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CCCXXXVI

(Tom. III, p. 218 et 233.)

Lorsque le dieu père des combats eut vu debout la nouvelle ville et Romulus sorti vainqueur de tant de guerres :

O Jupiter, dit-il, la puissance romaine est établic, elle n'a plus besoin de l'aide de ma progéniture, rends un fils à son père. Des deux que j'avais l'un est mort, celui qui me reste me fera retrouver en lui Rémus avec lui-même. « D'un seul tu obtiendras l'élévation dans le séjour azuré du ciel.» Voilà ce que tu m'as dit; que la promesse de Jupiter s'accomplisse! » Jupiter fit de sa tête un signe d'assentiment, l'un et l'autre pôle en tremblèrent et Atlas eut à soutenir tout le poids du ciel ébranlé.

Il est un lieu que les anciens appelèrent le marais de la Chèvre. Un jour que Romulus y dictait des lois à son peuple, le soleil disparaît, des nuages subits dérobent la vue du ciel, une pluie violente s'abat en larges ondées, le tonnerre retentit, les éclairs traversent et brisent les airs. Tous fuient. Le roi montait aux cieux sur le char de son père.

On le pleurait; le sénat se trouvait à tort soupçonné d'un meurtre, et peut-être cette opinion se serait-elle affermie dans les esprits ; mais, une nuit, Julius Proculus revenait d'Albe la Longue; la lune brillait d'un éclat qui rendait toute autre lumière inutile, lorsque, tout à coup, à sa gauche, le ciel s'ouvrit avec fracas; il recule et ses cheveux se dressent sur sa tête. D'une beauté, d'une taille plus qu'hu maine, revêtu de la trabée, Romulus lui apparut au milieu du chemin, lui disant : « Défends aux Quirites de me pleurer et d'offenser par des larmes ma divinité. Qu'ils m'offrent de l'encens; qu'ils m'adorent avec piété sous mon nouveau nom de Quirinus, et que, suivant l'exemple de leur père, ils tiennent en honneur l'art de la guerre. » Tels furent ses ordres et dans le vide des airs il disparut. Proculus assemble le peuple, lui transmet les volontés qui lui ont été exprimées. On élève un temple à Quirinus, une colline reçoit son nom, et un jour fixe ramène chaque année la fête du père des Romains.

CCCXXXVII

Aventure de Silène lors de la découverte du miel

Ibat arenoso Satyris comitatus ab Hebro,

(Non habet ingratos fabula nostra jocos,)

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Jamque erat ad Rhodopen Pangaeaque florida ventum: Eriferæ comitum concrepuere manus.

Ecce novæ coeunt volucres tinnitibus actæ,

Quosque movent sonitus æra, sequuntur apes.
Colligit errantes et in arbore claudit inani
Liber, et inventi præmia mellis habet.
Ut Satyri levisque senex tetigere saporem,
Quærebant flavos per nemus omne favos.
Audit in exesa stridorem examinis ulmo,

Adspicit et ceras, dissimulatque senex;
Utque piger pandi tergo residebat aselli,
Applicat hunc ulmo corticibusque cavis.
Constitit ipse super ramoso stipite nixus

Atque avide trunco condita mella petit.
Millia crabronum coeunt et vertice nudo
Spicula defigunt, oraque summa notant.
Ille cadit præceps et calce feritur aselli,
Inclamatque suos auxiliumque rogat.
Concurrunt Satyri turgentiaque ora parentis
Rident; percusso claudicat ille genu.

Ridet et ipse Deus, limumque inducere monstrat.
Hic paret monitis et linit ora luto.

Ov., Fast., III, v. 737-762.

CCCXXXVIII

Prière villageoise à Palès.

Consule, dic, pecori pariter pecorisque magistris ;

Effugiat stabulis noxa repulsa meis.

Sive sacro pavi sedive sub arbore sacra,

Pabulaque e bustis inscia carpsit ovis;.

CCCXXXVII

(Tom. III, p. 221 et 233.)

Bacchus, accompagné des Satyres, revenait des bords sablonneux de l'Hèbre (l'histoire ne manque pas de gaieté), et déjà il était arrivé au mont Rhodope et sur le Pangée tout garni de fleurs, quand ses compagnons agitèrent et firent résonner leurs cymbales. Tout à coup des insectes ailés qui leur étaient inconnus s'assemblent attirés par ce bruit et suivent le son de l'airain: c'étaient des abeilles. Bacchus réunit leur troupe errante et les enferme dans le creux d'un arbre : le miel est le prix de sa découverte.

Dès que les Satyres et le vieillard au front chauve curent goûté le miel, ils cherchaient dans toute la forêt les rayons dorės. Silène entend bourdonner un essaim dans l'intérieur d'un orme miné par le temps, aperçoit la cire et ne dit rien de sa trouvaille. Comme il était assis nonchalamment sur le dos de son âne pliant sous son poids, il le mène contre l'orme au tronc creux, alors il se dresse dessus en se soutenant à une forte branche et avidement cherche le miel que recèle l'arbre. Des milliers de frelons l'entourent à l'instant, dardent de leurs aiguillons sa tète chauve et marquent son front de leurs piqûres. Il tombe lourdement et reçoit les ruades de son âne. Il appelle les siens, crie au secours. De tous côtés accourent les Satyres; ils ne peuvent voir sans rire la figure boursouflée de leur père qui s'en va boitant, le genou meurtri. Bacchus lui-même en rit; il conseille à Silène de s'enduire de terre grasse ; Silène suit son avis et s'applique sur le visage une couche de boue.

CCCXXXVIII

(Tom. III, p. 222 et 233.)

Dites à la déesse: « Protège à la fois le bétail et les maitres du bétail; chasse bien loin de mon étable ce qui pourrait leur nuire. Si j'ai mené mes troupeaux dans un pâtu- · rage sacré; si je me suis assis sous un arbre sacré; si

Si nemus intravi vetitum, nostrisve fugatæ
Sunt oculis Nymphæ, semicaperve Deus:
Si mea falx ramo lucum spoliavit opaco,
Unde data est ægræ fiscina frondis ovi:
Da veniam culpæ. Nec, dum degrandinat, obsit,
Agresti fano supposuisse pecus.

Nec noceat turbasse lacus. Ignoscite, Nymphæ,
Mota quod obscuras ungula fecit aquas.
Tu, Dea, pro nobis fontes fontanaque placa
Numina, tu sparsos per nemus omne Deos.
Nec Dryadas, nec nos videamus labra Dianæ,
Nec Faunum, medio cum premit arva die.
Pelle procul morbos; valeant hominesque gregesque,
Et valeant vigiles, provida turba, canes.
Neve minus multos redigam, quam mane fuerunt,
Neve gemam referens vellera rapta lupo.
Absit iniqua fames, herbæ frondesque supersint,
Quæque lavent artus, quæque bibantur, aquæ.
Ubera plena premam, referat mihi caseus æra,
Dentque viam liquido vimina rara sero.
Sitque salax aries, conceptaque semina conjux
Reddat, et in stabulo multa sit agna meo,
Lanaque proveniat, nullas læsura puellas,

Mollis, et ad teneras quamlibet apta manus.
Quæ precor, eveniant: et nos faciamus ad annum
Pastorum dominæ grandia liba Pali.

Ov., Fast., IV, v. 747-776.

CCCXXXIX

Meurtre du roi Servius.

Tullia, conjugio, sceleris mercede, peracto,
His solita est dictis extimulare virum :

<< Quid juvat esse pares, te nostræ cæde sororis
Meque tui fratris, si pia vita placet?

par mégarde mes brebis ont brouté l'herbe des tombeaux; si j'ai pénétré dans un bois interdit et mis en fuite par ma présence les Nymphes et le dieu aux pieds de chèvre; si ma serpe a dépouillé un bois sacré de quelques rameaux touffus pour fournir à une brebis malade une corbeille de feuillage; excuse-moi. Que ce ne soit pas un crime pour moi d'avoir, pendant la grèle, abrité mon troupeau sous un sanctuaire champêtre, et qu'il ne m'arrive aucun mal pour avoir troublé les lacs. Pardonnez, Nymphes, si mes bêtes sous leurs pas ont terni la limpidité de vos eaux. Et toi, déesse, apaise pour moi les sources et les divinités des sources, apaise les dieux épars dans les bois. Fais que je ne voie ni les Dryades, ni les bains de Diane, ni Faune quand il repose dans les champs au milieu du jour. Éloigne les maladies, conserve la santé et aux hommes et aux troupeaux, conserve-la à la troupe prudente de mes chiens vigilants. Que, le soir, je ramène au bercail tout ce qui y était le matin et que je n'aie pas à gémir en rapportant des toisons arrachées à la dent des loups. Que l'horreur de la famine me soit épargnée; qu'il y ait abondance d'herbes et de feuillages, d'eaux bonnes à laver le corps et bonnes à boire. Que ma main presse des mamelles bien pleines, que mon fromage me soit d'un bon rapport et que les clayons peu serrés laissent couler le petit-lait. Que le bélier soit ardent, que la femelle conçoive et produise et qu'il y ait beaucoup d'agneaux dans mes étables. Qu'il en provienne une laine douce, incapable de blesser la main d'une jeune fille et convenant aux doigts les plus délicats. Puissent mes vœux s'accomplir, et moi, chaque année, j'offrirai de grands gåteaux à Palès, déesse des bergers.>>

CCCXXXIX

(Tom. III, p. 227 et 233.)

Tullia, après son hymen, prix d'un crime, ne cessa d'exciter son époux par ses discours: «A quoi servait d'assortir notre union, toi par le meurtre de ma sœur et moi par celui de

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