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» Il est temps que la responsabilité des ministres et des fonctionnaires ne soit plus un vain mot; que l'économie règne; que la moralité recouvre son empire, car sans moralité point de crédit, point de République ; il est temps que l'on écoute le cri de l'opinion publique, qui, lôt ou tard, découvre les secrets des gouvernads; qu'ils soient revêtus du manteau directorial ou de la pourpre des sénateurs, que l'on punisse les coupables partout où ils se trouvent.

En vain voudraient-ils se soustraire à la punition qui leur est due par des écrits soudoyés; ils seront dévoilés ; il faut que Schérer et ses complices , accusés par l'opinion publique, soient traduits devant les tribunaux.

» Guerre ! guerre aux fripons qui ont volé les deniers publics! que ce soit notre cri comme celui de vengeance contre le gouvernement autrichien. ..

Le lendemain, Rewbel, par motion d'ordre, demanda le rapport de l'arrêté qui avait ordonné l'impression du rapport de DuboisDubay, dans lequel ce membre, en s'élevant contre les dilapidateurs, avait dit qu'il fallait les poursuivre, fussent-ils revêtus de la pourpre sénatoriale ou du manteau de directeur. « Ces expressions, dit Rewbel, offrent un vague offensaut pour lous les représentans du peuplé ou les directeurs entrant et sortant. » Ici l'orateur déclare que quoique Schérer se fût déjà distingué dans les armées, il s'était vivement opposé à ce qu'il fût nommé général en chef de l'armée d'Italie, parce qu'étant trop vieux il n'avait plus l'activité nécessaire pour une campagne. Il défie tous ceux qui répandent qu'il s'est gorgé de richesses, de prouver que jamais on soit parvenu à obtepir, par lui ou par les siens , aucun marché, aucune entreprise, aucune grâce; il n'a jamais désiré que la médiocrité : il voue à l'exécration les dilapidateurs, et croit que le jour où l'on serait condamné à en poursuivre, serait une véritable calamité publique: il rappelle enfin qu'avant de décimer la Convention nationale, on commença par en calomnier les membres, et il ne pense pas que le conseil des anciens veuille courir des pareils dangers.

Vernier et Régnier déclarent qu'ils n'ont point connaissance des faits dont il s'agit, et n'ont point pris párt, à la commission dont ils étaient membres, aux choses contre lesquelles on réclame.

Dubois-Dubay. « En accusant Schérer, j'ai été l'organe de toute la France; tous les membres du conseil ont partagé mon indignation ; je persiste dans tout ce que j'ai dit. )

Rewbel réplique qu'il a cru voir dans le rapport de son collè. gue une accusation particulière. « Schérer, dit-il, n'est point mon parent; s'il s'est permis des dilapidations, il ne m'en a pas fait part, à moi qui les ai en horreur. Il ne faut pas que le soupçon plane sur les membres de la représentation nationale,

.et j'aime à croire que mon collègue Dubois-Dubay retranchera de son opinion tout ce qui pourrait produire un effet dont profiterait la malveillance. Je demande le rapport de l'arrêté qui ordonne l'impression de son discours.

L'ordre du jour ! s"écrie-t-on de toutes parts.

Dubois-Dubay déclare qu'il n'a parlé que des devoirs de l'homme public, et qu'il n'a entendu se livrer à aucune personnalité. - Le conseil passe à l'ordre du jour. ·

Lorsque de telles dispositions existaient dans les conseils, les amis du directoire eurent l'imprudence de critiquer la parcimonie du corps législatif, et de publier qu'il y avait dans son sein un parti pour relever la Constitution de 1793. Ces accusations furent dénoncées dans le conseil des cinq cents, et aussitôt les membres les plus actifs cherchèrent un moyen de mettre en cause l'autorité du pouvoir exécutif. Ce fut la question de la presse qui fut choisie pour champ d'hostilités; on commença aussitôt la guerre sur ce sujet; mais on l'abandonna après deux séances parce qu'il dégénerait en discussion.

Pendant ce temps, les événemens militaires compromettaient de plus en plus la sécurité de la République. En Suisse, Masséna avait été obligé d'évacuer le Grisons, et de se retirer sous Zurich où il était appuyé par un camp retranché. En Italie, Suwarow, ayant réuni ses soixante mille Russes aux masses autrichien

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avait forcé les Français à reculer. L'armée républicaine offrit alors un des plus beaux spectacles qu'il soit possible au courage humain de produire. Chaque jour, elle livrait un combat; chaque jour elle perdait du terrain; mais elle se retirait en ordre prête à recommencer la bataille le lendemain avec une énergie et une ténacité admirables. Elle ne fut jamais vaincue de front; elle ne reculait qu'afin de n'être pas tournée; mais elle reculait. Schérer avait donné sa démission et laissé le commandement à Moreau, qui au commencement de juin se trouvait acculé au pied des Alpes avec environ vingt mille hommes qui lui restaient , non pas que la guerre lui eût consommé autant de nos soldats ; mais parce qu'il avait fallu laisser des garnisons à Milan, Mantoue, Alexandrie, etc.

Ces tristes événemens inquiétaient au plus haut point l'opinion publique ; des adresses des départemens frontières demandaient qu'on prit des mesures de salut public. Ce fut, en ce moment, que Siéyes arriva à Paris ; il fut instalé publiquement le 20 prairial; les meneurs des conseils, Genissieux et Lucien Bonaparte, s'abouchèrent avec lui; on convint de mesures qui avaient pour but de changer la majorité du directoire. On était pressé; on opéra vite. Voici comment le plan arrêté entre eux se développa.

CONSEIL DES CINQ-CENTS.

Séance du 17 prairial (juin 1799).

A la suite d'un comité secret, le conseil a rendu la séance publique.

Organe de plusieurs commissions réunies, Boulay de la Meurthe propose, et le conseil arrête, qu'il sera adressé au directoire un message dont la teneur suit :

« Citoyens directeurs, le gouvernement français est institué pour assurer la conservation et le bien-être du peuple.

» Le corps législatif et le directoire exécutif forment les deux parties principales de ce gouvernement. Ces deux autorités ont besoin de s'entendre, et doivent marcher de concert pour remplir le but commun de leur institution. Les moyens de corres

pondance sont réglés par la Constitution, ainsi que l'attribution respective des deux autorités.

» Ainsi le corps législatif fait les lois et le directoire les exécute: ainsi le directoire est spécialement chargé de pourvoir, d'après ces lois, à la sûreté intérieure et extérieure de la République.

». Quant à la sûreté extérieure, le directoire est encore placé spécialement, par la Constitution, comme une sorte d'avantgarde, comme une première sentinelle, pour observer les desseins et les mouvemens des autres peuples ; et quand il s'aperçoit qu'ils compromettent l'existence et les justes droits de la nation, il peut agir seul, provisoirement pour sa garantie; mais il doit, dans ce cas, avertir sans délai le corps législatif, qui prend alors les mesures qu'il croit les plus convenables à la conservation et à la dignité du peuple qu'il représente.

» Citoyens directeurs, tout annonce que la sûreté de la nation est menacée au-dehors , et que la tranquillité intérieure peut être compromise.

► Au-dehors, nous avons à soutenir une guerre violente : il y a six mois nous étions partout victorieux; il paraît qu'aujourd'hui l'ennemi a sur nous des avantages.

· La voix publique nous annonce que quelques puissances qui, jusqu'ici, n'avaient pris aucune part, au moins apparente, à la guerre, sont contre nous dans un état d'hostilité, non-seulement imminente, mais réelle.

, Dans cette circonstance, le conseil des cinq-cents s'attendait aux communications prescrites par la Constitution, et il n'en a pas encore reçu.

» Citoyens directeurs, vous sentez sans doute qu'il ne convient pas à la grandeur du peuple français d'avoir, devant les autres peuples, une attitude humiliée. Il faut donc qu'il reprenne celle que la nature, sa force, son courage et son industrie lui destinent.

► Au-dedans, la notoriété publiquenoüsap prend également que, dans plusieurs parties de la République, il existe de l'inquiétude et même de la fermentation. La même notoriété nous en dénonce

diverses causes; mais, avant de prendre aucune mesure à cet égard, le conseil croit devoir vous demander des renseignemens sur celle de ces causes qui sont à votre connaissance, ainsi

que l'indication des moyens que vous croyez les plus propres à prévenir les troubles qui pourraient en résulter.

Dans cet état de choses, un plus long silence de votre part serait inquiétant pour le peuple et le corps législatif.

» Nous vous invitons en conséquence à nous donner, sans délai, des éclaircissemens sur le double sujet de nos sollicitudes. »

François de Nantes fait lecture d'une adresse au peuple français, relative aux circonstances où se trouve la République. Elle est adoptée en ces termes :

i Le corps législatif aux Français.

Français, le moment est arrivé où vos représentans ne peuvent plus , sans crime, se renfermer dans les bornes du silence; où se taire serait non-seulement une calamité, mais encore un délit public; où parler au peuple est pour nous le plus pressant comme le plus saint des devoirs. La liberté que vous avez conquise au prix de tant de sang et de sacrifices est de nouveau menacée; et notre commune partie, si long-temps triomphante, est exposée à de nouveaux périls. Deux mois se sont à peine écoulés entre l'Italie républicaine et victorieuse sous nos drapeaux, et l'Italie envahie par un farouche vainqueur.

» L'ambitieuse et sanguinaire maison d'Autriche, l'Anglais , ces ingénieux et perfides artisans de tous les crimes politiques, ont associé à leurs projets, la Porte et la Russie; et, par une alliance bizarre, ils se sont promis de se partager le territoire de la France; en sorte qu'il ne s'agit pas seulement pour vous de savoir si vous serez libres ou esclaves, mais si vous serez Français ou Autrichiens , si vous conserverez vos propriétés, ou si vous deviendrez celle d'un conquérant barbare, qui vous enchaînerait à sa glèbe, et vous forcerait de marcher sous son étendard. » L'étranger ne tient pas compte des diverses opinions qui ont T. XXXVIII.

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