ordinairenient les ramener à la vertu.

De plus s'il y a eu quelque révolution, et que l'on ait donné à l'état une forine nouvelle, cela n'a guère pu se faire qu'avec des peines et des travaux infinis, et rarement avec l'oisiveté et des moeurs corrompues. Ceux même qui ont fait la

(1) Bon pour an temps.

(2) C'est supposer que l'action lente des intérêts pe les currompra jamais.

(3) Oui, quand elles sont bonnes.

révolution ont voulu la faire goûter, et ils n'ont guère pu y réussir que par de bonnes lois (1). Les institutions anciennes sont donc ordinaireinent des corrections, et les nouvelles, des abus. Dans le cours d'un long gouvernement, on va au mal par une pente insensible , et on ne remonte au bien que par un effort.

On a douté si les membres du sénat dont nous parlons doivent être à vie, ou choisis pour un temps (2). Sans doute qu'ils doivent être choisis pour la vie, comme cela se pratiquait à Rome (a), à Lacédémone (b), et à Athènes même; car il ne faut pas confondre ce qu'on appelait le sénat à Athènes, qui était un corps qui changeait tous les trois mois, avec l'aréopage, dont les membres étaient établis pour la vie, comme des modèles perpétuels.

Maxime générale : dans un sénat fait pour être la règle et pour ainsi dire le dépôt de moeurs, les sénateurs doivent être élus pour la vie : dans

(1) C'est plutôt par des lois fondées sur des préjugés ou sur les passions du moment.

(2) Rien ne doit perpéluer l'intérêt de corps joint à l'intérêt de famille.

(a) Les magistrats y étaient annuels, et les sénateurs pour la vie.

(b) Lycurgue, dit Xenophon, DE REPUB. LACEDÆM., voulut « qu'on élût les sénateurs parmi les vieillards , poạr qu'ils ne se négligeassent pas même à la fin de la vie ; et en les établissant juges du courage des jeunes gens , il a rendu la vieillesse de ceux-là plus honorable que la force de ceux-ci. »

un sénat fait pour préparer les affaires, les sénateurs peuvent changer.

L'esprit, dit Aristote , vieillit comme le corps. Cette réflexion n'est bonne qu'à l'égard d'un ma-, gistrat unique, et ne peut être appliquée à une assemblée de sénateurs.

Outre l'aréopage, il y avait à Athènes des gardiens des moeurs, et des gardiens des lois (a). A Lacédémone tous les vieillards étaient censeurs (1). A Rome deux magistrats particuliers avaient la censure. Comme le sénat veille sur le peuple, il faut que des censeurs aient les yeux sur le peuple et sur le sénat. Il faut qu'ils rétablissent dans la république tout ce qui a été corrompu, qu'ils notent la tiédeur, jugent les négligences, et corrigent les fautes, comme les lois punissent les crimes.

La loi romaine qui voulait que l'accusation de l'adultère fût publique (2) était admirable pour maintenir la pureté des moeurs ; elle intimidait les femmes, elle intimidait aussi ceux qui devaient veiller sur elles.

Rien ne maintient plus les moeurs (3) qu'une extrême subordination des jeunes gens envers les

(a) L'aréopage lui-même était soumis à la censure.

(1) Bon pour fonder un séminaire. Il faut une bonne police, mais humaine.

(2) Loi pitoyable, où la pudeur seule est offensée, et que le divorce rend inutile.

(3) Quand les lois seront simples, les mours le seront.

vieillards. Les uns et les autres seront contenus, ceux-là par le respect qu'ils auront pour les vieillards, et ceux-ci par le respect qu'ils auront pour eux-mêmes.

Rien ne donne plus de force aux lois que la subordination extrêine des citoyens aux magistrats. « La grande différence que Lycurgue a mise entre Lacédémone et les autres cités, dit Xénophon (a), consiste en ce qu'il a surtout fait que les citoyens obéissent aux lois; ils courent lorsque le magistrat les appelle. Mais à Athènes un homme riche serait au désespoir que l'on crût qu'il dépendît du magistrat. »

L'autorité paternelle est encore très-utile pour maintenir les mours. Nous avons déjà dit que dans une république il n'y a pas une force si réprimante que dans les autres gouvernemens. Il faut donc que les lois cherchent à y suppléer; elles le font par l'autorité paternelle.

A Rome , les pères avaient droit de vie et de mort sur leurs enfans (b). A Lacédémone, chaque père avait droit de corriger l'enfant d'un autre (1).

(a) République de Lacédémone.

(b) On peut voir dans l'histoire romaine avec quel avantage pour la république on se servit de cette puissance. Je ne parlerai que du temps de la plus grande corruption, Aulus Fulvius s’était mis en chemin pour aller trouver Catilina ; son père le rappela , et le fit mourir. Salluste, DE BELLO Catil. Plusieurs autres citoyens firent de même. Dion , liv. XXXVII,

(1) C'est aller au-delà du but.

La puissance paternelle se perdit à Rome avec la république. Dans les monarchies , où l'on n'a que faire de mours si pures , on veut que chacun vive sous la puissance des magistrats.

Les lois de Rome, qui avaient accoutumé les jeunes gens à la dépendance, établirent une longue minorité (1). Peut-être avons-nous eu tort de prendre cet usage : dans une monarchie , on n'a pas besoin de tant de contrainte.

Cette même subordination dans la république y pourrait demander que le père restât, pendant sa vie, le inaitre des biens de ses enfans, comme il fut réglé à Rome. Mais cela n'est pas de l'esprit de la monarchie.

CHAPITRE VIII.
Comment les lois doivent se rapporter au principe du

gouvernement dans l'aristocratie. Si, dans l'aristocratie, le peuple est vertueux, on y jouira à peu près du bonheur du gouvernement populaire , et l'état deviendra puissant. Mais, comme il est rare que là où les fortunes des hommes sont si inégales il y ait beaucoup de vertu , il faut que les lois tendent à donner, autant qu'elles peuvent, un esprit de modératiou , et cherchent å rétablir cette égalité que la constitution de l'état ôte nécessairement.

(1) Les pères y faisaient des lois.

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