Page images
PDF
EPUB

des eaux de l'Orient. Muses, chantez-la, dans cette fête des calendes, et toi aussi, Phébus, dont la lyre d'écaille fait l'orgueil. Qu'ainsi ce jour solennel soit célébré pendant une longue suite d'années! Il n'est point de beauté plusdigne de l'harmonie de vos chants.

CCXC

(Tom. II, p. 490.)

Épargne mon jeune amant, sanglier qui fréquentes et les gras pâturages de la plaine et les réduits ombragés de la montagne. N'aiguise pas pour le combattre tes dents meurtrières; que l'Amour, en veillant sur lui, me le conserve sain et sauf. Mais loin de moi Diane l'entraîne par le goût de la chasse. Ah! périssent les forêts et les chiens! Quelle fureur, quelle démence de vouloir entourer de filets les taillis épais pour y déchirer des mains délicates! Quel plaisir y a-t-il à pénétrer furtivement dans les repaires des bêtes fauves, à imprimer sur une peau blanche les marques des ronces qui déchirent? Cependant, pour être avec toi, ô Cérinthe, dans tes courses, moi-même je porterais tes filets de montagne en montagne, moi-même je chercherais les traces du cerf léger et j'ôterais au chien la chaîne qui retient so nardeur !

CCXCI
(Tom. II, p. 491.)

Prends-tu, Cérinthe, un tendre intérêt à la santé de ton amante tandis qu'une fièvre brûlante dévore ses membres affaiblis? Ah! je ne puis vouloir triompher de ce mal cruel qu'autant que je croirai que toi aussi tu le souhaites. Car à quoi me servirait d'en triompher si tu peux avec indifférence considérer ma souffrance?

(2) Var.: At.

CCXCII

Tibulle à Glycère.

Nulla tuum nobis subducet femina lectum:

Hoc primum juncta est foedere nostra Venus.
Tu mihi sola places, nec jam, te præter, in urbe
Formosa est oculis ulla puella meis.
Atque utinam posses uni mihi bella videri !
Displiceas aliis: sic ego tutus ero.

Nil opus invidia est, procul absit gloria vulgi:
Qui sapit, in tacito gaudeat ille sinu.

Sic ego secretis possum bene vivere silvis,

[ocr errors]

Qua nulla humano sit via trita pede.

Tu mihi curarum requies, tu nocte vel atra
Lumen, et in solis tu mihi turba locis.
Nunc licet e cælo mittatur amica Tibullo,
Mittetur frustra, deficietque Venus.
Hoc tibi sancta tuæ Junonis numina juro,
Quæ sola ante alios est mihi magna deos.
Quid facio demens? heu! heu! mea pignora cedo.
Juravi stulte: proderat iste timor.

Nunc tu fortis eris, nunc tu me audacius ures:
. Hoc peperit misero garrula lingua malum.
Jam faciam quodcumque voles, tuus usque manebo,
Nec fugiam nota servitium dominæ,

Sed Veneris sanctæ considam vinctus ad aras:

Hæc notat injustos, supplicibusque favet.

Tibul., IV. 13.

CCXCIII

La beauté n'a pas besoin de parure.

Quid juvat ornato procedere, vita, capillo
Et tenues Coa veste movere sinus?

Aut quid Orontea1 crines profundere murrha,
Teque peregrinis vendere muneribus,

(1) Rivière de Syrie.

CCXCII

(Tom. II, p. 494 et 497.)

Pas une femme ne pourrait me détourner de t'aimer; c'est la première condition que mit Vénus à notre union. Toi seule me plais; si ce n'est toi, il n'est plus dans Rome une beauté qui puisse charmer mes yeux. Et puisses-tu ne paraître jolie qu'à moi ! Déplais aux autres, alors je serai tranquille. Je n'ai pas besoin d'être envié: loin de moi cette renommée mondaine; le sage sait silencieusement renfermer son bonheur en lui-même. Pour ma part, je vivrais heureux dans une forêt discrète où nul homme encore n'aurait laissé la trace de ses pas. Tu es pour moi le repos dans les soucis, la lumière dans la nuit sombre, tout un monde dans la solitude. Alors que le ciel enverrait une amante à Tibulle, il l'enverrait en vain, et Vénus elle-même serait impuissante. Je le jure par l'auguste Junon, révérée par toi et qui est pour moi la plus grande de toutes les divinités. Mais que fais-je, insensé? Hélas! hélas! je me suis désarmé, j'ai juré inconsidérément. Tes craintes m'étaient utiles. Maintenant tu vas te sentir forte, tu vas me tourmenter avec plus d'assurance; voilà l'état misérable où m'a mis ma langue indiscrète. Désormais, il faut que je fasse toutes tes volontés, que je reste toujours ton esclave, que je ne cherche point à me dérober au joug d'une maîtresse qui m'y a habitué. Mais, tout enchaîné, j'irai prier au pied des autels de l'auguste Vénus: elle punit l'injustice et protège ceux qui l'invoquent.

CCXCIII

(Tom. II, p. 529.)

A quoi bon, chère âme, étaler une coiffure si recherchée et faire jouer les plis légers d'une robe au tissu de Cos? A quoi bon répandre sur tes cheveux la myrrhe de l'Oronte, te rendre esclave des produits étrangers, étouffer les grâces de la nature sous une parure d'emprunt et ne pas laisser ton corps briller de ses propres richesses? Crois-moi,

Naturæque decus mercato perdere cultu,

Nec sinere in propriis membra nitere bonis?
Crede mihi, non ulla tuæ est medicina figuræ:
Nudus Amor formæ non amat artificem.
Aspice quos summittat humus formosa colores,
Ut veniant hederæ sponte sua melius,
Surgat et in solis formosi us1 arbutus antris,
Et sciat indociles currere lympha vias.
Litora nativis collucent picta lapillis,

Et volucres nulla dulcius arte canunt.
Non sic Leucippis succendit Castora Phoebe,
Pollucem cultu non Hilaira soror;

Non Idæ et cupido quondam discordia Phœbo,
Eveni patriis filia litoribus;

Nec Phrygium falso traxit candore maritum *
Avecta externis Hippodamia rotis:
Sed facies aderat nullis obnoxia gemmis,
Qualis Apelleis est color in tabulis;
Non illis studium vulgo conquirere amantes,
Illis ampla satis forma pudicitia.

Non ego nunc vereor ne sim tħbi3 vilior istis:
Uni si qua placet, culta puella sat est.
Cum tibi præsertim Phoebus sua carmina donet,
Aoniamque libens Calliopea lyram,

Unica nec desit jucundis gratia verbis,

Omnia quæque Venus, quæque Minerva probat, His tu semper eris nostræ gratissima vitæ,

Tædia dum miseræ sint tibi luxuriæ.

Prop., I, 2.

CCXCIV

Cynthie a formé le projet de partir avec un riche préteur d'Illyrie. Reproches, plaintes et soumission de Properce.

Tune igitur demens, nec te mea cura moratur ?

An tibi sum gelida vilior Illyria?

(1) Var.: formosior, frondosior, felicius et felicior. (2) Pélops, fils de Tantale, roi de Phrygie.

tout art est inutile à ta beauté, l'Amour est nu et n'aime point la recherche des ornements. Vois comme la terre s'embellit de ses couleurs naturelles; vois comme, laissé à lui-même, le lierre vient mieux, comme l'arbousier s'élève plus florissant aux antres solitaires, et comme l'onde limpide sait courir quand elle suit son caprice. Les rivages de la mer brillent de l'éclat des mille petits minéraux qu'ils tiennent de la nature, et nul art ne rendrait plus doux le chant des oiseaux.

Ce n'est point par une parure que la fille de Leucippe, Phébé, et sa sœur Hilaïre enflammèrent, l'une Castor et l'autre Pollux; que la fille d'Événus, au pays paternel, devint un objet de rivalité entre Idas et Phoebus amoureux d'elle; ce n'est point par un éclat emprunté qu'Hippodamie séduisit l'époux phrygien qui l'enleva sur son char étranger. Mais leur front, que ne surchargeait aucun bijou, avait la fraîcheur des figures d'Apelle. Elles ne se faisaient pas une étude de conquérir des amants, elles se trouvaient assez belles ornées de leur seule pudeur.

Ce n'est pas que je craigne maintenant d'être dédaigné par toi; mais quand elle plaît à celui qu'elle aime, une femme est assez parée. Toi surtout, qui tiens d'Apollon le don des vers et de la bienveillance de Calliope la lyre d'Aonie, toi, dont la douce parole a une grâce parfaite, tu possèdes tout ce qu'apprécient et Vénus et Minerve; par là tu feras toujours le charme de ma vie; rejette seulement un luxe méprisable.

CCXCIV

(Tom. II, p. 534.)

As-tu perdu la raison et mes chagrins ne t'arrêtent-ils pas? Ou bien ai-je moins de prix pour toi que la froide

(3) Var. ne sic mihi..

« PreviousContinue »