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CCCXI

L'ombre de Cornélie à son mari Paulus et à ses enfants.

Nunc tibi commendo, communia pignora, natos:
Hæc cura et cineri spirat inusta meo.
Fungere maternis vicibus, pater: illa meorum
Omnis erit collo turba ferenda tuo.

Oscula quum dederis tua flentibus, adjice matris:
Tota domus cœpit nunc onus esse tuum.
Et si quid doliturus eris, sine testibus illis,
Quum venient, siccis oscula falle genis.
Sat tibi sint noctes quas de me, Paulle, fatiges,
Somniaque in faciem credita sæpe meam.
Atque ubi secreto nostra ad simulacra loqueris,
Ut responsuræ singula verba jace.

Seu tamen adversum mutarit janua lectum,
Sederit et nostro cauta noverca toro;
Conjugium, pueri, laudate et ferte paternum:
Capta dabit vestris moribus illa manus.
Nec matrem laudate nimis: collata priori
Vertet in offensas libera verba suas.
Seu memor ille mea contentus manserit umbra,
Et tanti cineres duxerit esse meos;

Discite venturam jam nunc sentire senectam,
Cælibis ad curas nec vacet ulla via.

Quod mihi detractum est vestros accedat ad annos!
Prole mea Paullum sic juvet esse senem !

Et bene habet: numquam mater lugubria sumpsi;
Venit in exequias tota caterva meas.

Prop., IV, 11, v. 73-98.

CCCXI

(Tom. III, p. 588.) ·

Maintenant, Paulus,je te recommande nos enfants, gages communs de notre union; c'est une sollicitude qui vit encore tout entière dans mon cœur réduit en cendres. Remplis près d'eux le rôle d'une mère, toi leur père : c'est à ton cou que tous mes chers petits vont désormais se suspendre. Lorsqu'ils pleureront, ajoute à tes baisers ceux de leur mère. Tout le poids de notre maison pèse maintenant sur toi. S'il t'arrive de te livrer à la douleur en leur absence, dès qu'ils viendront, cache-la-leur en présentant à leurs lèvres un visage sans larmes. Qu'elles te suffisent les nuits qui te fatiguent à me regretter, ainsi que les songes qui me représentent à toi. Et lorsque, sans témoins, tu t'adresseras à mon image, parle toujours comme si je devais répondre.

Si, cependant, devant la porte de ma chambre nuptiale, mon lit venait à être changé et si une adroite marâtre prenait ma place, ô mes enfants, respectez l'engagement de votre père, félicitez-l'en; flattée par vos avances, cette femme vous témoignera plus de bonté; et puis, ne louez votre mère qu'avec réserve: dans la libre expression de vos sentiments elle pourrait voir, avec l'intention d'un parallèle, une offense personnelle. Mais si, rempli de mon souvenir, il reste fidèle à mon ombre et respecte à ce point mes cendres, dès maintenant, n'oubliez pas qu'il va sentir les approches de la vieillesse et ne négligez aucun des soins propres à adoucir son veuvage. Puissent les années qui m'ont été refusées être ajoutées aux vôtres! et que Paulus se trouve heureux de vieillir au milieu de mes enfants! Pour moi, tout est bien: mère heureuse, jamais je n'ai porté d'habits de deuil et ma famille assistait tout entière à mes funérailles.

CCCXII

Ovide se plaint d'être à Sulmone seul sans sa maitresse et l'appelle à lui.

At sine te, quamvis operosi vitibus agri

Me teneant, quamvis amnibus arva natent,
Et vocet in rivos currentem rusticus undam,
Frigidaque arboreas mulceat aura comas,
Non ego Pælignos videor celebrare salubres,
Non ego natalem, rura paterna, locum,
Sed Scythiam, Cilicasque feros, viridesque1 Britannos,
Quæque Prometheo saxa cruore rubent.
Ulmus amat vitem, vitis non deserit ulmum:
Separor a domina cur ego sæpe mea?
At mihi te comitem juraras usque futuram
Per me perque oculos, sidera nostra, tuos :

Verba puellarum, foliis leviora caducis,

Irrita, qua visum est, ventus et unda ferunt. Siqua mei tamen est in te pia cura relicti,

Incipe pollicitis addere facta tuis,

Parvaque quamprimum rapientibus esseda mannis,
Ipsa per admissas concute lora jubas.
At vos, qua veniet, tumidi subsidite montes,

Et faciles curvis vallibus este viæ!

Ov., Am., II, 16, v. 33-52.

CCCXIII

Ilia el l'Anio.

Illa, gemens patruique nefas delictaque Martis,
Errabat nudo per loca sola pede.

(1) Les Bretons, pour se donner dans les combats un aspect plus terrible, se peignaient le visage en vert. Cf. Cés., De bell. gall., V, 14.

(2) La légende la plus répandue disait qu'llia, fille de Numitor, après ètre devenue, quoique vestale, par suite de l'attentat de Mars, mère de Romulus et de Rémus, avait été enfermée vivante dans un tombeau par ordre d'Amulius, son oncle; mais, d'après la tradition que suit Ovide, elle s'était noyée dans l'Anio et était devenue l'épouse de ce fleuve, affluent du Tibre ; d'autres, comme Horace (Carm., 1, 2 v. 20), font mème d'elle l'épouse du Tibre.

CCCXII

(Tom. III, p. 69.)

Mais, sans toi, j'ai beau voir ces champs couverts de vignes fécondes, ces plaines partout baignées par des fleuves limpides, ces canaux où le laboureur appelle l'onde obéissante, ces feuillages des arbres que caresse un vent frais, je ne crois pas habiter le doux pays des Péligniens, le domaine de mes pères, les lieux qui m'ont vu naître; je me crois plutôt dans la Scythie, chez les farouches Ciliciens, chez les Bretons au visage verdâtre, au milieu des rochers qu'a rougis le sang de Prométhée. L'ormeau aime la vigne, la vigne n'abandonne point l'ormeau; pourquoi suis-je souvent séparé de ma maîtresse ? Cependant ne devais-tu pas ne jamais me quitter; tu l'avais juré et par moi-même et par tes yeux, qui sont mes astres. Mais les serments d'une femme, plus légers que les feuilles qui tombent, s'en vont au gré du vent et des ondes. Si pourtant tu as encore quelque souci de ton amant abandonné, consens enfin à donnersuite à tes promesses, prends vite ton petit char aux mules rapides, toi-même sur leur crinière flottante secoue les guides. Et vous, abaissez-vous sur son passage, monts orgueilleux ; ouvrez-lui, sinueuses vallées, un chemin facile.

CCCXIII

(Tom. III, p. 74 et 81.)

Pleurant sur le crime de son oncle et sur l'attentat de Mars, elle errait nu-pieds en des endroits solitaires. Le généreux Anio du sein de ses caux rapides l'aperçut; il éleva la tête au-dessus de ses flots et d'une voix sonore : « Pourquoi, lui dit-il, marches-tu sur mes rives avec cette

Hanc Anien rapidis animosus vidit ab undis,
Raucaque de mediis sustulit ora vadis,
Atque ita : « Quid nostras, dixit, teris anxia ripas,
Ilia, ab Idæo Laomedonte genus?

Quo cultus abiere tui? quid sola vagaris?
Vitta nec evinctas impedit alba comas?
Quid fles et madidos lacrimis corrumpis ocellos?
Pectoraque insana plangis aperta manu?
Ille habet et silices et vivum in pectore ferrum,
Qui tenero lacrimas lentus in ore videt.
Ilia, pone metus; tibi regia nostra patebit,

Teque colent amnes; Ilia, pone metus!
Tu centum aut plures inter dominabere Nymphas:
Nam centum aut plures flumina nostra tenent.
Ne me sperne, precor, tantum, Trojana propago:
Munera promissis uberiora feres. >>

Dixerat. Illa, oculos in humum dejecta modestos,
Spargebat teneros flebilis imbre sinus.

Ter molita fugam, ter ad altas restitit undas,
Currendi vires eripiente metu.

Sera tamen scindens inimico pollice crinem,
Edidit indignos ore tremente sonos:

<< O utinam mea lecta forent patrioque sepulcro
Condita, cum poterant virginis ossa legi!
Cur, modo Vestalis, tædas invitor ad ullas,
Turpis et Iliacis infitianda focis?

Quid moror et digitis designor adultera vulgi?
Desint famosus quæ notet ora pudor! >>
Hactenus, et vestem tumidis prætendit ocellis,
Atque ita se in rapidas perdita misit aquas:
Supposuisse manus ad pectora lubricus1 amnis
Dicitur, et socii jura dedisse tori.

Ov., Am., III, 6, v. 49-82.

(1) Lubricus, en coulant. « Il semble, dit M. Martinon (Les Amours d'Ov., Paris, 1897, p. 394) que l'eau qui coule sous la poitrine d'llia soit comme une main tendue pour la recevoir; il y a ici un mélange assez poétique des deux natures que le fleuve possède, comme fleuve et comme dicu.

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