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pas du pouvoir : mais c'est une. expérience éternelle, que tout homme qui a au pouvoir est porté à en abuser; il va jusqu'à ce qu'il trouve des limites. Qui le diroit! la vertu même a besoin de limites.

Pour qu'on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. Une constitution peut être telle, que personne ne sera contraint de faire les choses auxquelles la loi ne l'oblige pas, et à ne point faire celle que la loi lui permet.

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CHAPITRE V.

De Cobjtt des états divers.

VfuoiQUE tous les états1 aient en général un même objet, qui est de se maintenir, chaque état en a pourtant un qui lui est;particulier. L'agrandissement étoit l'objet de Rome1; la guerre, celui de Lacédémône; la religion, celui des loix judaïques; le commerce, celui de Marseille; la tranquillité publique, celui des loix de la Chine (*); la1 navigation1, celui des loix des Rhodiens ; la liberté naturelle \ l'objet de la police des sauvages; en général, tés

( 1 > Objet naturel d'un état qui n'a point d'ennemis au dehors, ou qui croit les avoir arrêtés par des barrières. Aii i.•.-.-1. . !3>J...' ,:..,a\ ( '')

délices du prince, celui des états despotiques; sa gloire et celle de l'état, celui des monarchies; l'indépendance de chaque particulier est l'objet des loix en Pologne ; et ce qui en résulte, l'oppression de tous (*).

Il y a aussi une nation dans le monde qui a pour objet direct de sa constitution la liberté politique. Nous allons examiner les principes sur lesquels elle la fonde. S'ils sont bons, la liberté y paroîtra comme dans un miroir.

Pour découvrir la liberté politique dans la constitution, il ne faut pas tant de peine. Si on peut la voir où elle est, si on l'a trouvée, pourquoi la chercher?

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{>révient les invasions. Par la troisième, il punit es crimes, ou juge les différends des particuliers. On appellera cette dernière la puissance de juger; et l'autre, simplement la puissance exécutrice de l"état.

La liberté politique dans un citoyen, est cette tranquillité d'esprit qui provient de l'opinion que chacun a de sa sûreté; et pour qu'on ait cette liberté, il faut que le gouvernement soit tel, qu'un citoyen ne puisse pas craindre un autre citoyen.

Lorsque dans la même personne, ou dans le même corps de magistrature, la puissance législative est réunie à la puissance exécutrice , il n'y a point de liberté; parce qu'on peut craindre que le même monarque, ou le même sénat, ne fasse des loix tyranniques, pour les exécuter tyranniquement.

Il n'y a point encore de liberté, si la puissance de juger n'est pas séparée de la puissance législative et de l'exécutrice. Si elle étoit jointe à la puissance législative, le pouvoir sur la vie et la liberté des citoyens seroit arbitraire : car le juge seroit législateur. Si elle étoit jointe à la puissance exécutrice, le juge pourroit avoir la force d'un oppresseur.

Tout seroit perdu, si le même homme ou le même corps des principaux, ou des nobles, ou du peuple, exerçoient ces trois pouvoirs: celui de faire des loix, celui d'exécuter les résolutions publiques, et celui de juger les crimes ou les différends des particuliers.

Dans la plupart des royaumes de l'Europe, le gouvernement est modéré ; parce que le prince, qui a les deux premiers pouvoirs , laisse à ses sujets l'exercice du troisième. Chez les Turcs , où ces trois pouvoirs sont réunis sur la tête du sultan, il règne un affreux despotisme.

Dans les républiques d'Italie, où ces trois pouvoirs sont réunis, la liberté se trouve moins que dans nos monarchies. Aussi le gouvernement a-t-il besoin , pour se maintenir , de moyens aussi violens que le gouvernement des Turcs; témoins les inquisiteurs d'état (*), et le tronc où tout délateur peut, à tous les momens , jetter avec un billet son accusation.

Voyez quelle peut être la situation d'un citoyen dans ces républiques. Le même corps de magistrature a , comme exécuteur des loix, toute la puissance qu'il s'est donnée comme législateur. Il peut ravager l'état par ses volontés générales, et comme il a encore la puissance dejuger, il peut détruire chaque citoyen par ses volontés particulières.

Toute la puissance y est une ; et quoiqu'il n'y ait point de pompe extérieure qui découvre un prince despotique , on le sent à chaque instant.

Aussi les princes, qui ont voulu se rendre despotiques, ont-ils toujours commencé par réunir en leur personne toutes les magistratures, et plusieurs rois d'Europe toutes les grandes charges de leur état.

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